Académie royale de Médecine de Belgique

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Séverine Thys (Institut de Médecine tropicale - ULB) - Vidéo et Résumé

Les interprétations populaires sur l’origine du virus Ebola en Guinée ou une Autre Épidémiologie

Séverine Thys
Anthropologue (MSc),  Santé Publique (MSc)
Unité d’Epidémiologie et de contrôle des Maladies tropicales, Département de Santé Publique
Institut de Médecine Tropicale à Anvers

Fin décembre 2013, le virus Ebola a été introduit dans le sud-est de la Guinée par un enfant de deux ans, décédé dans la préfecture de Guéckédou (village Méliandou) des suites de la consommation de viande infectée. Quand la fièvre hémorragique à virus Ebola (FHE) a été formellement identifiée quelques mois plus tard, les épidémiologistes et les populations locales ont, chacun de leur côté, commencé activement à identifier et à comprendre la chaîne de transmission de la maladie. Evoluant le plus souvent en parallèle, ces investigations épidémiologiques et populaires font, en général, référence  à des modèles explicatifs différents, les unes plus biomédicales et les autres plus mystico-religieuses.

Au début de l’épidémie, alors que pour certains les premiers décès en Guinée Forestière étaient dus à la transmission du filovirus par le contact des fluides corporels des patients, pour les autres ces décès trouvaient leur origine dans la transgression d’un tabou lié au touché d’un fétiche appartenant à une personne malade, membre d’une société secrète propre à une ethnie de la région. Par conséquent, la susceptibilité de mourir de Ebola était initialement perçue comme étant restreinte à ce groupe ethnique en particulier. Parfois incorporées parfois hermétiques l’une à l'autre, la connaissance et la comparaison de ces deux discours et de ces différents modèles culturels de la maladie pourraient pourtant contribuer considérablement au succès de la  lutte contre l’épidémie, notamment en ce qui concerne l’amélioration de la connaissance des chaînes de transmission de la maladie l’identification des comportements des populations locales et celle des sources de dénis et de rumeurs.

L’urgence et la gravité d’une épidémie ne doivent pas empêcher d’être à l’écoute des populations et de penser, tous les temps, à prendre en considération les codes, usages, savoirs, savoir-faire et croyances autochtones. Même si depuis l’épidémie de 2003 en République du Congo, des efforts considérables ont été faits au niveau des procédures de réponse, l’approche anthropologique reste essentielle pour adapter cette réponse aux réalités locales.

Les observations ethnographiques préliminaires présentées lors de cette séance spéciale Ebola ont été collectées dans le cadre d’une mission de quatre semaines (octobre-novembre 2014) en Guinée, effectuée avec l’Organisation Mondiale de la Santé. Déployée par le Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN), j’ai travaillé à Macenta (région forestière de la Guinée)avec la section communication sur la mobilisation sociale et sur les moyens pour lever les réticences développées par la population contre l’aide nationale et internationale de lutte contre l’épidémie.