Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et éloge de feu le Pr Jean Fissette, membre honoraire

par le Professeur Romain VANWIJCK, membre ordinaire.

 

Chère Madame Fissette, chère Monique,

Chers Éric, Marie-Pierre et Marie-Christine,

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues,

Mesdames, Messieurs,

C’est un honneur  pour moi et un plaisir de rendre hommage au Professeur Jean Fissette.
Il est né à Ensival près de Verviers, le 20 septembre 1936, et s’est éteint le 17 septembre 2013  à Liège d’une maladie dont il a soigné tant de patients.

Le Professeur Fissette fut proclamé docteur en médecine, chirurgie et accouchements de l’Université de Liège, en1961, avec Grande distinction.

Après un passage d’un an aux services de transfusion et de médecine légale, il fut assistant en chirurgie dans les services des Professeurs Orban et Honoré qui soutinrent son intérêt pour la chirurgie plastique.

En 1967, il obtint une bourse de voyage de la fondation Fullbright pour séjourner un an à la Baylor University au Texas dans le service des Docteurs Freeman et Cronin, pionniers des implants mammaires en gel de silicone. Il est reconnu spécialiste en chirurgie plastique et réparatrice en 1969.

Je ne peux faire l’inventaire des souvenirs qui me lient à Jean Fissette, mais j’en évoquerai les plus marquants.

Notre première rencontre remonte à 1970 à l’hôpital de Bavière à Liège à mon retour de Harvard. Jean était assistant hospitalier en chirurgie plastique et maxillo-faciale.
En effet, feu M. le Professeur Castermans, membre de notre Compagnie, avait créé en 1969, la chaire de chirurgie plastique et maxillo-faciale à l’Université de Liège qui à cette époque était Université d’Etat. La même chaire fut créée simultanément à l’Université de Gand par le Professeur Matton. 

Monsieur Castermans me proposa de me spécialiser en chirurgie plastique.  Nous étions trois dans le service : M. Castermans, Jean et moi-même.  Nous avions une salle d’opération mais pas de lits d’hospitalisation.  Nous étions obligés de faire le « coucou ». Cet oiseau depuis plus de deux mille ans, intrigue les hommes, car il ne fait rien comme les autres oiseaux. Au lieu de construire un nid, il occupe les nids construits par d’autres oiseaux ; à l’image de ce volatile, nous hospitalisions des fractures de mâchoires en médecine interne, des reconstructions faciales complexes en dermatologie, en radiothérapie…

C’était fastidieux et causait parfois des problèmes de nursing mais cette période difficile eut l’avantage de faire connaître notre jeune spécialité au sein de l’hôpital.

Quant aux consultations, elles se déroulaient dans un rez-de-chaussée exigu de l’ancien service de transfusion, petit bâtiment coincé entre les services de chirurgie et d’ORL. 

Après trois ans de multiples démarches, M. Castermans obtint une unité d’hospitalisation de quatorze lits et un centre des brûlés. Nous avions enfin notre nid et le service allait trouver sa vitesse de croisière et former de nouveaux assistants.  Jean était un excellent chirurgien avec une prédilection pour la chirurgie esthétique qu’il m’a apprise ; je lui en ai toujours été reconnaissant. En effet la chirurgie esthétique est une chirurgie difficile mais utile si les attentes du patient sont correctement cernées.  Des années d’expérience sont nécessaires pour la maîtriser.

Il m’a également appris la chirurgie de la main : parmi ses nombreuses publications, vingt sont consacrées à diverses pathologies de la main.  Opérer avec lui était très agréable ; il ne se prenait pas au sérieux et avait un réel sens de l’humour. 

A la fin de ma formation en chirurgie plastique et maxillo-faciale, j’ai gardé d’excellentes relations avec Jean au gré des congrès nationaux et internationaux comme en témoigne cette photo prise à Glasgow lors d’un « joint meeting » entre la Société Royale Belge de Chirurgie Plastique, et la « British Society for Plastic Surgery ». Sur cette photo, nous partons dans la « Morgan » de notre collègue écossais pour une dégustation de l’elixir local.

A l’éméritat de M. le Professeur Castermans, le Professeur Fissette repris la chaire de chirurgie plastique et maxillo-faciale qui avait déménagé au CHU du Sart-Tilman.

De l’hôpital de Bavière, il ne reste malheureusement qu’un sinistre terrain vague. Seule l’entrée et la chapelle sont classées ; le reste du terrain fait l’objet de diverses spéculations immobilières.
Il fût Président de la Commission d’agrément en chirurgie plastique, fonction très délicate ; il géra cette présidence avec beaucoup de diplomatie, mais 
également avec fermeté notamment lors de la lecture de carnets de stages incomplets ou médiocres ou de plans de stages caduques.

Avant d’évoquer, le Professeur Jean Fissette, anatomiste, il me plaît à souligner qu’il était sportif comme en témoigne l’arrivée d’une compétition de jogging avec deux de ses meilleurs amis juristes avec qui il aimait jouer au billard dans une chambre aménagée à son domicile.

Je le revoyais souvent le dimanche matin dans le magnifique domaine du Sart Tilman où il courait avec ses amis  tandis que je promenais mon chien. Il aimait la Bretagne où il avait acquis une maison au bord de la mer ; il y allait se reposer avec son épouse, ses enfants et petits-enfants menant son bateau de port en port.

Sa carrière d’anatomiste : en 1981, il défend sa thèse de doctorat en sciences cliniques : Transplants libres : applications  à la chirurgie maxillo-faciale et plastique. Transplants libres est synonyme de la microchirurgie créée en 1972 en Belgique par le Professeur Albert De Coninck. La microchirurgie fut une évolution majeure pour la chirurgie plastique.
En 1984, il est nommé agrégé de l’enseignement supérieur et reçu à l’unanimité pour sa thèse intitulée : « Le lambeau myocutané du grand dorsal. Contribution à l’étude de ses applications cliniques ».

En 1990, il est nommé Professeur ordinaire et succède au Professeur Albert de Scoville, feu Secrétaire perpétuel de notre Compagnie en tant que titulaire de la chaire d’anatomie humaine systématique et d’anatomie humaine topographique. 

Outre les indications du lambeau du grand dorsal dans les reconstructions mammaires, Jean conçu avec le Professeur Raymond Limet, feu membre de notre Compagnie et son gendre le Professeur Marc Radermecker, un concept révolutionnaire de cardiomyoplastie assistée par le muscle grand dorsal qui était enveloppé autour du cœur défaillant et se contractait de façon synchrone avec le myocarde grâce à un pace-maker adapté ; ce projet génial et ambitieux fait toujours l’objet de recherches mais le myocarde est infatigable et le muscle grand dorsal par contre se fatigue…

Jean organisa chaque année pendant plus de dix ans des « workshops » de haut niveau, de dissection de lambeaux libres et de leurs applications cliniques. Ces « workshops », se tenaient à l’Institut d’anatomie, rue des Pitteurs, au Centre-Ville de Liège ; ils  s’adressaient aux assistants en chirurgie plastique du Royaume, mais également à tous les chirurgiens plasticiens étrangers qui venaient nombreux. Lors de ces workshops, des « guest lectures » de microchirurgie étaient données par des chirurgiens plasticiens de renom.

Il organisa également au CHU du Sart-Tilman des cours de chirurgie plastique endoscopique avec des interventions pratiquées par des experts mondiaux et retransmises en direct.

Jean Fissette fût Président de la Société Belge de Chirurgie plastique et membre de nombreuses sociétés savantes, notamment l’ « American Society for Plastic and Reconstructive Surgery, l’European Association of Plastic Surgeons », la Société française de chirurgie plastique, l’ « International Society for Research in Burns », Groupe pour l’Avancement de la Microchirurgie (GAM).  Il fut également Corresponding Editor de la revue américaine « Journal of Hand Surgery ».

L’éméritat n’arrêta pas toutes ses activités ; Jean continua à opérer pendant plusieurs années et fut toujours consulté par les tribunaux pour des expertises.

Le souvenir que nous devons garder du Professeur Jean Fissette est celui d’un homme charmant, intelligent, d’une grande simplicité, ayant le sens de l’humour et surtout un excellent Professeur tant de la chirurgie plastique que de l’anatomie. C’est pas l’homme qui prend la mer, … je vous laisse terminer cette phrase !