Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'apprécier le travail manuscrit soumis à la Compagnie par M. Martin et intitulé : La chirurgie de l'acromégalie.

M. H. Coppez, Rapporteur.

            Dans ce travail très documenté, M. Paul Martin relate l’observation d’un cas particulièrement intéressant et riche en enseignements. (L’auteur n’a relevé dans la littérature qu’un seul cas semblable au sien ; celui d’Erdheim : sujet acromégalique ; hypophyse normale ; hypophyse accessoire adénomateuse logée dans l’épaisseur de la lame basilaire.)

            Il  s’agit d’un sujet acromégalique porteur d’une hypophyse accessoire juxta-chiasmatique, présentant une hyperplasie acidophile.

            Cet homme, âgé de 46 ans, était atteint à droite de paralysie complète de l’oculo-moteur commun. Vision nulle. A gauche, la vision était réduite à 2/10. Hémianopsie temporale. Au point de vue général, syndrome infundibulaire net.

            L’opération, pratiquée par la voie transfrontale, a mis en évidence une tumeur, du volume d’une cerise, s’étendant le long du bord externe du nerf optique droit et se confondant avec le nerf. La tumeur enlevée, le diaphragme de la selle apparaît intact. La tumeur suprasellaire étant sûrement la cause de la compression du chiasma, on ne touche pas à l’hypophyse elle-même. Le résultat, au point de vue de la vision et de la paralysie de la IIIe paire, fut immédiat. Mais, M. P. Martin ayant revu le sujet 2 ½ ans plus tard, constata que l’aspect somatique s’était transformé ; les déformations acromégaliques avaient fortement rétrocédé ; la polyphagie et la polydipsie avaient disparu. De plus, une radio du crâne a montré que la selle turcique s’était considérablement rétrécie et que les clinoïdes postérieures, réduites avant l’opération à une mince lamelle, s’étaient reconstituées. L’ablation de la tumeur suprasellaire a donc fait également régresser l’hyperplasie adénomateuse ou diffuse de l’hypophyse elle-même.

            M. P. Martin se demande comment chez ce malade l’on peut expliquer l’hyperpituitarisme et sa régression. L’hyperpituitarisme pourrait être déclenché par une compression ou une irritation de l’infundibulum hypophysaire par la tumeur. Puech a publié des cas d’acromégalie sans tumeur hypophysaire, mais avec irritation de l’infundibulum. Mais ici cette irritation n’est intervenue qu’à titre accessoire.

            En ordre principal, M. Martin admet que l’adénome extrasellaire exerçait sur l’hypophyse elle-même une influence hyperplasiante d’où l’acromégalie et ensuite la régression de celle-ci après l’intervention opératoire. L’opération pratiquée  par M. P. Martin n’avait d’autre but que de décomprimer le chiasma et la IIIe paire droite. Mais le fait que l’acromégalie elle-même a rétrocédé a retenu particulièrement l’attention de l’auteur. D’après lui, l’opinion classique « qu’une opération chirurgicale n’est jamais indiquée dans les cas de tumeur hypophysaire tant que la vision n’est pas menacée », doit être révisée.

            Déjà en 1927, Cushing avait pensé à ces possibilités nouvelles de la chirurgie de l’hypophyse. Il opéra trois acromégales qui ne présentaient pas de signe de compression oculaire. Tous les trois furent très améliorés. La publication de Cushing n’a pas trouvé grand écho. Le cas de M. P. Martin lui redonne un intérêt d’actualité. Les techniques opératoires se sont encore perfectionnées depuis 1927. Cushing opérait par la voie basse transphénoïdale. Actuellement on intervient par la voie haute transfrontale, qui permet d’opérer sous le contrôle de la vue et sur un champ plus vaste.

            M. P. Martin a été l’un des plus brillants collaborateurs de Cushing. Il s’est spécialisé dans la neuro-chirurgie ; il s’est imposé à l’attention du monde savant par de nombreux travaux témoignant de la sûreté de son sens clinique et de l’excellence de sa technique.

            Nous vous proposons de remercier l’auteur, de l’inviter à nous présenter de nouveaux travaux, de publier son travail dans le Bulletin et d’inscrire son nom sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 27 janvier 1940.