Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique Pr Jean-Edouard Desmedt, membre honoraire

(Séance du 26 mars 2011)

par A. Burny et G. Franck, membres honoraires et anciens Présidents.

Jean-Edouard Desmedt naquit à Wavre le 19 février 1926 et décéda le 23 novembre 2009 à l’âge de 83 ans.  Son père était un médecin généraliste respecté et comme il le disait lui-même : « J’ai eu la bonne fortune de sentir dès mon enfance, le soutien de parents attentifs et l’exemple de mon père, médecin généraliste dans la tradition ancienne, dont la compétence et la haute valeur morale étaient légendaires dans notre région brabançonne ».

Il termina ses études secondaires à l’athénée de Wavre en 1943. Ne pouvant s’inscrire à l’Université Libre de Bruxelles fermée par l’Occupant, il étudiera les cours de 1ère candidature en médecine seul ou, quand ce sera nécessaire, avec ses professeurs de l’athénée. Pour passer ses examens, il se rendra à Bruxelles à bicyclette et ira au domicile des professeurs Brien le zoologiste, Balasse le physicien et Descampes le chimiste.

En janvier 1945, l’Université rouvre ses portes et il entre en 2ème candidature en médecine mais, son goût pour les mathématiques le fait également s’inscrire en 1ère candidature de la Faculté Polytechnique. L’homme qu’il veut être est déjà résumé à cette époque : il sera médecin-chercheur, rigoureux et entier comme les mathématiques. C’est ainsi qu’il s’adonnera à la recherche scientifique dès la 2ème candidature en médecine, dans le laboratoire de pathologie générale du Professeur Frédéric Bremer, internationalement connu et véritable père des neurosciences en Belgique. Les travaux de Jean-Edouard Desmedt porteront à cette époque sur les influences trophiques exercées par l’innervation motrice sur le muscle strié de mammifères. Ses recherches sont couronnées au Concours Universitaire en 1949 et au Concours des Bourses de voyage du Gouvernement Belge en 1951.

Le Professeur Bremer, comme tout grand maître, enverra son jeune collaborateur dans les meilleures équipes du moment.  Grâce à une bourse du British Council pour la période de 1951-1952, il séjournera un an à Cambridge dans ce milieu fertile où Hodgkin, Huxley, Kats et d’autres profitèrent de nouvelles méthodes ultrasensibles de dosages des cations et anions, pour établir la théorie ionique du potentiel d’action qui valu à certains le Prix Nobel.

En qualité de « Graduate Fellow de la Belgian American Educational Foundation » pour la période 1952-1953, il continuera à se perfectionner dans les neurosciences, à Baltimore, à la « Johns Hopkins University and Hospital » dans les services de « Neuroanatomy » du Professeur J. Rose, de « Neurosurgery » du Professeur E. Walker, de « Biophysics » du Professeur H. Hartline. Il ira enfin à Chicago dans le service de « Zoology » du Professeur P. Weiss.

Dès son retour, en 1954, dans le laboratoire de Pathologie générale, Jean-Edouard Desmedt va orienter ses recherches dans les domaines de la neurophysiologie expérimentale chez l’animal sur les traces de son maître Frédéric Bremer et de la neurophysiologie « clinique » c'est-à-dire réalisée chez l’homme sain ou pathologique. Il avait compris très tôt l’intérêt de la « recherche translationnelle », très à la mode aujourd’hui, regroupant les chercheurs fondamentalistes et cliniciens.

Sur le plan fondamental il démontre chez le chat l’existence d’un circuit inhibiteur, des influx acoustiques périphériques et, fait très original à cette époque, tout à fait indépendant du système réticulaire. On l’appelle aujourd’hui le « CERACS » soit « Centrifugal Extra-Reticular Auditory Control System ». Ce système multisynaptique très spécifique naît des aires associatives auditives situées sur la partie ventrale du lobe temporal et au niveau de la région insulaire. Il descend ensuite dans le tronc cérébral jusqu’au niveau des neurones à l’origine du faisceau éfférent olivo-cochléaire de Rasmussen, ainsi que dans les noyaux de relais de la voie auditive afférente. Ces travaux se prolongeront jusqu’en 1965.

Remarquons déjà qu’en 1956, Jean-Edouard Desmedt déposait et défendait une thèse d’Agrégation de l’Enseignement supérieur, sur un sujet bien différent puisque intitulé « Contribution à la physiopathologie de la myasthénie ».  Si ses travaux expérimentaux sur le chat lui avaient apporté une notoriété certaine, ses recherches en physiologie humaine allaient faire de lui, l’un des premiers et principaux fondateurs de cette discipline nouvelle, la « Neurophysiologie Clinique » dont il allait devenir un des maîtres incontestés dans le monde scientifique et médical belge et international.

Jean-Edouard Desmedt avait un esprit synthétique et déductif exceptionnel, distinguant très rapidement les faits importants d’une recherche et les hypothèses originales que l’on pouvait en extraire. Il faisait preuve par ailleurs d’une maîtrise technologique exceptionnelle lui permettant d’adapter les techniques nouvelles à ses protocoles expérimentaux. Sa connaissance de la bibliographie était remarquable.

Les progrès réalisés dans les techniques électromyographiques de « détection » et de « stimulo-détection » lui ouvraient la voie pour analyser les commandes motrices volontaires chez l’homme normal et dans diverses affections touchant l’ « Unité Motrice » constituée du neurone moteur, de son axone et de ses arborisations terminales sur les fibres musculaires par l’intermédiaire de la plaque motrice ou jonction neuro-musculaire. L’atteinte de cette jonction neuro-musculaire est typique de la myasthénie ou maladie d’Erb-Goldflam caractérisée par une perte progressive de la force musculaire à l’effort.

Grâce à des protocoles parfaitement établis et justifiés expérimentalement - ils sont entrés aujourd’hui dans la pratique courante - Jean-Edouard Desmedt précise, non seulement l’intérêt de rechercher le « décrément » classique des potentiels musculaires observés lors de la stimulation répétitive d’un tronc nerveux moteur mais aussi et surtout, l’importance de réaliser ces examens après un exercice musculaire qu’il soit volontaire ou « électrique » c'est-à-dire après faradisation à haute fréquence du nerf moteur. Il décrit ainsi les phénomènes de « facilitation » et d’« épuisement post-activation », ce dernier particulièrement utile dans le diagnostic des cas atypiques, intermittents ou latents. Ces termes sont consacrés actuellement dans la littérature internationale.

D’autres facteurs sont également importants comme l’influence de la température et de l’ischémie qui tous deux accentuent le phénomène myasthénique. Cet effet de l’ischémie a été à la base du « double step nerve stimulation test » publié en 1976 dans l’importante revue américaine « Annals of Neurology ».

Sa contribution au diagnostic différentiel des atrophies musculaires d’origine « neurogène » comme dans les atrophies spinales ou « myogène » comme dans les dystrophies musculaires fut également dominante. En particulier, il développe une technique appelée « électromyographie cohérente » qui lui permet de mieux identifier certains potentiels électriques décrits comme myogènes alors qu’ils sont les témoins de phénomènes de réinnervation collatérale de fibres musculaires dénervées par le processus pathologique et secondairement réinnervées à partir de bourgeonnements issus des terminaisons axonales motrices voisines. Un mécanisme assez similaire est également à la base des « fibrillations » musculaires spontanées observées dans les atteintes neurogènes ou même myogènes.

Ces travaux importants en clinique humaine ne doivent pas faire oublier ses contributions majeures à l’analyse des commandes motrices volontaires chez l’homme sain.

A côté des ces recherches désormais classiques, Jean-Edouard Desmedt s’est orienté dès 1963 et pratiquement jusqu’à son décès, à l’étude non invasive chez l’homme des réponses électriques cérébrales évoquées par des stimulations somesthésiques et dérivées du cuir chevelu. Les grandes lignes de ces recherches étaient déjà envisagées et discutées dans une lecture magistrale faite à notre tribune en 1965 et intitulée : « Mise en évidence d’un signal électrique cérébral associé à la détection par le sujet, d’un stimulus sensoriel tactile ».

L’intérêt de ces recherches est évident en neurologie dans l’exploration fonctionnelle des voies nerveuses centripètes et des aires corticales primaires et associatives. Mais dès 1965, il posait déjà la question de savoir s’il existait des composantes de ces potentiels sensoriels susceptibles d’être modifiées ou générées par des activités intellectuelles qu’il s’agisse de processus d’analyse, d’identification, de sélection, de décision par exemple. Il ouvrait ainsi la porte aux recherches en « Psychobiologie ».

Ces potentiels évoqués ont un voltage extrêmement faible de l’ordre du microvolt. Les techniques électroniques de « moyen-âge » (« averaging ») permettent, depuis les années 60, de les extraire des tracés bruts d’enregistrement dominés par les bruits techniques et les potentiels spontanés de l’électroencéphalogramme. La très grande sensibilité de ces méthodes les rend cependant vulnérables à toute une série d’artéfacts et impose donc une standardisation rigoureuse et la prise de nombreuses précautions largement décrites et discutées, au fil des années, dans les publications de Jean-Edouard Desmedt.  Celui-ci fut le premier en 1963 à disposer en Belgique d’un des appareillages les plus perfectionnés de cette époque, appelé Mnémotron ou « CAT » en anglais pour « Computer of Average Transients ».

Ces potentiels électriques évoqués par stimulation somesthésique sont formés d’une grande série de composantes dont la nomenclature utilise une convention internationale simple, soit N pour négatif et P pour positif avec indication de la latence moyenne du pic de la composante. On parlera ainsi des composantes P9, N11, P20 etc., composantes bien connues actuellement mais faisant encore l’objet de nombreuses discussions dans la littérature.

Ce fut le mérite de Jean-Edouard Desmedt et de son école d’identifier, parmi les composantes « précoces » du profil hybride de ces potentiels, les contributions d’une série de générateurs nerveux mis en jeu séquentiellement par la volée sensorielle afférente, depuis le plexus brachial jusqu’au cortex pré et post-rolandique, en passant par la moelle épinière et le tronc cérébral.  Ces recherches d’une complexité technique extraordinaire nécessitèrent dans un premier temps de multiplier les sites d’enregistrement par l’utilisation d’électrodes situées non seulement sur le cuir chevelu mais aussi au niveau de la peau du cou ou même à l’intérieur de l’œsophage.

Enfin, ces enregistrements ne prirent toute leur valeur qu’en les mettant en corrélation avec les résultats obtenus grâce à l’adaptation de techniques nouvelles d’une part, de « gradiométrie magnétique » étudiant les champs magnétiques associés et d’autre part, « d’imagerie numérique » permettant de dresser de véritables cartographies des champs de potentiel recueillis, le tout en corrélation avec les confrontations anatomo-cliniques permises par les scanners X ou à résonance magnétique nucléaire chez des patients porteurs de lésions focalisées.

A côté de ces composantes précoces survenant dans les 30 à 40 premières millisecondes, Jean-Edouard Desmedt mettra en évidence, avec d’autres, des composantes plus tardives : P40, P100, P140, P300 appelées « cognitives » reflétant la mise en jeu de mécanismes sous-jacents aux activité intellectuelles par exemple de perception, d’analyse, de décision etc… faisant encore l’objet de nombreuses recherches dans ce domaine en pleine expansion de la psychobiologie. A simple titre d’exemple combien intéressant, la composante P40 de localisation corticale, pariétale, controlatérale, et survenant trop tôt (40 millisecondes) que pour pouvoir être mise en relation avec un processus cortical d’analyse du stimulus cible, ce qui semblerait indiquer que l’aire pariétale primaire est préparée anticipativement, en vue d’une élaboration perceptuelle consciente ultérieure plus efficace.

Cette moisson particulièrement abondante de résultats obtenus pendant 30 ans de travail ne peut être détaillée dans un éloge académique forcément court. Ces recherches décrites dans près de 400 publications dans les revues les plus prestigieuses, dans de nombreux chapitres de traités mais aussi dans des livres majeurs réalisés sous sa direction, lui valurent une consécration nationale et internationale. Elles attirèrent dans son laboratoire de nombreux élèves, belges et étrangers venus des quatre coins du monde.

En septembre 1971, il fut chargé de l’organisation et de la Présidence à Bruxelles, du 4ème International Congres of Electromyography sous les auspices de l’ « International Federation of Societies for Electroencephalography and Clinical Neurophysiology ».

Ce fut un très grand succès comme en témoigne la présence de deux Prix Nobel et de nombreux experts dans les domaines tant de la neurophysiologie fondamentale que de la neurophysiologie clinique. Il continuera par la suite, parallèlement à son activité de recherche, à organiser de nombreux symposia et à publier, comme Editeur, d’importants livres et traités comme les trois volumes parus en 1973 sous le titre général : « New Developments in Electromyography and Clinical Neurophysiology » et par la suite les « Progress in Clinical Neurophysiology ». En 1983, il publiait comme Editeur le 39ème volume de la série « Advances in Neurology » et consacré au « Motor Control Mechanisms in Health and Diseases ».

Cette brillante activité scientifique fut récompensées de nombreux Prix dont nous retiendrons plus spécialement ceux qui lui furent octroyés par l’Académie royale de Belgique, l’Académie royale de Médecine de Belgique, par l’Académie Nationale de Médecine de France et surtout le Prix « Francqui » en 1972, le Prix international de Physiopathologie « Dautrebande » en 1979 et enfin le Prix scientifique « Joseph Maisin » décerné par le FRSM sur avis d’un jury international, pour la période de 1981-1985. Remarquons d’ailleurs qu’il avait déjà été lauréat de la « Chaire Francqui » près de l’Université de Liège pour la période de 1969-1970.  Enfin, il était Docteur « Honoris Causa » des Universités de Strasbourg et de Palerme.

Il fut élu Correspondant de notre Académie en 1969 puis membre titulaire en 1976. Il était également membre titulaire de la classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique, membre étranger de l’Académie Nationale de Médecine de France, membre de l’Académie Pontificale « Dei Lancei » et Fellow de la Royal Society of Medicine de Grande-Bretagne.

Membre de très nombreuses Sociétés scientifiques belges, européennes, américaines ou asiatiques, il participa très activement aux travaux de la « World Federation of Neurology », de l’ « International Brain Research Organization (IBRO) » sous les auspices de l’UNESCO ainsi que de la Fédération Internationale des sociétés d’Electroencéphalographie et de Neurophysiologie clinique dont, consécration ultime, il fut Président pour la période 1985-1989.

Le Professeur Desmedt était Grand Officier de l’ordre de Léopold et de l’ordre de la Couronne.  Cette longue énumération quoique partielle serait fastidieuse si elle ne montrait que ces prix et titres divers se sont échelonnés durant toute sa carrière, phénomène mettant en évidence son exceptionnelle continuité dans le domaine scientifique.

« L’homme de science, disait-il, formé à la dure école de la remise en question continuelle des ses hypothèses et de ces résultats vit journellement ces alternatives. »

Jean-Edouard Desmedt fut admis à l’Emeritat en 1991. C’eut été mal connaître l’homme que de penser qu’il allait arrêter toute activité scientifique. Mais sa compétence en électromyographie et dans le domaine des potentiels évoqués allait faire de lui, un acteur de choix dans le domaine de l’expertise clinique. N’avait-il pas déjà créé en 1972 une licence en Evaluation du Dommage Corporel dans le cadre de la Faculté de Médecine de l’Université de Bruxelles ? Il avait en outre publié en 1982 chez Masson (Paris) avec C. Lambert, un livre intitulé « l’Evaluation Neurologique du Dommage Corporel ».

Mes chers Collègues,

Il est de coutume dans ces éloges académiques de parler de l’enseignant et de l’homme. Jean-Edouard Desmedt fut nommé en effet chargé de cours en 1961, Directeur de l’Unité de Recherche sur le Cerveau en 1962 et Professeur Ordinaire en 1967 à l’Université libre de Bruxelles.

Notre Collègue Arsène Burny et moi-même l’avons peu connu comme enseignant car nous avons été de ses contemporains et non de ses élèves, même comme collaborateur scientifique. Il avait la réputation de donner un enseignement clair et concis, continuellement actualisé par les dernières avancées de la science. Sur le fond, comme le soulignait un de ses anciens étudiants, « il volait très haut », enthousiasmant les meilleurs, voire même orientant les vocations vers les Sciences Neurologiques expérimentales et/ou cliniques.

Les examens pouvaient être très brefs et comme un étudiant s’étonnait de ce que l’examen oral avait été trop rapidement mené, Jean-Edouard Desmedt lui avait répondu en boutade qu’il avait déjà obtenu 23 sur 20 et qu’il n’était pas nécessaire de prolonger l’interrogatoire ni d’augmenter sa cote. Par contre, certains le craignaient et je me souviens d’un futur doctorant étranger inquiet de le voir dans son jury de thèse. Ce qui était une erreur car il était aussi enthousiaste pour défendre un travail original que dirons-nous « sévère » pour juger les imperfections d’un travail mal réfléchi qu’il pouvait « casser » en quelques remarques incisives et décisives. C’était d’ailleurs une caractéristique de sa personnalité. Il n’hésitait jamais à dire ce qu’il pensait. On dirait aujourd’hui qu’il n’avait pas la langue de bois. Il n’eût pas que des amis évidemment.

Jean-Edouard Desmedt montrait une certaine réserve dans ses relations humaines, du moins à première vue, car quand on le connaissait un peu, son visage s’éclairait d’un sourire et il pouvait alors montrer dans la conversation, la même passion que celle qu’il éprouvait dans l’exercice de sa recherche ou devant un objet d’art, en particulier, d’art « premier ». Il était très heureux de montrer un magnifique masque aztèque découvert à Teotihuacan près de Mexico mais acquis chez un antiquaire New-Yorkais.

Jean-Edouard Desmedt aimait d’ailleurs se comparer aux artistes, en particulier aux peintres. C’est ainsi que dans son allocution de remerciements, devant sa Majesté le Roi, lors de la remise du Prix Francqui, il déclarait : « Le cheminement du chercheur me parait très proche de l’artiste, du peintre par exemple, qui étend le registre de nos perceptions en nous faisant voir le monde d’une manière nouvelle… »

Il poursuivait : « Mais l’œuvre de l’artiste sera vue pendant des siècles et pourra être reconnue même après sa mort. La contribution de l’homme de science n’a qu’une valeur temporaire car demain la frontière aura été poussée plus loin et les enjeux sont différents. »

Et là, il se trompait car son nom est entré dans l’histoire de la Neurophysiologie Clinique.

L’Académie souhaitait rappeler aujourd’hui, de façon solennelle, la carrière scientifique de ce grand Monsieur des Neurosciences non seulement belges mais aussi mondiales.