Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit présenté par M. P. Dustin junior, sous le titre de : "Intoxication mortelle par la colchicine. Etude histologique et hématologique"

M. P. Lambin, Rapporteur.

            Au cours de ces dernières années, le Prof. A.-P. Dustin et ses élèves ont mis en évidence par de nombreuses recherches expérimentales l’action remarquable de la colchicine sur les processus mitotiques. Le Docteur P. Dustin a eu l’occasion de faire, à la lumière de ces données, une étude approfondie, histologique et hématologique, d’un cas d’intoxication mortelle par la colchicine.

            L’observation est celle d’une malade décédée 8 jours après avoir absorbé 60 mgr. de colchicine dans un but de suicide ; le tableau clinique était caractérisé par des vomissements sanglants, une diarrhée profuse, une polynévrite aiguë et une néphrite avec rétention azotée.

            L’examen hématologique décela une forte leucocytose neutrophile, avec passage dans le sang de plasmocytes et d’érythroblastes. La ponction sternale confirma la forte excitation de la granulopoïèse et mit en évidence une élévation du pourcentage des mitoses myélocytaires ; mais le fait le plus intéressant est l’augmentation importante du nombre des métaphases, tant myélocytaires qu’érythroblastiques, et la fréquence des métaphases pathologiques traduisant la tendance des chromosomes au fusionnement. Les perturbations de la maturation granulocytaire se manifestent par l’apparition d’éléments atypiques, tels que des polynucléaires géants à noyaux hypersegmentés.

            L’étude anatomo-pathologique des organes est faite de façon minutieuse. Les ganglions lymphatiques et la rate montrent des mitoses bloquées en métaphase. Au niveau de l’épithélium intestinal, la colchicine a également arrêté en métaphase la plupart des mitoses ; l’épithélium est en grande partie desquamé, la muqueuse présente une forte infiltration leucocytaire. L’examen du foie et du pancréas décèle l’action excito-mitotique de la colchicine sur les parenchymes glandulaires : 40 ‰  des cellules hépatiques sont en mitose, toutes ces mitoses étant bloquées à la métaphase ; la plupart des stathmocinèses sont du type caryorhexique, quelques-unes du type pycnotique. Le pancréas est relativement moins touché.

            L’étude des glandes endocrines a révélé une hypertrophie de la cortico-surrénale, qui est presque vidée de ses lipoïdes ; l’hypophyse présente des hémorragies interstitielles et une augmentation du nombre des cellules basophiles. L’auteur fait ressortir l’analogie de ces aspects avec ceux qui ont été décrits par Selye sous le nom de « réaction d’alarme ».

            L’observation du docteur P. Dustin est intéressante à plus d’un titre. Les intoxications mortelles par la colchicine sont fort rares : aussi ne possède-t-on que de maigres données sur les lésions viscérales produites par cet alcaloïde. Le travail présenté comble à ce point de vue une lacune de la littérature toxicologique. Il étudie d’autre part pour la première fois les effets de la colchicine sur les mitoses de l’organisme humain et montre qu’ils sont identiques à ceux qui ont été obtenus expérimentalement. Il met enfin en évidence certaines perturbations de l’hématopoïèse produite par l’alcaloïde.

            Nous vous proposons de publier dans le Bulletin de l’Académie le travail du Docteur P. Dustin, avec les intéressantes figures qui l’illustrent et formulons le vœu de voir l’auteur poursuivre l’analyse des effets de la colchicine sur l’hématopoïèse.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 27 septembre 1941