Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication faite par M. J. Rodhain dans la séance du 29 mars 1941 et intitulée : "Les plasmodiums des singes supérieurs d'Afrique et leurs relations avec les plasmodiums humains"

M. J. Rodhain. – M. J. Bordet a bien voulu faire remarquer, à la suite de ma lecture, que parmi les chimpanzés arrivant du Congo, il pouvait se trouver des animaux immunisés contre certains plasmodiums.

            J’ai répondu à mon savant Collègue que, lors de leur arrivée, plusieurs de nos singes étaient porteurs de plasmodiums que nous avons identifiés par des examens répétés, l’observation des animaux s’étant prolongée pour certains pendant plus de deux mois. D’autres chimpanzés étaient dûment indemnes de plasmodiums.

            Je voudrais ajouter un mot à ma réponse, parce que si l’on veut aller au fond de la question, les animaux apparemment  non parasités pouvaient être ou bien dûment immunisés ou bien porteurs de parasites inapparents.

            Parmi les singes mis en expérience, cinq étaient parasités d’un ou de plusieurs plasmodiums. Ils se sont montrés sensibles à l’espèce parasitaire dont apparemment ils n’étaient pas porteurs. Ils n’étaient donc pas immunisés contre ces derniers ; ils étaient en état de prémunisation suivant E. Sergent vis-à-vis des autres. Ceci, pour les plasmodiums des chimpanzés mêmes.

            Mais je pense que M. Bordet a songé également à une immunisation possible des chimpanzés contre les plasmodiums humains.

            Ici, la réponse est plus difficile, car je n’ai pas réussi à provoquer des infections apparentes chez les singes au moyen des hématozoaires humains.

            Cependant, si l’on considère que parmi nos animaux indemnes de parasites, il y avait deux animaux très jeunes de 1 ½ à 2 ans d’âge, on peut dire que l’existence d’une immunisation apparaît fort peu probable.

            L’homme ne s’immunise contre le paludisme qu’après un temps assez long et à condition d’être soumis à des réinfections pas trop espacées.

            C’est ainsi que les jeunes enfants noirs vivant dans les régions de paludisme hyperendémique restent porteurs de Plasmodium vivax jusque trois ans, de plasmodium malariae au-delà et de Plasmodium falciparum jusque six et sept ans.

            J’ajouterai que deux de nos chimpanzés se sont montrés réceptifs à l’infection du Plasmodium vivax ; ils ont fait des infections inapparentes sans doute, mais ils se sont infectés. Pour l’un d’eux j’ai pu montrer qu’avant l’inoculation du Plasmodium humain son sang n’était pas infectieux pour l’homme, et qu’il l’est devenu après, lorsqu’il eut été injecté de Plasmodium vivax humain.

            Il n’était donc certainement pas immunisé.

            Un autre se montra, lui, naturellement encore infecté de Plasmodium malariae.

            Je crois que ces explications donneront satisfaction à M. Bordet, dont la remarque était, du reste, très pertinente.

            M. J. Bordet. – Je trouve que la réponse de notre savant confrère est parfaitement rationnelle.

            Cependant, on peut imaginer que les parasites humains sont moins virulents pour les singes que les parasites de singes, et que ces animaux se débarassent assez vite des parasites humains qui leur ont été inoculés dans leur jeune âge. Mais si l’on se perd dans le champ des hypothèses, on n’en finit plus et, au total, je crois que les conclusions de M. Rodhain correspondent le mieux aux vraisemblances. Quand on est d’accord avec les vraisemblances, on peut s’estimer heureux.

            Séance du 26 avril 1941.