Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. Jules François, et intitulé : "Myxochondrome de la petite aile du sphénoïde"

M. François rapporte l’observation d’une fillette âgée de 7 ans, dont l’histoire clinique est la suivante : au début, accès d’hémicranie droite, accompagnés de vomissements, s’étant répétés tous les 3 à 4 jours pendant un an, puis ayant cessé. En 1937, paralysie de la VIe paire droite, sans autre symptôme oculo-orbitaire ou nerveux. Radiographies négatives. Toutes autres recherches : négatives.

            En 1940, M. François revoit la maladie ; elle présente de l’exophtalmie droite directe, avec limitation des mouvements d’abaissement et surtout l’élévation du globe oculaire droit. Les réactions pupillaires sont plus faibles que celles du côté opposé. Le fond de l’œil est normal. La tension de l’artère rétinienne est normale.

            L’auteur signale en outre un astigmatisme myopique de 4.00 D., axe horizontal, qui n’existait pas en 1937.

            Diminution de l’ouïe du côté droit. Pas de symptômes neurologiques. Pas de troubles endocriniens.

            L’examen radiographique révèle cette fois la destruction partielle de la petite aile du sphénoïde du côté droit, ainsi qu’une tumeur incrustée de calco-sphérites, débordant sur le massif sphénoïdal et voilant toute la région sellaire.

            M. Paul Martin a procédé à l’exérèse de la tumeur, du volume d’un œuf de poule, extrêmement dure et largement adhérente. L’enfant est morte le lendemain de l’opération.

            L’analyse a montré qu’il s’agissait d’une tumeur bénigne, myxochondrome, sans signe de sarcome.

            M. François n’a relevé dans la littérature que trois cas de chondrome parasellaire ; ceux de Clovis Vincent, Levitt et Marnix Van Duyse. La symptomatologie et l’évolution de ces cas ont été assez semblables à celles du cas actuel, notamment la paralysie de la VIe paire existait dans les trois cas.

            Discutant les symptômes, l’auteur attribue les crises d’hémicranie à une irritation par la tumeur, soit des méninges, soit de l’ophtalmique. La paralysie de la VIe paire représente un phénomène de compression directe par la tumeur. Il convient de noter qu’il n’y avait pas de blocage liquidien, la papille de stase faisant défaut. L’astigmatisme myopique est dû à la compression du globe oculaire dans le sens vertical.

            Le cas de M. François méritait d’être rapporté, vu la rareté de l’affection. Il a été étudié avec toute la minutie voulue ; il est illustré de figures intéressantes, parmi lesquelles nous proposons de faire un choix en vue de la publication dans le Bulletin de l’Académie. Deux figures du mémoire sont particulièrement démonstratives.

            M. François a témoigné d’une activité scientifique constante. Il est agrégé de l’Enseignement supérieur en Ophtalmologie. Il a présenté de nombreux travaux, très appréciés, à la Société Belge d’Ophtalmologie, ainsi qu’à la Société Française d’Ophtalmologie. Il a soumis antérieurement à l’Académie un mémoire intitulé : L’influence des facteurs immunologiques sur la production expérimentale des opacités cristalliniennes congénitales. Son mérite est d’autant plus grand que M. François est éloigné de tout centre universitaire.

            Notre Commission vous propose :

            1°) d’adresser des remerciements à l’auteur ;

            2°) de publier son mémoire dans le Bulletin de l’Académie ;

            3°) d’inscrire son nom sur la liste des aspirants à une place de Correspondant.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 28 février 1942.