Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'apprécier le mémoire soumis par M. Guns, à Louvain, et intitulé : Les vertiges dits "de Ménière".

M. J. Vernieuwe, Rapporteur.

            Comme le titre du mémoire l’indique, M. Guns fait ressortir, dans la revue générale de la question par laquelle son travail débute, qu’il faut avant tout s’entendre sur la signification du terme « vertige de Ménière ». Il y a lieu de rappeler que la maladie de Ménière. – qui porte le nom de celui qui en 1861 vint lire à l’Académie de Médecine de Paris un mémoire sur « des lésions de l’oreille interne, donnant lieu à des symptômes de congestion apoplectiforme », - est une vraie identité morbide (note des rapporteurs) ; que la cause de la maladie de Ménière, contrôlée à l’autopsie, réside en une hémorragie vestibulaire.

            Plus tard – par généralisation – le nom de Ménière fut donné à d’autres manifestations morbides rappelant par un ou deux symptômes la triade symptomatique de la maladie de Ménière (vertiges, état nauséeux et vomissements, bruit d’oreille avec surdité progressive). C’est ainsi que les termes « syndrome de Ménière » et « symptôme de Ménière » sont nés. Ménière mourut huit mois après la communication qui devait rendre son nom immortel : il n’est pour rien dans la regrettable généralisation du terme « vertige de Ménière » et des confusions que cette dénomination a entraînées (note des rapporteurs).

            Cela oblige M. Guns à établir un système de classification des vertiges « dits de Ménière ». Il signale d’abord la classification de Hautant et de son école, qui parlent de « vertige-névrite » et de « vertige-névralgie » ; puis de celle de Aubry, Bouchet et Ombrédanne proposée en 1939 pour le Congrès latin d’Utrecht : ces auteurs y ajoutèrent une troisième forme, la forme « tronculaire » provoquée par de l’arachnoïdite de l’angle ponto-cérébelleux, ou par une tumeur débutant à ce niveau.

            M. Guns, à l’exemple de Quix, isole la « maladie de Ménière », terme qu’il réserve, lui aussi, à la seule hémorragie du labyrinthe et dont il dit : « les caractéristiques essentielles sont : le vertige et l’excitabilité totale ou partielle du labyrinthe, les causes ou générales (artériosclérose de l’artère vestibulaire, saturnisme, syphilis, leucémie, purpura hémorragique) ou locales (traumatisme ou fracture). La Commission aurait préféré une description plus complète de la maladie de Ménière : les sifflements que Ménière décrits comme étant «  d’une violence extrême qui ne se rencontre dans aucune autre affection d’oreille », les états nauséeux et les vomissements, la surdité souvent unilatérale ; les crises avec, entre les crises, de longs répits, etc., sont passés sous silence.

            Puis, en dehors de la maladie de Ménière, M. Guns propose de diviser les syndromes de Ménière en deux groupes :

1)    Les syndromes paraméniériques qui seront ou infectieux ou toxiques ;

2)    Les syndromes périphériques, l’auteur distingue le vertige oculaire, le vertige gastrique, le vertige par cérumen, le vertige par lésions génitales chez la femme, etc.

Parmi les syndromes centraux, il décrit deux groupes :

1)    Les syndromes pseudoméniériques par atteinte du premier neurone périphérique ; ce seront :

a)    Les vertiges-névralgies ;

b)    Les vertiges-névrites ;

2)    Les syndromes pseudoméniériques par atteinte tronculaire :

a)    Par arachnoïdite ponto-cérébelleuse ;

b)    Par tumeur ponto-cérébelleuse ;

c)    Pat atteinte nucléaire ;

d)    Par atteinte corticale ;

C’est aux troubles du syndrome pseudoméniérique, d’origine centrale, par atteinte du premier neurone périphérique que l’auteur s’intéresse uniquement dans son travail.

Dans la deuxième partie, M. Guns énumère et analyse les différentes hypothèses pathogéniques du mal qu’il étudie :

L’hypothèse – à laquelle s’attache le nom de Dohlma – faisant de ce mal une maladie d’origine allergique ;

L’hypothèse de la syphilis avec hypertension du liquide endo- et périlymphatique de Rebattu ;

Celle de la dilatation marquée de tout le système endolymphatique qui peut être due à une labyrinthite séreuse ;

D’autres encore – l’énumération en est longue. Nous retiendrons encore celle de Mme Dida Dederling, qui conclut à un trouble du métabolisme de l’eau et celle de nombreux auteurs qui voient surtout, dans le syndrome pseudoméniérique, un trouble de l’équilibre sympathique-parasympathique.

Il conclut en disant : « Il semble résulter de tout cela que la pathogénie du syndrome pseudoméniérique siégeant au niveau du premier neurone périphérique est multiple et que les troubles vaso-moteurs y jouent une très grande part. »

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Le traitement sera surtout médical, quelquefois chirurgical. Le traitement médical sera la consécration de la pathogénie admise par celui qui le prescrit : pour les uns, un régime sans sel ; pour d’autres, une diminution des liquides absorbés ; d’aucuns y ajoutent une injection de sel mercuriel diurétique dans le but de diminuer l’œdème intracellulaire ; d’autres encore prescrivent des drogues à action « sympathomimétique ».

Le mal résiste-t-il à tous ces essais thérapeutiques, on a recours à diverses interventions chirurgicales qui peuvent se résumer en trois groupes.

1)  Les premières s’adressent à l’organe périphérique, la destruction du labyrinthe faisant disparaître les vertiges ;

2)  Les deuxièmes, plus récentes, réalisent la section intracrânienne du nerf VIII ; plus tard, l’intervention fut limitée à la section du nerf vestibulaire seul, avec conservation du nerf cochléaire ;

3)  L’opération de Portmann, consistant à pratiquer l’ouverture du sac lymphatique.

M. Guns n’a pas pratiqué cette dernière opération. Il examine théoriquement les procédés des différents auteurs. Pratiquement, il s’arrête à un seul procédé : celui de Mollison, consistant en une trépanation vestibulaire suivie d’injection d’alcool. Il opère quatre malades : trois sont guéris depuis respectivement 3, 2 et 2 ans. L’autre ne tira pas de fruit de son opération. M. Guns croît « n’avoir vraisemblablement pas eu affaire à un cas de pseudoménière central du premier neurone périphérique ».

L’opération d’Aubry-Bouchet-Ombrédanne (section partielle du nerf VIII), que ces auteurs affirment bénigne, simple, la plus efficace, permettant en même temps l’examen de la loge cérébelleuse, qu’ils appellent « l’opération idéale » est jugée difficile par M. Guns, présentant des dangers, d’une efficacité relative.

Le travail de M. Guns est une contribution précieuse à l’étude des vertiges « dits Ménière ». Le mémoire n’apporte cependant à la question aucune idée nouvelle. Les interventions sont toutes les quatre identiques : ce n’est donc pas en se basant sur une expérience personnelle, comparative, que l’auteur accorde la préférence au procédé de Mollison.

M. Guns nous présente un travail qui constitue une bonne mise au point d’une question qui avait été mise à l’ordre du jour du Congrès latin d’Oto-Rhino-Laryngologie, tenu à Utrecht en 1939. Aussi l’auteur conclut-il très sagement en disant :

1) Qu’il y a lieu de reviser la classification des vertiges de Ménière ;

2) Que la pathogénie des vertiges pseudoméniériques centraux par atteinte du premier neurone périphérique est imprécise ; qu’il faut accorder une grande part aux troubles vasomoteurs ;

3) Que la thérapeutique est avant tout médicale ;

4) Que, pour les cas nécessitant une opération, la destruction labyrinthique rétro-auriculaire par ouverture du vestibule et son alcoolisation donne 70% de succès.

La Commission estime que le travail de M. Guns mérite de retenir l’attention de la Compagnie et elle prie en conséquence l’Académie :

1)  D’adresser des remerciements à l’auteur ;

2)  De l’engager à poursuivre et compléter ses recherches et de lui faire part de ses résultats ;

3)  D’insérer le travail dans son Bulletin.

Ces conclusions sont adoptées.

Séance du 22 février 1941.