Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit de M. Z.-M. Bacq, intitulé : "Des substances qui produisent l'effet Lundsgaard (Contracture et inexcitabilité musculaires après travail)"

M. H. Frédéricq, Rapporteur.

La question si complexe de l’identification des réactions chimiques qui représentent la source de l’énergie contractile des muscles a été éclairée d’un jour nouveau, depuis que Lundsgaard (1930) a démontré qu’un muscle, traité par un acide acétique mono-halogéné, se contracte sans production d’acide lactique. Cependant, les acides acétiques mono-halogénés modifient l’allure de la phase de décontraction : celle-ci est plus ou moins inhibée ; le muscle reste contracturé et devient rapidement inexcitable.

Ce phénomène, connu sous le nom d’effet Lundsgaard, est attribuable à l’inhibition de la glycolyse par les acides acétiqes mono-halogénés.

Dans un travail antérieur, MM. Bacq et Goffard (1940-1941) ont montré que l’effet Lundsgaard apparaît non seulement si le muscle est stimulé électriquement, mais encore quand on le soumet à l’excitation par les ions potassium.

            Dans un autre mémoire que l’Académie a publié en 1940, MM. Bacq, Goffart et Angenot établissaient des rapprochements suggestifs entre l’action musculaire de certains toxiques de guerre et l’action vésicante qu’ils exercent sur la peau : en résumé, les substances vésicantes produisent sur les muscles l’effet Lundsgaard, tandis que les acides acétiques mono-halogénés possèdent aussi une action vésicante.

            Des propriétés en apparence aussi disparates devaient sans doute être rapportées à une altération d’un des processus fondamentaux de la vie cellulaire : M. Bacq et ses collaborateurs nous ont apporté déjà une série d’arguments en faveur de l’hypothèse d’une inhibition de la fermentation lactique, à la fois par les acides acétiques mono-halogénés et par les toxiques de la catégorie des vésicants.

            Il ressort d’observations de Dickens, de Rapkine et de Goffart qu’on doit penser à une réaction de ces divers toxiques avec les groupes sulfhydriles (-SH) qui, on le sait, sont nécessaires au fonctionnement de divers enzymes.

            Le mémoire que M. Bacq soumet aujourd’hui à notre appréciation est le développement de ses recherches antérieures et des hypothèses de travail qu’il avait dès ce moment formulées. Ce mémoire a pour objet principal de répondre à la question suivante :

            Y a-t-il, en dehors des acides acétiques mono-halogénés, des toxiques de guerre et des vésicants, d’autres substances susceptibles de déterminer l’apparition de l’effet Lundsgaard ?

            Outre les halogènes et leurs dérivés organiques, les chimistes décrivent deux catégories de substances capables de bloquer les groupes – SH. Ce sont les oxydants et les sels des métaux lourds : mercure, plomb, or, etc.

            Dans son mémoire actuel, M. Bacq fait une étude systématique de l’action de ces corps sur le muscle Rectus abdominis des  Amphibiens.

            L’effet Lundsgaard s’observe après traitement du muscle par les substances suivantes :

            1°) les oxydants (surtout l’eau oxygénée et l’iodate de sodium) ;

            2°) les sels de mercure, de plomb, d’urane, de platine, d’or, de thallium, de cuivre, de cobalt et de nickel.

            Ces faits expérimentaux appuient l’hypothèse de travail qui avait servi de point de départ à ces recherches : à savoir qu’il semble exister un parallélisme entre l’effet Lundsgaard, l’action vésicante, l’inhibition de la glycolyse et le blocage des groupes – SH.

            Dans la discussion de ses résultats, l’auteur fait d’ingénieux rapprochements entre les faits qu’il observe et des phénomènes connus qui sont peut-être susceptibles d’interprétations du même ordre ; par exemple : l’intoxication chloroformique du foie, étudiée par Miller, Ross et Whipple ; l’action toxique exercée par le plomb et le mercure sur le rein, le foie, la rate et le poumon ; l’action des métaux lourds sur les tumeurs cancéreuses ; les néphrites causées par les sels des métaux lourds, etc.

            L’hypothèse de départ permet donc d’entrevoir de nouvelles généralisations.

            Les expériences de M. Bacq sont conduites avec le soin que cet auteur met habituellement à exécuter ses recherches ; les résultats qu’il nous apporte sont pleins d’intérêt, car ils constituent une étape importante vers des nouvelles investigations dont l’auteur esquisse le programme.

            Votre Commission a l’honneur de proposer à l’Académie d’adresser des félicitations à M. le Dr Bacq et de décider d’insérer son mémoire, avec les figures qui l’illustrent, dans le Bulletin de la séance de ce jour.

            Elle rappelle en outre que M. Bacq est lauréat de nos Concours académiques et que son nom est inscrit déjà sur la liste des aspirants au titre de Correspondant de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 28 février 1942.