Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner la note soumise par M. P. Guns, sous ce titre : "A propos des fistules thyréo-glosses"

M. V. Cheval, Rapporteur.

            La Commission était composée de MM. V. Cheval et J. Vernieuwe.

            Le problème des fistules thyréo-glosses, qui fait partie du chapitre de fistules congénitales du cou, préoccupe M. Guns.

            Dans une première partie de son travail, l’auteur rappelle l’opinion – passagère du reste – du Tillaux sur la genèse des kystes médians du cou, les attribuant à l’inflammation et à l’ouverture de la bourse séreuse de Boyer. Puis Tillaux lui-même, et une série d’auteurs avec et après lui, rangèrent définitivement les fistules thyréo-glosses dans le groupe des branchiomes. Vers la troisième semaine de la vie embryonnaire du fœtus humain apparaît, sur la ligne médiane du champ méso-branchial de His, l’ébauche thyréo-glosse sous la forme d’une prolifération de la paroi ventrale du pharynx. Le canal perd sa lumière et dès lors, sous la forme d’un cordon épithélial plein, le bourgeon progresse caudalement au-devant de la cavité laryngo-trachéale. Dès la cinquième semaine, le pédicule se fragmente en même temps qu’apparaît le rudiment cartilagineux de l’os hyoïde. Quand celui-ci prend sa forme définitive, le tractus se segmente en une partie supérieure allant du foramen cæcum à l’os hyoïde et une partie inférieure allant de l’os hyoïde à la glande thyroïde proprement dite.

            Ce rôle important de l’os hyoïde n’a pas échappé à Neumann et ses collaborateurs, ni à Van den Wildenberg pour ne citer que les auteurs qui traitent cette question dans la presse O.-R.-Laryngologique.

            C’est du reste au trajet des fistules thyréo-glosses au niveau de l’os hyoïde que M. Guns s’intéresse spécialement, y trouvant la considération essentielle dans le choix du procédé thérapeutique à utiliser lors de l’exérèse de ces fistules. Le tractus passe-t-il en avant de l’os hyoïde, comme le soutiennent Néris, Hennebert et Delcourt, d’autres avec eux ? ou en arrière comme le croit Parsons ? Est-il intimement adhérent à la face postérieure de l’os hyoïde comme l’affirme Van den Wildenberg ?

            Il en résulte en tout cas que la fistule thyréo-glosse comprend deux segments, un supérieur, un inférieur, qui s’unissent sans que l’accord se soit fait sur le point de savoir où siège l’union des deux fragments.

            Dans la deuxième partie, chirurgicale, M. le Dr Guns met en lumière les caractères cliniques de l’affection qui l’occupe : fistule laissant écouter un liquide muqueux tantôt clair, tantôt trouble ; à la palpation du cou un cordon médian se montre résistant mais indolore ; le cathétérisme, l’injection de substances colorantes de substances opaques aux rayons X, démontrent que le trajet peut être complet jusqu’au foramen cæcum de la langue, ou simplement borgne externe.

            Théoriquement seule l’excision complète de la fistule paraît pouvoir donner un résultat durable à l’acte opératoire ; une excision incomplète ne pourra pas garantir une guérison définitive.

            Le procédé de Sistrunk – qui assure 100% de guérisons – fit école. Il comporte : 1° la résection du segment inférieur sous-hyoïdien du tractus ; 2° la résection hyoïdienne qui permet d’agir sur les vestiges rétro-hyoïdiens, cause fréquente de récidives ; 3° la dissection entière du canal lingual et de ses dérivés, poursuivie jusqu’au foramen cæcum, et qui seule est susceptible de supprimer les diverticules glandulaires et les noyaux thyroïdiens accessoires. Pour ce faire, après résection d’un segment médian de l’os hyoïde, l’index gauche de l’opérateur va repérer le foramen cæcum dans la bouche et comprime en avant toute la masse cervico-linguale de façon à pouvoir continuer à parfaire la dissection du tractus.

            M. Guns adopte le point principal de ce procédé : l’exérèse d’une partie de l’os hyoïde dont il résèque, sur la ligne médiane, un fragment d’un centimètre environ de largeur ; mais l’auteur croit inutile disséquer le trajet jusqu’au foramen cæcum. La résection de la partie de l’os hyoïde, qu’il pratique, entraîne l’excision des petits diverticules postérieurs du tractus : c’est à cela qu’il attribue les guérisons qu’il obtient, régulières et définitives, comme il le prouve en relatant le protocole de sept cas personnels opérés et définitivement guéris par ce procédé simplifié.

            M. Guns réserve le procédé plus radical et plus complet de Sistrunk aux seuls cas – exceptionnels affirme-t-il – où l’injection de matières colorantes associée à celle de matières opaques démontre que la fistule s’étend réellement jusqu’à la base de la langue.

            La Commission prie l’Académie : 1°) d’adresser des remerciements à l’auteur ; 2°) d’insérer son travail dans le Bulletin ; 3°) de l’engager à continuer ses relations avec la Compagnie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 28 février 1942.