Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique du Pr Joseph J. Hoet, membre titulaire et ancien Président

(Séance du 24 février 2001)

Éloge académique du Professeur Joseph J. HOET, membre titulaire et ancien Président, par P. LEFÈBVRE, Président et Alb. de Scoville, Secrétaire perpétuel. 

Le Professeur Joseph Jules Hoet était notre Confrère dans cette Compagnie, notre Collègue et notre Ami.  C’est en cette triple qualité que nous prononçons aujourd’hui son éloge académique.

Né le 29 septembre 1925, Joseph Hoet, Jo pour ses nombreux amis, a été marqué, dès son plus jeune âge, par la forte personnalité et les préoccupations médicales et scientifiques de son Père, le Professeur Joseph P. Hoet, Médecin diplômé de l’Université Catholique de Louvain, ce dernier fut un des fondateurs de la Diabétologie moderne dans notre pays, ayant été profondément marqué par le séjour qu’il avait passé à Toronto dans les années vingt, auprès de Banting et Best qui venaient de découvrir l’insuline.  J. P. Hoet fut un des premiers à traiter les patients diabétiques par insuline ; il fut aussi le fondateur de l’Association Belge du Diabète durant la seconde guerre mondiale, et c’est à son initiative que les patients diabétiques belges furent assurés, dans ces circonstances difficiles, d’un approvisionnement régulier en cette hormone, à laquelle ils doivent leur survie.

C’est au contact d’une telle personnalité que Joseph J. Hoet entreprit à l’UCL des études qui lui permirent d’obtenir son diplôme de docteur en médecine, chirurgie et accouchements en 1951, après s’être porté volontaire de guerre.  Dès l’obtention de son diplôme, J.J. Hoet entreprend une spécialisation en médecine interne, au cours de laquelle il alliera sa formation spécialisée à une recherche clinique de haut niveau.  Bénéficiaire d’une bourse du British Council, il séjourne au Downing College de Cambridge en 1951-1952, puis grâce à un mandat de la « Belgian American Educational Foundation », il effectue un séjour de quatre années à la « Harvard Medical School » de Boston, et au prestigieux « Peter Bent Brigham Hospital » de cette même ville.  Ses Maîtres à Boston ont nom Georges W. Thorn et Albert E. Renold.  Dès 1957, il rejoint le Département de Médecine de l’Université Catholique de Louvain, d’abord à l’Hôpital St.-Pierre, puis aux Cliniques St.-Luc.  C’est dans ces institutions qu’il effectuera une triple carrière de Clinicien, d’Enseignant et de Chercheur, jusqu’à la date de son éméritat en 1990.  Il créa en 1957, et dirigea jusqu’à en 1988, l’Unité de Recherche en Endocrinologie de l’UCL.  A cette date, il s’associe au Professeur Claude Remacle de la Faculté des Sciences de l’UCL. pour créer et développer un « Centre Collaborateur de l’OMS pour le Développement de la Biologie du Pancréas endocrine », activité qu’il poursuivra jusqu’à la date de son décès inopiné le 11 juillet 1999.

Ce relevé chronologique, forcément sommaire, reflète mal l’activité médicale et scientifique de notre Confrère.

Sur le plan médical, Joseph Hoet fut pendant plus de 40 ans un clinicien averti, apprécié par ses collègues et sollicité par de nombreux patients, belges et étrangers.  Le diabète était son domaine favori et très tôt il s’est intéressé aux problèmes scientifiques que posent le diabète gestationnel et la grossesse chez la femme diabétique.  Il fut un des premiers à recommander un équilibre glycémique rigoureux dans ces conditions et à préconiser une surveillance clinique et biologique intensive.  Il défendit avec énergie la collaboration entre le diabétologue et le gynécologue-obstétricien, ainsi que le recours systématique à un pédiatre spécialisé dans la prise en charge du nouveau-né de mère diabétique.  Tous s’accordent pour reconnaître son rôle de précurseur dans ce domaine où ce qu’il préconisa il y a 40 ans est devenu aujourd’hui pratique courante dans le monde entier.  Ses idées ont été défendues avec succès au niveau européen, au sein du « Diabetes Pregnancy Study Group » qu’il créa en 1970 dans le cadre de l’Association Européenne pour l’Etude du Diabète (EASD).

En tant qu’enseignant, Jo Hoet, fut Maître de Conférence, Professeur associé puis Professeur dans son Alma Mater.  De nombreuses générations d’étudiants ont bénéficié de son expérience non seulement à Louvain mais encore au Canada, aux Etats-Unis, au Quatar et au Pérou où il fut professeur visiteur.

L’activité scientifique de notre collègue a suivi un décours atypique.  Ses premières recherches furent purement cliniques dans divers domaines de l’Endocrinologie.  Plus tard, la recherche se focalise sur le métabolisme et les régulations endocriniennes dans la grossesse normale et pathologique, et ce en collaboration avec Malherbe, de Gasparo et surtout De Hertogh.  Les quinze dernières années de la vie scientifique de J.J Hoet, en ce compris les dix années qui ont suivi son éméritat, ont été les plus fécondes.  Avec Brigitte Reusens et Claude Remacle, Jo Hoet aborde l’étude des effets d’un régime pauvre en protéines ou ceux de déficits sélectifs en certains acides aminés, tel la taurine, sur le développement du pancréas endocrine chez le rat.  Ces recherches, auxquelles a été associé notre confrère Willy Malaisse, sont d’une grande actualité car certaines études épidémiologiques récentes donnent à penser que la sous-nutrition de la mère durant la gestation, associée à un faible poids du nouveau-né, est un facteur déterminant de la survenue, chez ces enfants, d’un diabète de type 2, plusieurs décennies plus tard.

C’est avec émotion que l’on peut lire dans le curriculum vitae de notre collègue J.J. Hoet qu’il avait été désigné comme Président du « 2nd World Congress on Primary Prevention of Diabetes and Its Complications », qui s’est tenu en novembre 1999, moins de quatre mois après sa disparition.

Dans les milieux internationaux, le nom du Professeur J.J. Hoet est étroitement lié aux activités de l’ « International Diabetes Federation » dont le quartier général est, grâce à lui, installé à Bruxelles.

En 1973, le Comité scientifique du 8ème Congrès de l’IDF fut présidé conjointement par J.J. Hoet et l’un de nous.  Pendant de nombreuses années, notre Collègue a oeuvré au sein de cette organisation qui regroupe aujourd’hui 175 associations dans 136 pays.  Il en fut Président-élu de 1985 à 1988, Président de 1988 à 1991 et Président d’Honneur depuis 1991.  Il y a été l’avocat infatigable de la cause des patients diabétiques, cause qu’il a défendue à l’Organisation Mondiale de la Santé, à la Banque Mondiale et dans de nombreuses autres organisations non-gouvernementales.  N’hésitant pas à payer de sa personne, J.J. Hoet a donné des conférences sur le diabète dans quelques soixante pays répartis dans les cinq Continents.

Notre Confrère fut un membre assidu de notre Compagnie où il avait été élu Correspondant en 1976, Membre titulaire en 1988.  Vice-Président en 1992-1993 et Président en 1994.  Tous se souviennent de sa présence active, de son sourire, de se interventions parfois malicieuses mais toujours pertinentes.  Une telle carrière méritait de se voir couronnée.  Elle le fut en Belgique et à l’étranger : Lauréat du Concours universitaire (1950), du Concours des Bourses de Voyage (1951), du Concours ordinaire de notre Académie (1967), J.J. Hoet fut nommé Professeur honoraire à l’Université de Rosario en Argentine et Docteur honoris causa de l’Université de Kayseri en Turquie.  Il fut honoré de la Médaille Masaji Takeda au Japon.

Jo Hoet entretenait sa forme physique dont témoignaient sa silhouette élancée et son teint bronzé.  C’est par une belle journée d’été, le 11 juillet 1999, un dimanche en fin d’après-midi, que la mort le surprit au sortir de sa piscine.  Il était en pleine activité et nourrissait de multiples projets.  Quelques semaines auparavant, il demandait à l’un de nous de veiller à ce que son sujet de recherche favori soit repris au programme du Congrès de l’IDF devant se tenir en novembre 2000 à Mexico.  Son vœu fut exaucé puisque sa fidèle collaboratrice Brigitte Reusens y fut invitée à exposer les résultats de leur équipe sous le titre provocateur de « Do the diabetes ands its complications have their origin in utero ? ».  Madame Reusens, dans la belle allocution que vous avez prononcée aux obsèques de notre ami, vous avez dit en parlant de l’activité scientifique que Claude Remacle, Joseph Hoet, vous-même et tous vos collaborateurs avez menée depuis 1988 « ce programme est un héritage que nous ferons fleurir ».  C’était le plus bel hommage que l’on pouvait rendre au Professeur Hoet.

Chère Madame Hoet, Pep pour vos nombreux amis, c’est avec émotion que nous avons évoqué la vie et l’œuvre de Joseph.  Votre famille est vaste puisque vous avez eu la joie d’avoir sept enfants et le bonheur d’accueillir vingt-cinq petits enfants.  Nous avons évoqué en commençant cet hommage le nom du Professeur J.J. Hoet, nous vous souviendrons de tout ce que le Professeur J.J. Hoet a apporté à la médecine, à la science, aux patients.   Acceptez, nous vous en prions, nos sentiments affectueux et reconnaissants.

L’Académie, debout, s’est recueillie longuement en mémoire de notre confrère et collègue regretté.

La séance est suspendue pour permettre au Bureau de raccompagner Mme Hoet et sa famille.