Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication faite à la séance du 30 novembre 1940 par M. F. D'Hollander et intitulée : "La dégénérescence du cylindre-axe. Application à l'étude du système nerveux végétatif."

M. Dustin. – Nous avons entendu la communication de notre Collègue le Professeur D’Hollander avec beaucoup d’intérêt et nous l’avions attendue avec non moins de curiosité.

            Le Professeur D’Hollander a appliqué à l’étude du système nerveux sympathique la méthode de la dégénérescence axile directe dont nous avions préconisé l’emploi il y a 30 ans.

            Pour étudier les voies de conductions dans le système nerveux central nous disposons de trois techniques principales :

            La coloration de la myéline, la coloration des produits de dégénérescence de la myéline par la méthode de Marchi, enfin la coloration directe des axones altérés par l’une ou l’autre des techniques à l’argent réduit dérivés des méthodes de Ramon y Cajal et de Bielschowsky.

            La coloration de la myéline par la méthode de Weigert-Pal, ou par l’une ou l’autre des formules réalisant avec cette substance des laques ferriques d’hématoxyline, est particulièrement démonstrative pour des lésions importantes, bien systématisées et anciennes : dégénérescence pyramidale, sections de la moelle, tabes, etc. Elle nous fait apparaître en négatif les cordons dont les gaines de myéline ont complétement disparu. C’est une méthode qui ne peut être employée que lorsque l’organisme étudié a survécu un temps suffisamment long après la lésion spontanée, traumatique ou expérimentale est assez ancienne ; elle ne peut mettre en évidence que des fibres groupées en faisceaux importants ou la dégénérescence d’un nombre important de fibres dans un faisceau donné.

            La méthode chromo-osmique de Marchi colore en noir les déchets lipidiques et lipoïdiques abandonnés le long des trajets nerveux par les gaines de myéline en voie de dégénérescence. La méthode de Marchi n’est démonstrative que dans les limites de temps précises. Trop tôt après la lésion, la myéline ne fixe pas encore la coloration chromo-osmique ; trop tard après la lésion, tous les déchets sont résorbés et plus rien n’apparaît sur les coupes histologiques.

            La réaction doit donc être appliquée dans les limites de temps très précises, limites de temps qui varient avec le calibre des fibres à myéline considérées comme l’ont montré jadis le Professeur Van Gehuchten et Molhant. Malgré ces inconvénients, la méthode de Marchi a permis de réaliser d’innombrables travaux anatomo-cliniques et expérimentaux.

            Mais ni le Weigert, ni le Marchi ne permettent d’étudier la dégénérescence des voies de conductions chez des malades ou des animaux ayant succombé quelques jours après une lésion. Ces méthodes ne permettent pas davantage de suivre les fibres dégénérées jusqu’à leurs points d’origine ou de terminaison.

            Au cours de recherches faites il y a une trentaine d’années dans notre laboratoire, par le Docteur Ed. Willems, sur la racine ascendante du trijumeau, il nous fut donné de nous rendre compte, avec quelle facilité on pouvait reconnaître les axones en dégénérescence par la méthode à l’argent réduit de Cajal, appliquée aux centres nerveux, quelques jours après le traumatisme expérimental.

            Nous avons à cette époque attiré l’attention sur l’intérêt de la recherche de la dégénérescence axile précoce pour l’étude des voies de conductions. Cette méthode avait notamment le grand avantage de pouvoir être appliquée à des malades ou à des animaux ayant succombé de 2 à 7 jours après une lésion, et par conséquent à un moment où ni le Weigert ni le Marchi, ne pouvaient encore donner des renseignements utiles.

            Nous avons alors confié l’étude plus détaillée du procédé à deux des travailleurs du laboratoire, au Dr J. Geerts et au Dr Marcel Danis. Ce dernier en a fait l’objet de sa thèse de doctorat spécial, et a montré tout le parti que l’on pouvait tirer de la dégénérescence axile précoce pour l’étude de la constitution des voies optiques. Quelques anciens clichés que je vous projette vous démontreront la clarté et la lisibilité des images obtenues.

            Comme il arrive souvent en science, les avantages que l’on pouvait tirer de la méthode ont échappé pendant des années aux neurologistes. Aussi est-ce avec plaisir que nous avons vu le Professeur D’Hollander exhumer la méthode de la dégénérescence axile directe, l’appliquer à l’étude du sympathique et nous montrer avec quelle facilité on pouvait mettre en évidence le trajet des axones en voie d’axonolyse.

            Je ne doute pas que, reprise systématiquement, l’étude de voies de conductions par la technique de la dégénérescence axile précoce, apportera d’utiles précisions à bien des problèmes neurologiques.

            Et pour terminer, permettez-moi une petite revendication dans le domaine technique, M. D’Hollander nous a dit qu’il employait pour la coloration de ses coupes une technique de Bielschowsky modifiée par Melle Reumont. Cette excellente technique s’est inspirée d’une modification essentielle que le Docteur Edouard Willems et moi-même avions apportée à la méthode de Bielschowsky, à savoir l’emploi de solutions de nitrate d’argent beaucoup plus fortes que celles préconisées par Bielschowsky. Nous avons montré dès 1921 que l’emploi des solutions de nitrate d’argent à 20% donnait des imprégnations beaucoup plus fines et plus régulières et exemptes de précipités que les solutions classiques. C’est cette solution forte que Melle Reumont a adoptée, mais l’indication bibliographique d’origine est tombée dans l’oubi. (Ed. Willems. Localisation motrice et kinestésique. Le noyay masticateur et mécencéphalique du trijumeau chez le lapin. Le Névrase, 1911 ; - J. Geerts. Dégénérescence précoce des cylindraxes. Comptes rendus de la réunion de l’Association des Anatomistes, t. XIII, 1911, p. 15 ; - Marcel Danis. La dégénérescence précoce dans les voies optiques antérieures. Annales d’Oculistique, t. CLVII, août 1920 (Travail du Laboratoire d’Histologie. Faculté de Médecine de l’Université Libre de Bruxelles. Directeur : Prof. A.-P. Dustin) ; - A.-P. Dustin et Ed. Willems. Sur une méthode de Bielschowsky rapide par l’emploi de solutions fortes de nitrate d’argent. C. R. Soc. Biol., t. LXXXV, p. 262.).

                M. F. D’Hollander. – J’ai été très heureux d’entendre l’opinion de notre distingué et savant Collègue M. Dustin. Il a fort bien mis en évidence la valeur des diverses méthodes employées dans l’étude des dégénérescences du système nerveux.

            Je sais très bien, - et je l’ai signalé dans ma communication, - que M. Dustin, il y longtemps déjà, a utilisé la méthode d’imprégnation à l’argent dans cette étude ; il vient d’en donner la preuve par les fort beaux clichés qu’il a projetés devant nous. J’ai même fait allusion à l’interprétation qu’il a donnée de ces dégénérescences au point de vue histo-pathologique.

            Il y a cependant un point sur lequel je désire insister d’une façon particulière ; à savoir que nos images, obtenues par des techniques un peu modifiées, sont différentes de celles de M. Dustin.

            Cependant je vous ai montré des images tout à fait identiques à celles de notre Collègue : ce sont des gonflements, des boursouflures de cylindre-axe, puis des débris et finalement la désagrégation et la lyse complète. A voir la finesse des coupes de M. Dustin, je suppose que notre Collègue a procédé à l’imprégnation suivie d’enrobage à la paraffine. Comme je l’ai fait ressortir dans mon exposé, nous avons employé tantôt la congélation suivie de l’imprégnation sur coupes libres, tantôt l’imprégnation en bloc suivie d’enrobage à la paraffine. En employant la première méthode suivant notre technique personnelle, nous mettons en évidence la dégénérescence des cylindres-axes sous la forme de grains excessivement fins, intensément imprégnés par l’argent ; et non sous la forme de varicosités moliniformes qui, elles, sont souvent difficiles à interpréter, quand il s’agit de recherches systématiques. L’aspect des images est tout différent, et l’on ne peut plus hésiter sur l’interprétation.

            C’est cet aspect particulier que j’ai voulu mettre en évidence. Grâce à cette méthode spéciale, qui montre la dégénérescence du cylindre-axe sous l’aspect de fines granulations argentophiles se poursuivant en disposition linéaires, traçant ainsi le trajet du cylindre-axe, nous pouvons suivre le parcours de ce dernier.

            Quant à l’histopathologie, je n’insiste pas. Je me suis suffisamment étendu sur ce point dans ma communication

            Séance du 21 décembre 1940.