Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport sur le mémoire reçu pour participer au concours pour le Prix Alvarenga (1939-1940).

M. F. Bremer, Rapporteur.

            La Commission était composée de MM. P. F. D’Hollander, H. Frédéricq, P. Govaerts, P. Gérard et F. Bremer.

            Voici ce rapport :

            Dans l’introduction de son travail, l’auteur résume brièvement les controverses à la pathogène des différents troubles moteurs et sensitifs qui constituent les « accidents hystériques ».

            Parmi ces troubles neurologiques, les anesthésies hystériques présentent une importance particulière en raison de leur fréquence et des problèmes médico-légaux et physio-pathologiques qu’elles posent. Leur mécanisme intime est encore très obscur. Leur réalité biologique a même été contestée, plusieurs auteurs ayant conclu, récemment encore, à l’impossibilité de les distinguer des anesthésies simulées.

            L’auteur a appliqué à l’étude des anesthésies hystériques la méthode électro-encéphalographique à laquelle on doit déjà de si importantes acquisitions dans le domaine de la physio-pathologie de l’écorce cérébrale.

            On sait depuis la découverte de H. Berger, en 1929, que l’écorce cérébrale de l’homme est normalement le siège d’une activité électrique continue se caractérisant, dans des conditions déterminées de relâchement sensoriel et mental, par la succession d’ondes sinusoïdales de basse fréquence (environ dix par seconde) qu’il est possible, grâce aux progrès de la technique d’amplification électronique, de détecter à travers le crâne et les téguments épicrâniens. Ces ondes, qui sont homologues à celles que la dérivation directe des potentiels de l’écorce met en évidence chez tous les Mammifères et qui représentent vraisemblablement les pulsations électriques rythmiques synchronisées des cellules pyramidales, sont influençables par toute une série de facteurs humoraux et nerveux. Elles sont notamment abolies momentanément et remplacées par des ondes irrégulières, plus rapides et de faible voltage, à la suite de toute stimulation sensorielle déterminant un effet de surprise ou suscitant un effort d’attention réflexe du sujet. C’est la réaction dite « d’arrêt », qui fut également découverte par Berger, et dont l’analyse a fait l’objet de travaux nombreux et importants.

            L’auteur s’est posé la question : des stimuli sensitifs appliqués sur les téguments et les tissus profonds insensibles de malades représentant une anesthésie hystérique, provoqueront ils une réaction d’arrêt, comme ils le font lorsqu’ils sont portés chez les mêmes sujets sur une région homologue normalement sensible, ou bien ces stimuli, non perçus subjectivement, seront-ils également sans effet visible sur l’électro-encéphalogramme ?

            C’est cette seconde hypothèse qui a été trouvée vraie. L’analyse soigneuse de nombreuses expériences faites sur trois sujets présentant chacun une anesthésie hystérique typique et complète, a montré à l’auteur que la réaction d’arrêt faisait absolument défaut lorsque l’excitation – quelle que fût son intensité, fût-elle-même très douloureuse et intolérable pour les téguments normalement sensibles – était portée sur une région anesthésique. La guérison, par les chocs convulsivants, de l’anesthésie de l’un de ces malades a permis de faire la contre-épreuve : après la disparition de l’anesthésie subjective, la réaction d’arrêt redevint normale pour tous les stimuli appliqués sur les tégument auparavant insensibles.

            L’absence de réaction d’arrêt chez les malades examinés ne semble pas pouvoir être imputée à un bloc de transmission infracortical, car chez deux des malades le début et la fin  des stimulations sensitives se sont plusieurs fois marquées par l’apparition sur les électro-encéphalogrammes d’une onde initiale et d’une onde terminale, ondes rappelant les effets « on » et « off » qui caractérisent fréquemment chez l’animal les réactions des aires corticales de projections sensitives. Il semble donc que le bloc fonctionnel responsable de l’absence de réaction d’arrêt ait son siège dans les réseaux neuroniques intra-corticaux eux-mêmes.

            D’autre part, les malades qui étaient sujets à des crises de nerfs d’allure hystérique présentèrent souvent dans leur électro-encéphalogrammes des ondes spontanées anormales, de voltage élevé, fait qui suggère une similitude de déterminisme immédiat des convulsions névrosiques et comitiales.

            De l’ensemble de ces données expérimentales, bien analysées et judicieusement discutées, l’auteur déduit une conception physiologique du mécanisme de l’anesthésie hystérique : celle-ci, dont la réalité biologique ne fait maintenant plus de doute, aurait comme cause immédiate l’absence de l’irradiation intra-corticale des influx sensitifs ou sensoriels, irradiation qui semble être la condition de l’éveil de la sensation consciente ou de l’élaboration de la perception.

            Ce mémoire, élégamment rédigé et clairement illustré, apporte une contribution de valeur à la physio-pathologie des troubles hystériques. La Commission propose à l’Académie de décerner à son auteur le prix Alvarenga 1939-1940 et d’autoriser l’impression du travail dans le recueil des Mémoires couronnés.

            Le rapport est approuvé. L’ouverture du pli cacheté joint au mémoire et la proclamation des résultats du concours auront lieu au début de la séance publique du mois prochain.

            Séance du 30 novembre 1940.