Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par MM. L. Van den Berghe et P. Liessens sous le titre de : La mononucléose infectieuse, maladie à virus

M. R. Bruynoghe, Rapporteur.

     Le travail présenté par MM. L. Van den Berghe et P. Liessens a pour objet la mononucléose infectieuse.

        Après avoir rappelé dans l’introduction l’historique de cette maladie, les auteurs exposent dans une première partie tout ce qui a trait à la symptomatologie, au diagnostic différentiel, à l’épidémiologie et à l’étiologie de cette affection. Dans une seconde partie, ils exposent les résultats de leurs recherches relatives à la transmission expérimentale de cette maladie aux animaux (singes, lapins) et à l’étude du virus causal.

          A vrai dire, seule la seconde partie est originale. Ce qui concerne la clinique est connu et pourrait à la rigueur être omis.

         Nous ne proposons toutefois pas de supprimer cette partie de leur travail parce que les données relatives à la symptomatologie et au diagnostic différentiel font de leur communication un exposé plus complet de la question.

         Peut-être pourraient-ils faire rentrer les données relatives à l’épidémiologie et à l’étiologie dans la seconde partie du travail, à titre d’introduction à leurs propres recherches. De ce fait, le chapitre des recherches originales serait notablement plus important que celui qui concerne les faits cliniques connus.

         Par des inoculations d’animaux et notamment de singes, MM. L. Van den Berghe et P. Liessens ont établi expérimentalement que la mononucléose infectieuse est, comme beaucoup d’auteurs l’avaient présumé et comme Wisin l’a établi vers la même époque (Acta Medica Scandinavica, vol. 98, 1939), une maladie produite par un virus. En effet, le sang laqué filtré sur filtre Seitz comme le sang prélevé au début de la maladie s’est montré infectant chez le singe et provoque, après une période d’incubation assez variable (de 10 à 20 jours), un syndrome hématologique comprenant de la leucopénie et une augmentation notable des monocytes vrais. En outre, il se forme dans le sang de ces animaux, à l’instar de ce qui se fait chez les malades atteints de la fièvre ganglionnaire, des agglutinines hétérogéniques actives à l’égard des globules de mouton. Toutefois, cette production, pour ce qui concerne l’activité de ces agglutinines, n’est pas comparable à celle qu’on a l’habitude d’observer en pathologie humaine (Sohier, Lepine et Sautter n’ont pas constaté de production d’agglutinines de l’espèce. Ajoutons aussi que les singes inoculés par eux ont réagi par une poussée fébrile et par une mononucléose manifeste accompagnée d’une leucocytose légère (Ann. Inst. Pasteur, juillet 1940). Les auteurs en font le dosage suivant la technique de Davidson et en expriment l’activité suivant les chiffres 1/7, 1/14, 1/28, etc. Nous pensons qu’ils auraient pu, pour ce dosage, tout aussi bien suivre les chiffres de 1/10, 1/20, 1/40, etc.

         Ils sont arrivés aussi à cultiver à 37° le virus dans un milieu constitué de Tyrode additionné de 10% de sérum humain et d’un peu de broyage d’embryon de poulet. Les repiquages furent pratiqués tous les 3 ou 4 jours et les animaux inoculés avec les cultures de passage (l’expérience a été faite entre autres avec le liquide du dixième passage) ont montré le syndrome hématologique caractéristique.

       La réaction de Paul et Bunnell (dosage des agglutinines hétérogéniques) fut, chez deux singes ainsi inoculés, notablement plus forte que chez ces mêmes animaux infectés avec le sang de malades. Les auteurs sont tentés d’attribuer ce résultat à un accroissement de la virulence du virus au cours de la culture in vitro. Nous croyons qu’on peut attribuer cette production plus intense d’agglutinines hétérogéniques au fait qu’en injectant du liquide de culture, on a eu l’occasion d’inoculer de petites quantités de tissu de poulet, lequel tissu contient de l’antigène hétérogénique dont l’injection doit forcément entraîner la formation d’agglutinines de ce type.

       Signalons encore, pour terminer l’analyse de cet intéressant travail, que le virus de la mononucléose infectieuse résiste aux basses températures et qu’il semble pouvoir infecter aussi le lapin.

       Le travail que MM. Van den Berghe et Liessens nous ont soumis est très bien présenté et contient des données nouvelles d’un grand intérêt.

      Nous proposons de le publier dans le Bulletin et d'inscrire le nom de M. Van den Berghe, qui a déjà présenté un mémoire à la Compagnie, sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

       Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 22 février 1941.