Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Michel Jadoul

(Séance du samedi 29 novembre 2014)

LES RECOMMANDATIONS DE BONNE PRATIQUE CONTRIBUENT-ELLES A RÉPONDRE AU DÉFI MAJEUR DES MALADIES RÉNALES CHRONIQUES (MRCI) ?

par Michel JADOUL (Chef de service de Néphrologie - UCL), invité.  

Les maladies rénales chroniques (MRC) sont fréquentes (5 à 10% de la population), réduisent nettement l’espérance et la qualité de vie, et le traitement des MRC au stade ultime, par dialyse ou transplantation rénale,  est très couteux. Grâce à la recherche, les possibilités de prise en charge des MRC ont fort progressé. Il y a toutefois dans ce domaine, comme dans d’autres, un fossé entre la prise en charge optimale et la réalité de terrain. Les recommandations de bonne pratique clinique (“Guidelines”) visent à réduire ce fossé,  en permettant aux praticiens de disposer d’une synthèse par des experts, pour traiter un patient atteint d’une affection dont ils n’ont pas toujours une grosse expérience.

Les guidelines ont néanmoins été critiquées notamment en raison de l’influence supposée ou avérée de l’industrie pharmaceutique dans le développement de certaines d’entre elles, ainsi qu’en raison de l’absence de base scientifique solide (pas d’essai randomisé contrôlé) pour certaines d’entre elles. Enfin, les guidelines émises par diverses sociétés scientifiques  émettent parfois des recommandations contradictoires.

Pour remédier à ces difficultés, et optimiser l’utilisation de ressources limitées, la communauté néphrologique internationale a créé il y a une petite dizaine d’années une fondation d’utilité publique, KDIGO (Kidney Disease Improving Global Outcomes).

Depuis sa création, KDIGO a publié dans Kidney International des guidelines concernant une dizaine de sujets. Le premier de ces sujets (l’auteur en a co-présidé le groupe de travail) était l’hépatite C chez les patients atteints de maladie rénale chronique.

A l’initiative de KDIGO, un consortium des études prospectives consacrées aux populations atteintes ou à haut risque de maladie rénale chronique  a été mis sur pied. Celui-ci a démontré par une méta-analyse regroupant un million de sujets que l’albuminurie est un facteur de risque indépendant, non seulement de progression des MRC mais également du risque cardiovasculaire et de mortalité. La  nouvelle classification des maladies rénales chroniques proposée par KDIGO inclut donc la cause de la MRC, le stade de MRC (basé sur le débit de filtration glomérulaire estimé) mais aussi l’albuminurie (classification CGA : C pour cause, G pour glomerular filtration, A pour albuminurie).

L’accent mis sur l’albuminurie est essentiel : trop souvent, les patients référés en néphrologie apportent bon nombre de résultats sanguins mais aucun résultat d’analyse d’urines, malgré l’importance cardinale, diagnostique, thérapeutique et pronostique de ce dernier. La poursuite d’efforts pédagogiques soutenus (Facultés de médecine, formation continue, grand public) s’impose donc.

L’exposé mettra l’accent sur les mesures prises par KDIGO pour faire face aux (risques de) conflits d’intérêt, limiter les recommandations aux domaines où le niveau de preuve le justifie, et ainsi contribuer à améliorer la qualité de la prise en charge des patients atteints de MRC.