Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et éloge de feu le Pr Jacques Henry, membre honoraire

par János FRÜHLING, Secrétaire perpétuel honoraire.

Chers Colette et Marc,

Chers petits-enfants,

Chère famille,

Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues, Mesdames, Messieurs,

Il m’incombe l’honneur de présenter devant notre Compagnie, au nom de notre Collègue le Professeur Paul Van Houtte également, retenu à l’étranger, le curriculum médical et académique de feu le Professeur Jacques Henry qui nous a quitté récemment à l’âge de 93 ans.

L’Institut Bordet a perdu avec lui pas uniquement son ancien Directeur médical (1971-1983), mais également un défendeur convaincu et convaincant de la conception d‘un Institut cancérologique intégré où l’on traite cette maladie, devenue une affection chronique, dès le dépistage jusqu’aux soins palliatifs et ceci dans l’esprit d’une collaboration désintéressée, sincère et efficace des soins cancérologiques pluridisciplinaires, une notion inscrite désormais dans la législation de la Santé Publique.

Jacques Henry, diplômé Docteur en Médecine en 1945 à l’ULB, a commencé immédiatement sa carrière dans le Service de Radiothérapie de l’Institut Bordet qu’il n’a quitté qu’une fois retraité en 1986.  Lorsqu’il était jeune radiothérapeute, le service dirigé à l’époque par Melle le Professeur S. Simon, représentait en Belgique l’école française de Radiothérapie se basant avant tout sur l’utilisation du radium et des rayons x de haute tension : 200 et 400 keV.

Jacques Henry était un praticien particulièrement habile manuellement  (il aurait pu faire un excellent chirurgien) lors de placements de radium ; rarissime était les cas ou après contrôle radiologique, l’emplacement de vecteurs aurait dû être modifié.  De plus il fut un brillant clinicien oncologue, avec un sens diagnostique aiguë.

Dès son séjour d’étude à Oak-Ridge aux Etats-Unis (1949-1950), il est devenu le spécialiste de l’Institut Bordet en utilisation diagnostique et thérapeutique des radio-isotopes.  Il a par ailleurs grandement contribué au fait que cette jeune pousse sur l’arbre de la médecine clinique devienne en Belgique une spécialité autonome avec un programme d’enseignement de post-graduat structuré.

A partir de 1966, il dirige le service de radiothérapie et le laboratoire des radio-isotopes en soutenant l’évolution technologique de ces deux disciplines et en acquérant successivement les derniers équipements disponibles : passage du télécobalt au bêtatron et aux accélérateurs linéaires, acquisition de différentes gamma-caméras, d’une unité de dosimétrie par ordinateur qui, couplée à l’arrivée d’un des premiers scanners en Belgique, a permis de franchir une nouvelle étape dans les traitements. Il a aussi été un pionnier en ayant attaché à son service un laboratoire de radio-physique qui assurait une dosimétrie rigoureuse, tant des machines que de la dose délivrée aux patients. Il a participé aux activités du Groupe européen des Radiothérapeutes et de la Société belge de Radiothérapie, dont il fut également Président. En 1970, il fut un des membres fondateurs de la Société belge de Médecine nucléaire. Parmi ses nombreuses fonctions, nous pouvons aussi mentionner la co-présidence du congrès européen de radiologie qui s’est tenu en 1981 à Bruxelles. A cette époque, la radiothérapie était une branche des sociétés de radiologie et pour de nombreux médecins de sa génération, une société indépendante de radiothérapie ou de médecine nucléaire n’était pas concevable en raison de l’origine commune de ces disciplines.

Entre 1971 et 1983, il fut Médecin Directeur de l’Institut Bordet, bénéficiant inconsciemment de la dernière période bénie où la gestion hospitalière n’était pas dominée exclusivement par les problèmes budgétaires. Dans ses fonctions, il a toujours défendu la priorité des médecins et de la responsabilité médicale lorsqu’il s’agissait des patients. Le  rôle qu’il a joué lors des grèves médicales en 1964 et en 1979 en fut le témoin.

Comme enseignant, il a été titulaire de nombreux cours dans plusieurs facultés de l’ULB, surtout dans le domaine de la cancérologie dans lequel, avec Jean-Claude Heuson et ensuite Jean Klastersky et André Gérard, il a participé aux cliniques du 4e doctorat mais aussi dans le domaine de la médecine nucléaire, de la radio-physique et de la radioprotection.

Il était un Chef de service attentif vis-à-vis de ses collaborateurs auxquels il a confié,  relativement tôt, des responsabilités importantes, tout en soutenant de plus des travaux scientifiques de ses futurs thésiens, ce qui permettra une succession harmonieuse du service en 1986.

Il était Président de la Faculté de Médecine de l’ULB de 1976 – 1979, tâche oh ! combien complexe, dont il s’est acquitté avec beaucoup de tact, diplomatie, efficacité et persévérance.  Ce médecin issu de réseau traditionnel CPAS – ULB a négocié parfaitement et sans heurts, la création et l’inauguration de la nouvelle Clinique académique de l’ULB, de l’Hôpital Erasme. Ensuite, il a dirigé pendant des longues années l’école des infirmières, attachée à l’ULB, son dernier « enfant chéri ». 

Jacques Henry était un homme organisé qui brillait par la connaissance parfaite des dossiers à négocier et les procédures à suivre.  Il était diplomate et un débateur redoutable.  Lors des négociations, il ne fallait pas l’avoir dans le camp adverse. Il s’occupait de tous les détails techniques pouvant influencer le fonctionnement de son service.

Prix Lucien Cox en 1975, il a été élu à l’Académie royale de Médecine de Belgique en 1978  comme correspondant et élevé au titulariat en 1989.  Il a rempli la fonction de Président de l’Académie lors de l’exercice en 1995. Il a été très fier de  faire partie de l’Académie qu’il a traitée affectueusement « comme une vieille dame précieuse ».  Il s’est dévoué, même après sa présidence, au sein des jurys et commissions et autres organes d’avis.

Enfin, pendant toute sa carrière, il est resté fidèle à ses convictions philosophiques humanistes et à celles de son Université dont il a défendu sans faille la cause lorsqu’il a trouvé ceci justifié.

L’homme était aussi un « bon » vivant, aimant les bonnes tables à Bruxelles ou à l’étranger, les beaux voyages et les belles voitures mais aussi les activités sportives. (Il fut un très bon joueur de tennis et redoutable bridgeur à ses heures.) Il aimait particulièrement la conduite de ses voitures sportives, ce qui l’a amené à participer à des rallyes, dont le fameux Liège-Sofia-Liège.

Son côté humaniste s’est aussi traduit par son souci permanent de voir ses jeunes collaborateurs se développer non seulement de manière professionnelle, mais aussi humainement en leur permettant de participer à des congrès de par le monde. Il veillait aussi à ce que le séjour ne se limite pas à la seule salle de congrès mais il les encourageait à consacrer un peu de temps à la visite de villes ou pays.

Ces dernières années, il s’est détaché graduellement du monde profane et quotidien, et avec un petit geste souriant, il nous a quittés récemment pour ses Champs-Elysées privés. 

Le reste est silence.

Nous avons une pensée émue pour son épouse et pour ses enfants et petits-enfants qui l’ont soutenu et ont partagé de nombreux moments de sa vie.