Académie royale de Médecine de Belgique

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Palmarès

RECIPIENTS OF THE DAUTREBANDE PRIZE

1973 - D. DURRER [1918-1984] (Universiteit van Amsterdam), a pioneer of electrocardiography on which he applied quantitative analysis allowing the characterization of cardiac arrhythmias.

1976 - D.C. GAJDUSEK [1923- 2008]  (NIH, Bethesda) for his work on slowly developing viral diseases. Some time later he was awarded the Nobel Prize.

1979 - J.E. DESMEDT [1926- 2009] (Université libre de Bruxelles) for his work on cerebral evoked potentials.

1982 - H.W. KOSTERLITZ [1903-1996] (Aberdeen University) and J. HUGUES (London) for discovery and purification of enkephalins, the first endogenous morphinomimetics so far identified.

1985 - J.D. BAXTER (University of California, San Francisco) for his contribution to the molecular basis of hormone action focused on the regulation of gene expression by the steroid hormone-receptor complex.

1988 - Th. GODFRAIND (Université Catholique de Louvain) for pioneering the pharmacology of calcium antagonists (calcium channel blockers) and their therapeutic mechanisms of action. The same year a Young Researcher Award was presented to J.C. HENQUIN (Université Catholique de Louvain) for his work on insulin secretion by isolated islets of Langerhans.

1991 - J.E. DUMONT (Université libre de Bruxelles) for his studies devoted to the pathology of the thyroid gland.

1994 - J. MALLET (CNRS, Gif-sur-Yvette) for his contributions to molecular neurobiology.

1997 - L. HUE and G. ROUSSEAU (Université Catholique de Louvain) for identifying different metabolic regulations between normal and cancerous cells.

2000 - L. ORCI (Université de Genève) for his work on the cell biology of insulin secretion and molecular intermediates in intracellular transport.

2003 - J.L. CASANOVA (Faculté Necker - Enfants Malade, Paris) for identifying genetic mutations that predispose children to specific pathogens. This has paved the way for developing treatments that are based on a rational understanding of the human genetics of infectious diseases.

2006 - B.NILIUS (Katholieke Universiteit Leuven) for deciphering biophysical and physiological properties of TRP channels and for characterizing their role in pathological disorders.

2009 - G. KROEMER (Institut Gustave Roussy à Villejuif) for deciphering the role of mitochondria in apoptotic cellular death.

2012 - C.RICE (Rockefeller University, New York, USA) for his description of the molecular and cellular mechanisms of human infection by the hepatitis C virus (HCV).

 
LAURÉATS DU PRIX DAUTREBANDE

 1973 - D. DURRER [1918-1984] (Universiteit van Amsterdam), un des pionniers de l’électrocardiographie qu’il a transformée  en une science quantitative et un des spécialistes mondiaux des arythmies cardiaques. 

1976 - D.C. GAJDUSEK [1923- 2008] (NIH, Bethesda) pour son travail consacré aux viroses à développement lent. Il reçut peu après le prix Nobel de Physiologie et Médecine. 

1979 - J.E. DESMEDT [1926- 2009] ( (Université libre de Bruxelles) pour ses travaux sur les potentiels cérébraux évoqués.

1982 - H.W. KOSTERLITZ [1903-1996] (Aberdeen University) et J. HUGUES (London), travaillant à l’époque dans le même laboratoire, pour leurs études consacrées aux enképhalines ; ils avaient isolé en 1975 les deux premières substances morphinomimétiques endogènes. 

1985 - J.D. BAXTER (Université de Californie, San Francisco) pour ses travaux portant sur des hormones stéroïdes, notamment sur la régulation de l’expression de gènes lors de la formation du complexe hormone stéroïde-récepteur.

1988 - Th. GODFRAIND (Université Catholique de Louvain) pour avoir élucidé le mode d’action des médicaments actuellement nommés antagonistes du calcium (bloqueurs des canaux calcium). La même année, un « Prix du jeune chercheur » a été attribué à J.C. HENQUIN (Université catholique de Louvain) pour ses travaux relatifs au contrôle de la sécrétion de l'insuline par les îlots de Langerhans.

1991 - J.E. DUMONT (Université libre de Bruxelles) pour ses recherches consacrées à la pathologie thyroïdienne.

1994 - J. MALLET (CNRS, Gif-sur-Yvette) pour ses travaux de neurobiologie moléculaire.

1997 - L. HUE et G. ROUSSEAU (Université Catholique de Louvain) pour leur apport majeur aux mécanismes de régulation métabolique des activités cellulaires normales et cancéreuses.

2000 - L. ORCI (Université de Genève) pour ses recherches consacrées aux mécanismes de sécrétion du pancréas  endocrine et à leur rôle dans  le diabète.

2003 - J.L. CASANOVA (Faculté Necker - Enfants Malades, Paris) pour ses études des facteurs prédisposant les enfants aux infections bactériennes et virales ainsi que de leur thérapeutique.

2006 - B. NILIUS (Katholieke Universiteit Leuven) pour l’élucidation des propriétés moléculaires biophysiques et des fonctions physiologiques  des canaux TPR ainsi que de leur implication pathologique éventuelle.

2009 - G. KROEMER (Institut Gustave Roussy à Villejuif) pour l'élucidation du rôle des mitochondies dans la mort cellulaire cellulaire par apoptose.

2012 - C.RICE (Rockefeller University, New York, USA) pour la description des mécanismes moléculaires et cellulaires de l'infection humaine par le virus de l'hépatite C.

 

 

CÉRÉMONIE DE REMISE DU PRIX DE LA FONDATION DE PHYSIOPATHOLOGIE PROFESSEUR LUCIEN DAUTREBANDE 2009-2012 AU PROFESSEUR CHARLES RICE

 

 

 

 

Entourant Son Altesse Royale la Princesse Mathilde, de gauche à droite, le Pr J.-B. Otte, Président de l'Académie royale de Médecine; M A. Denys, Secrétaire de la Fondation Dautrebande, le Pr Th. Godfraind, Président de la Fondation Dautrebande; le Pr Ch. Rice, lauréat du Prix Dautrebande et le Pr A. Ferrant, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Médecine de Belgique

 

 

La séance solennelle de remise du Prix de la Fondation de Physiopathologie Professeur Lucien Dautrebande 2009-2012 s'est déroulée le 12 mars 2013, en présence de Son Altesse Royale la Princesse Mathilde, dans la salle Roi Baudouin du Palais des Académies.

 

La séance était présidée par le Professeur J.-B. Otte, Président de l'Académie royale de Médecine de Belgique.

 

Le Professeur Théophile Godfraind, Président du Conseil d'Administration de la Fondation, ancien Président et membre honoraire de l'Académie royale de Médecine de Belgique, a proclamé la décision du Conseil d'Administration de la Fondation de Physiopathologie Professeur Lucien Dautrebande, prise sur avis du Jury international composé des Professeurs Raymond Ardaillou (Académie nationale de Médecine, Paris) élu Président du jury, Jean-Laurent Casanova (Rockefeller University et Paris Descartes), Jacques Émile Dumont (Université libre de Bruxelles), Frédéric Houssiau (Université catholique de Louvain), Ingeborg Liebaers (Vrije Universiteit Brussel), Marc Mareel (Universiteit Gent), Joseph Martial (Université de Liège), Jacques Orgiazzi (Université Claude Bernard, Lyon), Raphaël Scharfmann (Faculté Necker, Paris), Elisabeth Tournier-Lasserve (U.F.R. de Médecine Paris Diderot – Paris 7), Rémy Sadoul (Université Joseph Fourier, Grenoble).

 

Le Prix Dautrebande 2009-2013 a été attribué au Professeur Charles Rice de l'Université Rockefeller à New York (USA) pour la description des mécanismes moléculaires et cellulaires de l’infection humaine par le virus de l’hépatite C.

 

Son Altesse Royale la Princesse Mathilde a remis le diplôme au lauréat.

 

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La séance a débuté par une brève intervention du Pr J-B Otte, Président de l'Académie royale de Médecine de Belgique, suivie de l’intervention du Pr Th. Godfraind et de l’exposé du Pr Charles Rice.

 

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ALLOCUTION DU PROFESSEUR Th. GODFRAIND

Président de la Fondation de Physiopathologie Professeur Lucien Dautrebande

 

Madame,

 

Au nom du Conseil d'Administration de la Fondation Dautrebande, j'ai l'honneur de remercier Votre Altesse Royale d'avoir accepté de remettre le diplôme du Prix triennal de Physiopathologie au Professeur Charles Rice de l'Université Rockefeller à New York. Votre présence rehausse la présente cérémonie et manifeste l'importance que vous attachez à la recherche biomédicale et à la qualité scientifique du lauréat.

 

La Fondation de Physiopathologie Professeur Lucien Dautrebande fut créée comme établissement d'utilité publique en 1970 pour administrer le legs du Professeur Dautrebande. Elle a été dirigée jusqu'en 2004 par ses Fondateurs qui furent feu le Docteur Jean Stalport (Président), feu le Professeur Baron Jean Lequime, Monsieur Pierre Deneyer, Directeur de banque, ainsi que le Professeur Paul Sadoul qui est décédé au cours de cette période triennale.

 

Paul Sadoul décéda en septembre 2011 à l'âge de 93 ans. Plusieurs instances lui ont consacré des notices nécrologiques. Je reprends de la notice nécrologique signée par le Professeur Marc Decramer, Président de la European Respiratory Society, quelques phrases copiées sur le site web de la société qui est consacrée à la 11e ERS Lung Conférence qui se tient cette année (15-17 mars 2013). "Paul Sadoul made an enormous contribution to the respiratory community. He was a great leader, and also an immense humanist who undoubtedly has imprinted several generations of men and women who had the chance to meet him, work with him and learn to like him. Paul Sadoul was one of the pioneers of respiratory intensive care. He substituted instrumental invasive ventilation with a non-invasive mask technique. He also developed long-term home oxygen therapy, enabling patients to resume an almost normal life at home and with their family. In 1954, Paul Sadoul launched the "Entretiens de Physiopathologie Respiratoire", which regularly brought together more than 300 physicians and scientists from European countries and beyond. The Entretiens represents one of the most fruitful endeavours of Paul Sadoul's team, nicknamed l'Ecole de Nancy.

Sous l'influence de Paul Sadoul, le Jury du Prix a choisi des lauréats qui ont marqué le développement de la Médecine. Ainsi en est-il du premier d'entre eux, Dirk Durrer (1918-1984), le lauréat de 1973 à propos duquel le Professeur Louis J. Acierno de l'Université centrale de Floride écrivait :" Labelled the godfather of Dutch Cardiology, Dirk Durrer should be considered as one of the major founders of modern electrocardiography." (Clin. Cardiol, 21, 785-787, 1998).

Pour la Période 2010-2012, le Jury était, selon les Statuts, composé de cinq membres belges et six membres étrangers, il a été présidé par le Professeur Raymond Ardaillou, Secrétaire Perpétuel de l'Académie Nationale de Médecine de France et était composé des Professeurs J-L Casanova, J.E. Dumont, F. Houssiau, Ingeborg Liebaers, M. Mareel, J. Martial, J. Orgiazzi, Remy Sadoul, R. Scharfmann et Elisabeth Tournier-Lasserve.

 

Le Jury du Prix de Physiopathologie Professeur Lucien Dautrebande a porté son choix sur le Professeur Charles Rice de l'Université Rockefeller à New York (USA). Ce Prix triennal d'une valeur de 100.000 euros récompense ce chercheur pour la description des mécanismes moléculaires et cellulaires de l’infection humaine par le virus de l’hépatite C. Ceci a permis le développement de médicaments antiviraux. L'infection par ce virus se caractérise par une hépatite souvent asymptomatique, qui peut évoluer en hépatite chronique et vers une cirrhose et un cancer du foie. Elle est due à des contaminations par voie sanguine, par exemple par l'utilisation de seringues contaminées. On estime que deux cents millions de sujets sont contaminés dans le monde.

 

Après une thèse et un post-doc au California Institute of Technology, Charles Rice a effectué une première partie de sa carrière à Washington University (St Louis) jusqu’à y devenir directeur du département de microbiologie. Il y a une dizaine d’années, il a rejoint la Rockefeller University où il a établi un centre tri-institutionnel d'étude de l'hépatite C avec deux universités voisines de New York c’est-à-dire l'Université Rockefeller, l'Université Cornell et le NewYork Presbyterian Hospital.

 

Les travaux scientifiques de Charles Rice sont marqués par une grande continuité et une grande profondeur. Dans un premier temps, il découvre les mécanismes par lesquels les virus ARN se répliquent (modèle des alphaviridae). Dans un second temps, il identifie un groupe important de virus ARNss+, les flaviviridae responsables de pathologies infectieuses dont il a caractérisé la biologie, il en est ainsi de la dengue, la fièvre jaune, la West Nile fever transmise par les moustiques, l'encéphalite japonaise. Dans un troisième temps, dès que les premières séquences du virus de l’hépatite C furent publiées, il note qu’il fait manifestement partie des flaviviridae, il en caractérise les protéines principales, notamment les protéases. Les inhibiteurs de la sérine protéase sont actuellement en essais cliniques très positifs. Il a également découvert les récepteurs d’entrée du virus de l’hépatite C (CD81). Dans un quatrième temps, Charles Rice a découvert les conditions d'infection d’un modèle animal grâce à l’identification d’un segment du virus nécessaire à sa réplication, il s'agit du chimpanzé qui permet de pratiquer les essais thérapeutiques préliminaires. Dans un cinquième temps, il a découvert les premières conditions de culture du virus dans une cellule hépatocytaire. A lui seul, il a donc mené l’étude des virus ARN, celle des flavivirus, puis celle de l’hépatite C.

 

Charles Rice a été Président de la société américaine de virologie. Il est membre de l'Académie Nationale des Sciences des USA. Il a donné 350 conférences prestigieuses en vingt-cinq ans, et est membre du comité d'édition de plusieurs journaux scientifiques prestigieux.

 

Je me permets de demander à Son Altesse Royale la Princesse Mathilde de remettre le diplôme du Prix au Professeur Charles Rice.

                                                                       (Applaudissements)

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Notice biographique de Charles Rice.

 

Charles M. Rice est un éminent virologiste qui travaille à l’université Rockefeller de New York.

 

Après une thèse et un post-doc à CalTech, il a effectué une première partie de sa carrière à Washington University (St Louis) jusqu’à devenir directeur du département de mircobiologie. Puis il a été recruté, il y a une dizaine d’années, à NY où il a monté un centre tri-institutionel d’étude de l’hépatite C avec les deux universités voisines du Rockefeller.

Ses travaux scientifiques sont marqués par une grande linéarité et une grande profondeur. Dans un premier temps, il a découvert les mécanismes par lesquels les virus ARN se répliquent (modèle des alphaviridae). Dans un second temps, il a identifié un groupe important de virus ARNss+, les flaviviridae (dengue, fièvre jaune, West Nile, encéphalite japonaise), dont il caractérise la biologie. Dans un troisième temps, quand les premières séquences du virus de l’hépatite C sont publiées, et qu’il fait manifestement partie des flaviviridae, il en caractérise les protéines principales, notamment les protéases. Les inhibiteurs de la sérine protéase sont actuellement en essais cliniques très favorables. Il a également découvert les récepteurs d’entrée du virus de l’hépatite C (CD81). Dans un quatrième temps, il a découvert les conditions d’un modèle animal, le chimpanzé, grâce à l’identification d’un segment du virus nécessaire à sa réplication. Dans un cinquième temps, il a découvert les premières conditions de culture du virus dans une cellule hépatocytaire. Il a donc permis à lui seul l’étude des virus ARN, celle des flavivirus, puis celle de l’hépatite C.

Il a publié 7 Science, 13 Nature, 1 Cell., et d’innombrables papiers dans les grands journaux (Cell. Host & Microbe, JEM etc.), ainsi que dans les grands journaux de spécialité (J. Virology). Il a été cité plus de 37.000 fois avec un h-index à 99 (à la réserve près d’un homonyme en génétique humaine). Ses dix meilleurs papiers (d’après lui) ont tous été cités environ 500 fois. De façon intéressante, certains ont été publiés dans le J. Virology (il aurait pu lister 10 Science/Nature).

Il a été Président de la société américaine de virologie, examinateur du HHMI, il a donné une Harvey Lecture, il est membre de la NAS USA, il a donné 350 conférences prestigieuses en 25 ans, il a été éditeur du JEM, J. Virology, PLoS Pathogens, à un jeune âge, mais son dernier prix de 35.000 euros remonte à 2007 (Beijerick virology prize). Contraste entre le succès académique (publications, conférences honorifiques, etc.) et la relative modestie des prix.

Il est le principal consultant des entreprises qui développent des antiviraux contre le virus de l’hépatite C. Ces médicaments bloquent la protéase identifiée et cristallisée par son équipe.

 

En conclusion, Charles Rice, lauréat du Prix Dautrebande 2010-2012, est le leader incontesté dans le domaine de l’hépatite C. Ses travaux ont directement permis la synthèse d’anti-protéases ciblant le virus de l’hépatite C dont l'étude est actuellement en cours. Il s’agit d’une série de découvertes de tout premier plan, centrées sur la physiopathologie humaine, et ayant eu une implication thérapeutique directe.