Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit présenté par M. J. Govaerts, à Bruxelles, et intitulé : "Le traitement chirurgical du mégacôlon par la sympathectomie abdominale"

M. C. Heymans, Rapporteur.

            Le travail de M. Govaerts est consacré d’une part à une étude critique des différentes interventions opératoires de sympathectomie appliquées jusqu’ici au traitement du mégacôlon ou maladie de Hirschsprung, et d’autre part à l’exposé d’une technique opératoire réalisée par l’auteur et à la description d’une observation personnelle et de ses résultats.

            Le mégacôlon, ou maladie de Hirschsprung, est caractérisé par une dilatation hypertrophique du gros intestin survenant en l’absence de toute lésion organique extrinsèque ou intrinsèque à la paroi colique. Les faits expérimentaux qui montrent d’une part que le ganglion mésentérique inférieur et la chaîne sympathique lombaire constituent l’innervation inhibitrice du côlon, ainsi que les résultats cliniques et les constations physio-pathologiques recueillis d’autre part chez des malades privés chirurgicalement de leur chaîne sympathique lombaire, firent conclure à l’origine neuro-musculaire du mégacôlon. Ce furent Wade et Royle qui observèrent les premiers les effets favorables de la ramisection sympathique lombaire sur le transit intestinal dans les cas de constipation opiniâtre ; cette observation les incita à appliquer cette thérapeutique de neuro-chirurgie fonctionnelle au traitement de la dilatation anatomique du gros intestin et à la maladie de Hirschsprung.

            Après cette introduction, M. Govaerts rappelle l’anatomie du sympathique abdominal chez l’homme et passe ensuite à l’étude critique des diverses interventions de sympathectomies qui furent préconisées et appliquées par différents chirurgiens au traitement du mégacôlon. Dans cette partie de son exposé, M. Govaerts fait preuve de connaissances approfondies de l’anatomie et de la physiologie du système nerveux végétatif des organes abdominaux, connaissances qui sont à la base de la neuro-chirurgie.

            Après avoir soumis à un examen critique les différentes interventions neuro-chirurgicales appliquées jusqu’ici au traitement du mégacôlon, M. Govaerts, se basant sur ses recherches expérimentales personnelles et sur les observations d’autres expérimentaux, préconise une méthode plus complète et plus radicale pour réaliser chirurgicalement l’énervation sympathique du côlon. Les recherches expérimentales de M. Govaerts et d’autres auteurs, ont mis en évidence que les ganglions sympathiques déconnectés du système nerveux central par la section des rameaux préganglionnaires, deviennent, dans les jours qui suivent cette intervention, des centres d’une activité autonome. Or, les méthodes employées jusqu’à présent pour énerver le côlon se limitaient à la section des nerfs splanchniques et à l’extirpation des deux premiers ganglions sympathiques lombaires. Ces interventions laissent ainsi persister un amas de ganglions sympathiques qui , dans les jours consécutifs à l’intervention, sont susceptibles d’acquérir une fonction tonique inhibitrice envers la musculature lisse du côlon.

            L’énervation complète réclame, non pas la section des fibres préganglionnaires, mais l’extirpation des ganglions vers lesquels ces fibres convergent. Ces faits ont incité M. Govaerts à pratiquer, dans le traitement du mégacôlon, l’énervation aussi complète que possible du sympathique abdominal consistant en la section des nerfs splanchniques, l’extirpation des ganglions du plexus cœliaque et celle de la chaîne sympathique lombaire.

            Cette nouvelle méthode de traitement, M. Govaerts l’a appliquée à un cas de mégacôlon qu’il décrit. Les résultats furent excellents ; il y eut en effet disparition du ballonnement abdominal, péristaltisme intestinal normal et évacuation normale.

            Remarquons à ce propos qu’un des membres de la Commission (M. De Beule) peut, d’après son expérience personnelle, confirmer entièrement l’opinion de M. Govaerts dans le sens de la nécessité d’une suppression chirurgicale aussi radicale et aussi large que possible de l’innervation sympathique abdominale dans le traitement de la maladie de Hirschsprung.

            Dans un premier cas, datant de plusieurs années déjà, où il se contenta de réséquer le plexus présacré et les deux premiers ganglions lombaires à gauche, le résultat thérapeutique fut nul. Dans un deuxième cas, datant de près de deux ans, l’opération consista dans la résection des nerfs splanchniques et des deux premiers ganglions lombaires à gauche ; le résultat fonctionnel fut excellent, le côlon restant néanmoins dilaté.

            Dans un troisième cas, datant d’à peine deux mois, la résection des nerfs grands et petits splanchniques et des deux premiers ganglions lombaires fut pratiquée des deux côtés ; ici aussi le résultat fonctionnel fut parfait, mais il est trop tôt pour pouvoir juger si le côlon se rétractera complètement. Ajoutons que M. De Beule a l’impression que la résection concomitante du plexus cœliaque, préconisée par M. Govaerts, pourrait techniquement s’exécuter également par voie parapéritonéale.

            Notre Commission est d’avis que le travail de M. J. Govaerts, dans lequel les recherches expérimentales personnelles de l’auteur servent de base à l’intervention neuro-chirurgicale qu’il préconise et qu’il applique dans le traitement du mégacôlon, constitue une contribution très intéressante à l’étude de la pathogénie et du traitement neuro-chirurgical de cette maladie. Elle propose d’adresser des remerciements à l’auteur, de publier son mémoire dans le Bulletin de l’Académie et de retenir son nom parmi les aspirants au titre de Correspondant de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 29 novembre 1941.