Académie royale de Médecine de Belgique

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Vote d'une motion de l'Académie qui estime nécessaire d'attirer l'attention des Pouvoirs publics, dans l'intérêt de la collectivité, sur une catégorie spéciale des sujets composant le personnel médical, en contact constant avec les malades

M. J. Roskam. – Au nom de MM. Plumier, Brull et en mon nom personnel, j’ai l’honneur de demander à l’Académie de vouloir bien voter le vœu dont je vais lui donner lecture dans un instant.

            Pour vous exposer la question, je ne pourrais mieux faire que de vous communiquer la lettre suivante que j’ai adressée à M. le Président :

 

Liège, le 20 février 1941.

 

Monsieur le Président,

 

            » En qualité de chefs de services hospitaliers où sont soignés des malades atteints d’affections contagieuses et de  professeurs de clinique médicale d’une Université de l’Etat, nous estimons de notre devoir de saisir l’Académie royale de Médecine de Belgique, des conditions d’hygiène désastreuses dans lesquelles le personnel médical et plus encore le personnel infirmier, - religieux et laïque, - attachés à nos cliniques, sont aujourd’hui appelés à remplir leur mission.

            » A ces conditions hygiéniques déplorables, sont d’ailleurs également soumis nos étudiants en médecine de doctorat, ceux qui fréquentent les salles d’autopsie ainsi que le petit personnel attaché à ces services.

            » Tous, ou quasi tous, sont pour l’instant sous-alimentés et de ce fait, risquent davantage de contracter l’une ou l’autre maladie transmissible, dont la tuberculose.

            » Dans l’intérêt même de la communauté, il serait à nos yeux souhaitable que l’illustre Compagnie aux destinées de laquelle vous présidez, intervienne auprès des Pouvoirs publics, afin que la quantité de calories, plus spécialement d’aliments azotés et gras dont peuvent disposer les sujets dont il vient d’être question, soit accrue.

            » Une situation semblable a provoqué en France l’adoption par l’Académie de Médecine de Paris des vœux que nous annexons à cette lettre.

            » Peut-être, sous réserve de vœux complémentaires inspirés des vœux émis par l’Académie de Paris, l’Académie royale de Médecine de Belgique pourrait-elle d’urgence, vu le caractère actuel du danger, faire sien le vœu suivant :

            Consciente des difficultés présentes du ravitaillement, mais aussi des indéniables risques de contagion auxquels sont exposées les indéniables risques de contagion auxquels sont exposées les personnes sous-alimentées en contact avec des malades atteints d’affections transmissibles, l’Académie royale de Médecine émet, dans l’intérêt de la collectivité, le vœu suivant :

            Le personnel médical, le personnel infirmier et le personnel hospitalier en contact avec des malades contagieux doivent bénéficier, du point de vue alimentaire, des avantages accordés aux travailleurs manuels. Il en est de même du personnel de laboratoire maniant des produits septiques et du personnel des services de radiologie exposé à l’action des rayons X et du radium.

            Dans l’espoir que cette suggestion pourra, avec bénéfice, retenir l’attention de l’Académie, nous avons l’honneur, Monsieur le Président, de vous prier d’agréer les assurances de nos sentiments les plus distingués.

 

Prof. L. Brull.                                      Prof. L. Plumier.                                 Prof. J. Roskam.

 

 

Voeux adoptés par l’Académie de Médecine de Paris en sa séance du 28 janvier 1941.

            L’Académie, après lecture du rapport présenté par le Prof. Rathery, au nom de la Commission des Restrictions, consciente des difficultés actuelles de ravitaillement et de la nécessité de donner à tous les travailleurs manuels un régime spécial plus riche en calories et en certaines variétés d’aliments, estime nécessaire d’attirer l’attention des Pouvoirs publics, dans l’intérêt de la collectivité, sur une catégorie spéciale de sujets composant le personnel médical, en contact constant avec les malades.

            Elle émet le vœu suivant :

            « 1°) Parmi le personnel médical, celui qui est en contact direct avec les malades doit recevoir la carte T.

            » 2°) Tous les internes en exercice ou faisant fonctions doivent recevoir la double ration de viande et de graisse. Les internes de garde doivent recevoir, le jour de leur garde, un en-cas supplémentaire. La chambre de l’interne de garde doit toujours être chauffée.

            » 3°) Tous les internes en exercice doivent, à leur arrivée à l’hôpital, recevoir un casse-croûte composé d’un bol de lait, d’une ration de pain et de fromage.

            Il y aura lieu d’envisager, à titre temporaire tout au moins, la création de cantines qui leur seraient réservées et leur permettraient de déjeuner à l’hôpital.

            » 4°) Le personnel hospitalier, en contact avec les malades, doit recevoir une ration double de viande et de graisse et un casse-croûte le matin à l’arrivée.

            » 5°) Les mêmes mesures doivent concerner les maisons de santé soignant des malades contagieux, notamment les sanatoria, et les infirmières de ville appelées à donner leurs soins à des malades contagieux.

            » 6°) En cas d’épidémie, il y aurait lieu d’envisager des mesures plus étendues.

            » 7°) Le contrôle serait effectué, d’une part, par le directeur de l’hôpital ou de la maison de santé, sous sa responsabilité, et, d’autre part, par un certificat du médecin traitant en ce qui concerne les infirmières de ville, sous sa responsabilité.

            » 8°) L’Ordre départemental des Médecins serait chargé d’exercer une surveillance rigoureuse en ce qui concerne les abus qui pourraient se produire.

            » 9°) Des mesures spéciales seraient prises pour tout le personnel spécialisé maniant les rayons X d’une façon continue : un demi-litre de lait, casse-croûte le matin, double ration de viande et de graisse et carte de travailleur. »

            Je prie l’Académie de vouloir bien adopter ce vœu.

            M. le Président. – Sommes-nous d’accord sur le vœu présenté par M. Roskam ? (Assentiment.)

            Ce vœu est donc adopté à l’unanimité. Il sera transmis aux autorités compétentes.

            Séance du 22 février 1941.