Académie royale de Médecine de Belgique

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In Memoriam Charles Dubost, membre honoraire étranger

(Séance du 23 février 1991)

par Jean Lequime, membre titulaire

 

L'Académie royale de Médecine de Belgique a perdu un de ses membres les plus illustres: Charles Dubost, pionnier de la chirurgie cardiaque, est décédé le 11 janvier 1991, à l'âge de 77 ans. Cette nouvelle qui attriste profondément notre Compagnie, m'a personnellement beaucoup peiné. Nous étions des amis de longue date et une réelle affection nous unissait.

Agrégé de l'Université de Paris, il devint professeur de chirurgie cardiaque et chef de service à l'Hôpital Broussais en 1963. Disciple du professeur Gaudart d'Allaines qui fut avec Santy un des premiers chirurgiens français à s'intéresser aux maladies du coeur, il devait être son successeur. C'est avec son Maître qu'il a pu réaliser l'admirable Centre de Chirurgie cardio-vasculaire de l'Hôpital Broussais. Son oeuvre scientifique a été entièrement consacrée à cette discipline: greffes artérielles, chirurgie à coeur ouvert, chirurgie coronaire, transplantation cardiaque, assistance circulatoire.

Dubost a vécu les progrès spectaculaires de la chirurgie du coeur et des vaisseaux pendant toute sa carrière et y a largement contribué. Il fut le premier à pratiquer une résection de l'anévrysme de l'aorte abdominale suivie du rétablissement de la continuité vasculaire par greffe d'aorte conservée (1951). Dès 1952, il pratiqua la dilatation instrumentale de la sclérose mitrale sous hibernation. Le premier en France (1955), il utilisa le coeur-poumon artificiel. Ce dernier avait été réalisé par le physiologiste hollandais Jongbloed immédiatement avant la seconde guerre mondiale et utilisé chez l'animal, mais ne disposant pas d'une clinique, Jongbloed ne put appliquer son invention à l'homme. Ce ne fut qu'au début des années 1950 que cet appareil fut perfectionné et utilisé chez l'homme, en particulier par Lillehei et Kirklin; Dubost devait les suivre rapidement.

Dès lors, il devint possible d'opérer les cardiopathies congénitales ou acquises à coeur ouvert. Les progrès de nos connaissances hémodynamiques, grâce en particulier à Cournand, permettaient en effet de diagnostiquer avec précision les diverses cardiopathies et, dès lors, de juger de leur opérabilité.

Il fut aussi le premier à pratiquer une désobstruction des ostia coronaires (1960). C'est à lui que l'on doit, en Europe, les deux premières  transplantations cardiaques réussies (1968). Enfin, il fut aussi le premier à pratiquer une endartérectomie pour endocardite fibroplastique de Löffler (1971). Il publia, outre de nombreux mémoires, plusieurs livres d'un grand intérêt: Chirurgie à coeur ouvert (Masson); Coeur et Vaisseaux dans l'Encyclopédie médico-chirurgicale (Masson); Chirurgie des anévrysmes de l'aorte (Masson); enfin, il fut l'initiateur des ouvrages consacrés aux Actualités de Chirurgie cardio-vasculaire de l'Hôpital Broussais. Le dernier livre de cette remarquable série vient de paraître: Chirurgie de la valve mitrale et de l'oreillette gauche.

Dubost avait été élu correspondant étranger de notre Compagnie le 20 décembre 1969. Il devint membre honoraire le 24 novembre 1979. Lors de notre séance du 28 mars 1981, il fit une lecture admirable consacrée au traitement de l'endocardite fibreuse constrictive, sujet qui le passionnait.

Son rôle de pionnier était universellement reconnu; lors d'une cérémonie mémorable organisée en son honneur à l'occasion de son élection à l'Institut de France (Académie des Sciences), De Bakey, dans un discours laudatif, évoqua l'importance de son oeuvre.

Dubost était un homme distingué, cultivé et plein de charme, ce qui ne l'empêchait pas d'être autoritaire quand il le fallait. Il aimait ses amis et ses patients. Un exemple à ce propos: il avait, en 1968, pratiqué une transplantation cardiaque réussie chez un prêtre français, le père Boulogne; ce dernier put reprendre, pendant deux ans, une vie active, mais qui fut très souvent entrecoupée de séjours à l'Hôpital Broussais lors d'apparition de "rejets". Dubost avait pour lui une profonde affection. Nous nous trouvions à l'Institut de Cardiologie de Mexico pour un congrès scientifique lorsque nous apprîmes le décès de son malade. Dubost quitta immédiatement Mexico pour rentrer en France afin d'assister à ses obsèques. Dès lors, il cessa de pratiquer les transplantations cardiaques, estimant qu'il convenait pour continuer dans cette voie, d'attendre les progrès de l'immunologie. La cyclosporine ne devait être découverte que plus tard et permettre à ses disciples de réaliser de telles interventions avec un maximum de sécurité. Entouré de nombreux et brillants élèves, Dubost devait créer une école remarquable de chirurgie cardio-vasculaire dont l'activité se révèle de plus en plus fructueuse.

Charles Dubost était membre de l'Institut de France, membre de l'Académie nationale de Médecine de France, membre honoraire de l'Académie royale de Médecine de Belgique, "Honorary fellow" du "Royal College of Surgeons of Scotland", membre d'honneur de l'"American Surgical Association" et membre d'honneur d'innombrables société de cardiologie et de chirurgie.

Au nom de l'Académie royale de Médecine et en mon nom personnel, je présente à Madame Dubost (Eliane pour ses amis) et à sa famille, nos condoléances très sincères et très émues.

Charles Dubost a bien mérité de la Cardiologie.