Académie royale de Médecine de Belgique

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Professeur Janos Frühling (29/09/2012)

 

(Présentation d'ouvrage lors de la séance du 29 septembre 2012).

Le Pr J. Frühling, Secrétaire perpétuel honoraire, présente l’ouvrage du Pr Jozef Hurwic « Maria Sklodowska-Curie and Radioactivity ».  Il s’exprime en ces termes : « L’année 2011 avait une triple signification pour le monde scientifique et surtout pour le peuple polonais. Cette année fut déclarée « année de la chimie » et le second semestre de cette même année correspondait à la première présidence polonaise de l’Union européenne et, finalement, on a commémoré le centième anniversaire de l’attribution du prix Nobel de chimie à Madame Skłodowska-Curie, événement que, intelligemment, le Gouvernement polonais a mis particulièrement en évidence, organisant divers événements dans les pays membres de l’Union, car Marie Curie est restée la seule double lauréate d’un prix Nobel scientifique jusqu’en 1962. A cette occasion, on a réédité en anglais le livre du Professeur Hurwic, paru déjà en polonais en 1967 à l’occasion du centième anniversaire de Madame Curie. (Petit clin d’œil de l’histoire : le Professeur Hurwic, physicochimiste lui-même, a dû quitter pour des raisons politiques sa Pologne natale et se fixer, en 1969, comme la future Madame Curie, en France.)

Il s’agit d’un livre relativement concis (150 pages en format A5), mais qui contient toutes les données essentielles concernant l’intéressée, son entourage familial en Pologne et en France, son œuvre scientifique d’importance cruciale et son action sociétale pendant le premier tiers du vingtième siècle. On voit clairement la « patte » de l’écrivain scientifique qui rend avec exactitude la carrière de Madame Curie, mettant l’accent sur sa créativité exceptionnelle et sur sa polyvalence, à l’interface de la chimie et de la physique. Le Grand Œuvre – découverte de la radioactivité et l’isolement des éléments porteurs de cette radioactivité mis à part – il nous apprend une série de détails historiques, non sans importance, qui nous rendent plus proches les personnages exceptionnels qu’étaient Pierre et Marie Curie. Ainsi l’auteur nous rappelle que la Pologne de 1867, où Marie Curie est venue au monde, était partagée en trois et qu’elle est née dans la partie de sa patrie occupée par la Russie, où le polonais, comme langue d’enseignement, fut interdit, et les filles et les jeunes femmes étaient exclues des études universitaires, ce qui a finalement amené la future Marie Curie à suivre ses études de physique et de chimie à la Sorbonne. Remarquons ici, en tant que médecin, qu’elle était plus tard une des cofondatrices et initiatrices de la future spécialité de radio-radiumthérapie et, dès sa fondation en 1912, l’Institut Curie était déjà constitué par un département de physique et de radiologie. La Pologne et la France mises à part, le troisième pays avec lequel  elle a eu les contacts les plus suivis était la Belgique où, dès le début de la guerre 14-18, avec sa fille Irène, elle a desservi le front par les camions équipés des appareils Rx, où Irène a travaillé comme infirmière technicienne. Par ailleurs, Marie Curie a publié en août-septembre 1915 un article clinique scientifique consacré aux interventions de ses « camions ». De plus, à partir de 1920, comme source de minerai, elle a utilisé l’uranium du Congo belge provenant d’une usine située à Oolen. Enfin elle fut, dès 1911 jusqu’à sa disparition en 1934, invitée aux conférences Solvay à Bruxelles (1913, 1921, 1924, 1927 et 1933). Comme dernier acte caractéristique, rappelons qu’en août 1914, lorsque l’armée allemande s’est trop rapprochée de Paris, elle a expédié elle-même la réserve de radium de l’Institut Curie à Bordeaux ; exemple suivi en 1940 par le Professeur S.Simon, future cheffe de Service de radiothérapie de l’Institut J.Bordet. Dernier fait divers caractéristique : Madame Curie n’a pas été reçue à l’Académie des Sciences en 1912, en revanche, elle a été élue avec acclamations à l’Académie des Sciences médicales de Paris dix ans plus tard.

Cette grande personnalité qu’était Madame Curie a été reconnue par le monde entier en tant que scientifique et personnalité humaine exceptionnelle, le mieux caractérisée par une phrase d’Albert Einstein : « She is the only person who hasn’t been corrupted by fame ». De plus, grande patriote polonaise, elle est restée fondamentalement attachée à son pays natal ; e.a. elle a fondé à Varsovie en 1912 un institut de recherche physique ; l’Institut national cancérologique porte également depuis son existence (1932) le nom « Institut Marie Skłodowska ».     

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