Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. Paul Lambert sous le titre de : Traitement de la maladie d'Addison par l'implantation sous-cutanée de comprimés d'hormone synthétique.

M. P. Govaerts, Rapporteur.

            Depuis longtemps, on sait que la maladie d’Addison est l’expression d’un déficit fonctionnel des glandes surrénales et l’on a cherché à corriger ce trouble par une thérapeutique substitutive. L’administration de poudre de surrénale ou d’extraits de cette glande par voie buccale se démontra rapidement inefficace et les premières tentatives d’injections d’extraits surrénales restèrent sans effet.

            En 1901, l’adrénaline fut obtenue à l’état pur, et l’on pensa que cette substance hypertensive allait donner le moyen de guérir la maladie d’Addison, puisqu’un des symptômes les plus frappants de cette maladie est l’hypotension artérielle. On dut bientôt renoncer à cet espoir : l’adrénaline n’était manifestement qu’un palliatif : elle corrigeait temporairement l’hypotension, mais n’empêchait pas l’évolution finale de la maladie. De même, elle ne prolongeait pas sensiblement la survie des animaux surrénalectomisés.

            Il apparut alors que les fonctions de la cortico-surrénale étaient plus importantes que celles de la médullaire et l’on s’attacha à les définir. Ces recherches furent considérablement stimulées lorsque, en 1930, Swingle et Pfiffner réussirent à préparer un extrait corticosurrénal dont l’injection était capable de maintenir indéfiniment en vie des animaux surrénalectomisés.

            Lorsqu’on s’efforça d’étudier le mode d’action de la cortine, on se trouva devant une situation assez paradoxale : ce produit ne paraissait exercer aucun effet chez l’animal normal ; il n’agissait ni sur la circulation, ni sur la respiration, ni sur le métabolisme. Il restait donc à comprendre par quel mécanisme cet extrait permettait la survie des animaux surrénalectomisés ; pour cela, il fallait pénétrer la nature intime des désordres qui, en l’absence d’une thérapeutique adéquate, entraînaient la mort de ces animaux.

            Cette question fut particulièrement étudiée aux Etats-Unis et notamment par R. Loeb et par Harrop. Ces auteurs montrèrent que la privation de corticosurrénales détermine un trouble profond de l’équilibre ionique entre les tissus et le milieu humoral. Ce déséquilibre se traduit par des effets portant sur le système circulatoire, sur le métabolisme cellulaire et enfin sur la fonction rénale.

            En ce qui concerne la circulation, on constate une réduction du volume sanguin et une anhydrémie considérable. En même temps, le plasma s’enrichit en potassium tandis qu’au contraire la teneur en ions sodium et chlore diminue considérablement. Le métabolisme cellulaire est fortement troublé et les tissus s’appauvrissent en potassium et en glucose. Enfin, la fonction rénale subit des changements importants : le sodium et le chlore sont éliminés d’une manière excessive et cette déperdition se continue, malgré une diminution très marquée de la teneur du plasma en chlorure de sodium.

            Ces désordres fonctionnels, reconnus d’abord chez les animaux, ont été retrouvés chez les patients atteints de maladie d’Addison. Les résultats de l’analyse du sang et des urines fournissent des données objectives qui permettent d’affirmer le diagnostic de la maladie d’Addison, d’apprécier l’intensité de l’insuffisance corticosurrénalienne et de suivre l’amélioration produite par une thérapeutique hormonale.

            Pour réaliser cette thérapeutique, on ne disposait jusqu’en ces derniers temps que de la cortine de Swingle et Pfiffner. Ce produit avait l’inconvénient d’être très coûteux et son activité variait beaucoup selon les échantillons. Récemment, Kendal, puis Reichstein, ont isolé de la corticosurrénale divers stérols dont l’action sur l’animal surrénalectomisé a pour effet, non seulement de permettre une survie indéterminée, mais encore de faire disparaître les troubles de la composition sanguine et de la fonction rénale qui caractérisent l’insuffisance suurénale.

            Parmi ces substances, la désoxycorticostétone est la plus active. Steiger et Reinstein sont parvenus à la synthétiser et à la cristalliser sous forme d’acétate.

            Ce produit peut être utilisé dans la thérapeutique sous forme d’une solution injectable remplaçant la cortine de Swingle et Pfiffner.

            De plus, on peut réaliser une sorte de greffe d’hormone synthétique en insérant sous la peau un comprimé de 100 mgr. de désoxycorticostérone. Le comprimé est mis en place par une petite incision cutanée que l’on suture ensuite. Il est parfaitement toléré et, comme il s’agit d’un stérol insoluble, sa résorption est très lente et n’est complète qu’après trois ou quatre mois.

            Cette méthode très originale, utilisée pour la première fois par Thorn, permet donc de réaliser chez les patients atteints de maladie d’Addison une thérapeutique substitutive continue.

            M. Lambert a appliqué ce procédé chez deux patients qu’il a pu étudier pendant un temps très long et dans de bonnes conditions d’observation.

            Chez ces malades on a appliqué successivement diverses thérapeutiques : régime riche en chlorure de sodium et pauvre en potassium, cortine, injections, puis greffe d’hormone synthétique. Ces traitements ont été effectués tantôt au cours de crises d’insuffisance surrénalienne aiguë, tantôt pendant des périodes où la maladie présentait une allure plus chronique.

            Les résultats obtenus par l’hormone synthétique et surtout par les greffes d’hormone ont été remarquables et se sont traduits par l’augmentation de la force musculaire et du poids, la disparition de l’inappétence, de la frilosité, des douleurs lombaires, la hausse de la pression artérielle. En même temps, les examens de laboratoire indiquaient la disparition de l’hémoconcentration, la hausse de la chlorémie, la diminution de la teneur du plasma en potassium. La fonction rénale reprenait aussi ses caractères normaux, ce que démontre l’analyse comparée du sang et de l’urine.

            Les deux malades étudiés par M. Lambert ont été suivis par lui respectivement depuis deux ans et depuis un an. Tous deux sont porteurs, depuis huit mois, d’une greffe de désoxycorticostérone entretenue par l’insertion d’un nouveau comprimé lorsque le premier était résorbé. Chez le premier patient, la destruction des surrénales résultait manifestement de la tuberculose de ces glandes, comme le montraient des calcifications visibles à la radiographie, mais il n’existait que des lésions pulmonaires très discrètes. Chez le second malade, l’infection tuberculeuse n’était pas démontrée. Tous deux ont actuellement un état général excellent et mènent une vie normale. Il est manifeste que chez eux l’insuffisance surrénalienne est entièrement corrigée par la greffe d’hormone synthétique.

            Notre Commission estime que le travail de M. Lambert apporte une contribution très intéressante à l’étude du traitement de la maladie d’Addison. Elle vous propose d’adresser des remerciements à l’auteur et de voter l’impression de son travail dans le Bulletin de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 24 février 1940.