Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la commission chargée d'examiner le mémoire de M. Léon Coppez, à Bruxelles, et intitulé : "Considérations sur pathogénie du décollement de la rétine et sur son traitement par la diathermocoagulation pyrométrique"

         M. L. Weekers, Rapporteur.

           Le traitement opératoire du décollement de la rétine est un des problèmes les plus importants et les plus actuels de la pratique ophtalmologique.

            Pour réaliser la choroïdite adhésive indispensable à l’oblitération des déchirures rétiniennes et à la guérison du décollement, on a eu recours aux procédés les plus divers. Les opérateurs, maintenant, utilisent surtout la diathermie, la galvanocautérisation et l’électrolyse. La diathermie est très maniable, ce qui en fait un procédé de choix. Larson, Weve et Meller ont préconisé la diathermocoagulation en surface de la sclérotique ; Weve et Safar ont créé le procédé aiguilles diathermiques, perforantes ou non.

            M. L. Coppez a fait faire un progrès considérable à la dathermocoagulation en surface grâce à l’électrode pyrométrique qui permet de mieux doser les effets. La technique ici est capitale ; le succès opératoire en dépend étroitement. En dessous d’un certain degré, les effets se montrent insuffisants ; au-delà, on s’expose à provoquer de graves désordres.

            L’auteur se sert d’une électrode pyrométrique de 2 ½ mm. de diamètre, qui permet de ne pas dépasser la température optima de 80 degrés et de pratiquer plusieurs coagulations identiques. Cette coagulation superficielle de la sclérotique agit en profondeur sur la choroïde et produit un œdème de la rétine visible à l’ophtalmoscope, ce qui facilite beaucoup le réglage visant à atteindre exactement la déchirure. Il en résulte une simplification importante de la technique.

            Ces précieux et multiples avantages classent le procédé innové par M. L. Coppez parmi les méthodes classiques. A juste titre l’auteur se montre éclectique. La technique doit s’adapter aux modalités si variées du décollement. Parfois la coagulation en surface suffit. Actuellement, l’auteur achève son opération par des galvanopunctures perforantes à l’endroit le plus important correspondant à l’emplacement de la déchirure rétinienne. La cicatrice résultant de cette perforation est très solide et met mieux à l’abri d’une récidive.

            En 1933, ici-même, notre Collègue M. Henri Coppez nous a exposé le principe et les avantages de la méthode pyrométrique. M. Léon Coppez, dans son mémoire, nous apporte le fruit de ses observations basées sur 216 cas. Il décrit sa technique avec tous les détails et toute la minutie nécessaires. Les résultats obtenus sont remarquables : 60% de guérisons sur le total ; 80% de guérisons quand les circonstances sont favorables. Les succès opératoires dans les cas où le pronostic paraissait mauvais à première vue méritent d’être particulièrement soulignés.

            Le travail de M. L. Coppez se termine par quelques considérations sur la pathogénie du décollement de la rétine. Malgré de nombreuses recherches, cliniques, anatomiques et expérimentales, ce problème n’est pas élucidé. L’auteur, se basant sur les faits connus et sur ses propres observations, propose l’explication suivante :

            La cause originelle du décollement, souvent est générale. La lésion rétinienne initiale serait de nature vasculaire (spasme, artérite, etc.) ; elle donnerait lieu secondairement à une nécrose de la rétine avec toutes ses conséquences, aboutissant au décollement. Cette lésion se localise électivement à la périphérie de la rétine parce que, l’artère rétinienne étant terminale, les conditions de la circulation sont plus précaires à cet endroit.

            Encore qu’elle soit en partie hypothétique, l’explication suggérée par M. L. Coppez est ingénieuse et mérite de retenir l’attention.

            Notre Commission est d’avis que les recherches de M. L. Coppez, poursuivies pendant huit ans, constituent une importante contribution au traitement opératoire du décollement de la rétine ; elle vous propose : 1) d’adresser des remerciements à l’auteur et de l’engager à communiquer à l’Académie ses travaux ultérieurs ; 2) de publier son mémoire dans notre Bulletin ; 3) d’inscrire son nom sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 26 avril 1941.