Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. J. François à Charleroi, et intitulé : "L'influence des facteurs immunologiques sur la production expérimentale des opacités cristalliniennes congénitales".

M. L. Weekers, Rapporteur.

            Les recherches de M. François concernent l’influence des facteurs immunologiques sur la production expérimentale des cataractes congénitales.

            Le cristallin est surtout constitué de substances albuminoïdes. Depuis les recherches de Uhlenhuth, en 1903, il est admis que l’injection de ces protéines cristalliniennes produit chez l’animal des précipitines spécifiques qui permettent de différencier ces protéines des autres albumines animales.

            L’albumine cristallinienne possède une spécificité d’organe et non, comme les autres albumines animales, une spécificité d’espèce.

            Le sérum des animaux immunisés par une protéine cristallinienne provenant d’une espèce animale donnée contient des précipitines non seulement pour la protéine cristallinienne homologue, mais pour n’importe quelle albumine cristallinienne hétérologue, quelle que soit l’espèce animale dont elle provient.

            D’autre part ce sérum anticristallinien ne précipitera aucune autre protéine animale, même si celle-ci provient de l’espèce qui a fourni l’albumine cristallinienne immunisante.

            On peut donc conclure qu’immunologiquement, les protéines cristalliniennes sont les mêmes chez tous les animaux et différentes des autres albumines animales.

            Ces faits ont été confirmés par M. François dans un travail préliminaire.

            Puisque les protéines cristalliniennes possèdent des propriétés antigéniques et que leur injection à l’animal donne naissance dans le sérum sanguin à des précipitines spécifiques, on est en droit de se demander si, dans certaines conditions, ces précipitines, diffusant à travers la cristalloïde, ne sont pas une cause de cataracte.

            Différents auteurs : Guyer et Smith, von Szilly, Baivy, Woods et Burqy, Lavagna, Davis et Smith, Palmieri et d’autres ont abordé ce problème expérimentalement. Les résultats obtenus sont contradictoires.

            M. François a repris la question en utilisant des techniques à l’abri de toute critique et surtout, ce qui est nouveau, en recouvrant à l’exploration biomicroscopique du cristallin, permettant de déceler des altérations minimes de la lentille qui, sans cela, pourraient échapper à l’examen.

            Dans une première série d’expériences, M. François a injecté à des lapins, par voie intrapéritonéale ou sous-cutanée, une émulsion cristallinienne de bœuf ou de cheval. Le résultat a été complétement négatif ; il ne s’est produit aucune opacification du cristallin.

            Dans un deuxième groupe d’expériences, les injections ont été pratiquées chez des lapines fécondées, pour chercher à savoir si les précipitines maternelles ne produiraient pas une opacification cristallinienne congénitale chez les lapereaux. Chez 50 pour cent de ces animaux, on constate effectivement une cataracte partielle bilatérale, non progressive. Il semble donc bien que si la cristalloïde du lapin adulte n’est pas perméable aux précipitines cristalliniennes, il n’en est pas de même chez le fœtus.

            Dans une troisième série d’expériences, les injections de l’émulsion cristallinienne ont été faites à des lapines, plusieurs semaines avant de les accoupler avec un mâle. Ces injections ont été continuées pendant la gestation. Cette fois les résultats furent positifs dans 64 pour cent des cas.

            L’émulsion cristallinienne agit d’une façon spécifique. Dans un but de contrôle, l’auteur a injecté une autre albumine, l’hémostyl, et aussi une substance « schokante », l’huile soufrée à 1%, sans constater aucun effet sur le cristallin.

            La conclusion d’ensemble de l’auteur est que la cataracte congénitale peut être due à un facteur immunologique.

            Notre Commission est d’avis que les recherches de M. François constituent une intéressante contribution à l’étude pathogénique des cataractes congénitales. Elle vous propose d’adresser des remerciements à l’auteur et de publier son mémoire dans le Bulletin de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 21 décembre 1940.