Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Etienne Pays (Séance du 22.10.2011)

 

DIALOGUE MOLÉCULAIRE ENTRE TRYPANOSOMES AFRICAINS ET L’HOMME

par  E. PAYS (U.L.B.), membre titulaire.      

L’origine évolutive de l’homme sur le continent Africain lui a imposé la nécessité de résister aux parasites endémiques, en particulier les trypanosomes de l’espèce Trypanosoma brucei. C’est pourquoi le sérum humain est pourvu d’un système d’immunité innée très efficace contre T. brucei, ainsi que l’a observé A. Laveran dès 1902. Cependant deux clones de T. brucei, nommés rhodesiense et gambiense, sont parvenus à déjouer cette défense, ce qui leur permet d’infecter l’homme où ils provoquent la maladie du sommeil. Nous avons identifié le gène conférant à T. b. rhodesiense  la capacité de résister à l’activité trypanolytique du sérum humain, ce qui nous a conduits à découvrir que le facteur trypanolytique est l’apolipoprotéine L1 (apoL1). Cette protéine spécifiquement humaine est associée à des particules d’HDL qui contiennent aussi une autre protéine humaine appelée « haptoglobin-related protein » (Hpr). Suite à la fixation d’hémoglobine (Hb) sur l’Hpr, les particules d’HDL porteuses d’apoL1 sont avidement capturées par le trypanosome via leur attachement à un récepteur de surface pour le complexe Hp-Hb. Après endocytose, l’apoL1 tue le parasite en générant des canaux anioniques dans sa membrane lysosomiale. Au laboratoire, nous avons construit des mutants d’apoL1 qui ne sont plus neutralisés par la protéine de résistance de T. b. rhodesiense, et qui donc tuent ce parasite. De façon inattendue, nous avons récemment découvert que des mutants similaires existent dans la nature : chez les Africains et Américains d’origine Africaine, ces mutations protègent contre l’infection par T. b. rhodesiense même à l’état hétérozygote,  mais le prix à payer est une fréquence particulièrement élevée de développement d’insuffisance rénale à l’état homozygote. La sélection naturelle des mutations de l’apoL1 en dépit de leur caractère délétère pour les reins souligne à quel point la lutte contre les trypanosomes a été importante pour l’évolution de l’espèce humaine. Le mécanisme par lequel l’apoL1 mutée provoque l’insuffisance rénale est à l’étude.

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