Académie royale de Médecine de Belgique

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Frédéric Ketterer (ULg) - Résumé + vidéo

Le phénomène social des réticences à la vaccination

par Frédéric KETTERER, Docteur en sociologie, DUMG, - ULg.

Près de 200 ans après la découverte du premier vaccin, contre la variole, la vaccination reste l’un des piliers de la médecine préventive moderne. Néanmoins, concomitants de la découverte des vaccins, divers courants se sont élevés, ayant en commun une réticence face à cet acte prophylactique. Cela fut le cas de la variole, qui suscita une forte mobilisation anti-vaccinale dès le XIXe siècle. Ces oppositions se sont ensuite retrouvées à diverses périodes de l’histoire, soit face à certains vaccins (vaccin contre la rougeole en Angleterre, contre l’hépatite B en France et en Belgique francophone, contre la polio et le tétanos dans les pays en développement, ou contre la grippe H1N1 plus récemment), soit de manière plus indifférenciée (mouvements anti-vaccinations).

Ces réticences semblent connaître une résurgence ces dernières années, en lien avec plusieurs phénomènes. En premier lieu, le recul des maladies infectieuses endémiques, voire leur disparition, conduit à amoindrir fortement la notion de risque associé à ces maladies. Dès lors, pour beaucoup, la vaccination apparaît moins comme une nécessité, et ses bénéfices semblent faibles vis-à-vis des potentiels risques ou désagréments qu’elle pourrait engendrer (effets secondaires, douleurs, etc.). La méfiance des patients face à cet acte prophylactique est aussi entretenue par d’autres phénomènes. Cela concerne le traitement médiatique réservé aux effets secondaires supposés des vaccins, la fenêtre d’exposition que représente Internet pour les mouvements anti-vaccinaux (remettant en cause l’intérêt de la vaccination face aux capacités de défense du système immunitaire). Les scandales sanitaires clouant au pilori l’Etat (affaire du sang contaminé en France, maladie de la vache folle), corrélés à l’influence mercantile des laboratoires pharmaceutiques, contribuent également à cette défiance. Les théories du complot fleurissent alors, comme registre de discours contestataire face à la vaccination. En outre, la responsabilisation des patients, la reconnaissance de leurs droits, engendre l’attente du risque zéro que devrait leur garantir le médecin, et la remise en cause du caractère obligatoire de la vaccination, face à la tutelle médicale.

Mais l’ampleur du phénomène doit aussi être interrogée. Les études réalisées sur le sujet soulignent que, majoritairement, la vaccination bénéfice toujours d’une approbation de la population, qui en perçoit les bénéfices, notamment concernant la protection des enfants. Les résistances à la vaccination ne se distribuent pas de manière équivalente ; certaines caractéristiques socio-démographiques sont davantage corrélées à la défiance face à cet acte préventif – en termes de sexe, d’âge ou de niveau socio-économique notamment. L’attitude individuelle face à la vaccination ne saurait non plus se comprendre sans prendre en compte le propre rapport des médecins à la vaccination, qui en sont plus ou moins partisans. Le comportement de ces médecins rejaillit ensuite sur celui de leurs patients.

Ainsi, le médecin, en matière de vaccination, doit tenir compte des opinions et croyances du patient sur le sujet, ainsi que les ressorts de sa possible méfiance. Cela constitue le socle sur lequel peut s’appuyer le médecin pour construire son argumentation et favoriser la compliance de son patient face à la vaccination – sous couvert d’une information juste et argumentée, que le médecin s’est lui-même approprié.

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