Académie royale de Médecine de Belgique

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Feu le Professeur Michel Hanocq

(Séance du 24 novembre 2012)

Éloge académique de feu le Pr Michel Hanocq,   

par J.-M. Kauffmann, Vice-Doyen de la Faculté de Pharmacie de l’ULB

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Mesdames et Messieurs les Académiciens,  

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je remercie vivement  l’Académie royale de Médecine de Belgique de me faire l’honneur de prendre la parole au sein de cette prestigieuse assemblée pour honorer la mémoire de Michel Hanocq, membre titulaire de votre illustre Compagnie. Michel Hanocq, fut successivement pour moi, un Maître, un collègue et un ami. C’est sans doute  l’amitié qu’il me témoignait qui me vaut aujourd’hui l’honneur d’évoquer sa vie et son œuvre scientifique.   

Michel Hanocq est né le 30 octobre 1939 à Bruxelles II. Il  effectua ses études secondaires au sein de l’Athénée Royal de Saint-Gilles. Attiré dans un premier temps par les études  d’ingénieur, il opta cependant pour le profil pharmaceutique et obtint son diplôme de pharmacien à l’ULB en 1964. Après avoir rempli ses obligations militaires, il est nommé pharmacien adjoint dans l’industrie pharmaceutique en 1966, tout en consacrant plusieurs heures de travail par semaine  en tant que chercheur libre à l’ULB dans le service du Professeur Louis Maricq. Rapidement séduit par l’intelligence et le dynamisme de ce jeune chercheur, le Professeur Maricq lui proposa un poste d’assistant au sein de son Service. Passionné par l’aventure scientifique, Michel Hanocq préféra la recherche universitaire et la vie académique  aux fonctions alléchantes de l’industrie pharmaceutique. C’est entièrement au sein de l’ULB que Michel Hanocq accomplira une brillante carrière scientifique à partir de 1967. Quelle importante année, cette année 1967. Elle vit en effet s’unir en mariage Michel Hanocq et Jacqueline Quertier, alors jeune assistante en zoologie  au sein de l’équipe du Professeur Brachet. Ils eurent deux magnifiques enfants Marianne et Olivier ici présents. L’activité   scientifique de Jacqueline Hanocq, chercheur qualifiée FNRS, fut une source de grande fierté et d’inspirations pour Michel.

C’est donc en 1967 que Michel Hanocq fut nommé assistant dans le laboratoire de chimie analytique, de chimie toxicologique et chimie pharmaceutique dirigé par le Professeur Louis Maricq, puis par le Professeur Léopold Molle, à partir du 1er octobre 1970. Encadré par ces deux Maîtres de stature exceptionnelle, Michel Hanocq tira grand profit de leurs enseignements et de leurs conseils avisés, basés sur la rigueur analytique et  l’intégrité scientifique. 

Les travaux de Michel Hanocq sur l’étude analytique des dérivés fluorés dans les médicaments lui permettront d’obtenir en 1971 le diplôme d’Agrégé de l’Enseignement Supérieur en Sciences Pharmaceutiques ainsi que le Prix Louis Maricq en 1973.  Dès 1972,  il est  nommé Chargé de cours associé auprès du Professeur Molle où  il prit une part importante à instaurer un enseignement de  chimie-physique appliquée aux sciences pharmaceutiques. Ce cours était et est toujours une particularité de notre Faculté à l’initiative du Professeur Molle. Il est destiné à préparer les étudiants aux matières des années ultérieures dont plus particulièrement l’analyse des médicaments et la galénique. Les compétences de Michel Hanocq dans le domaine de l’analyse et de la physico-chimie appliquées à l’étude des médicaments se développèrent très rapidement grâce à une activité de recherche soutenue tout en assumant d’importantes charges pédagogiques et logistiques au sein de son Alma Mater.

En 1986, suite à l’accession à l’éméritat du Professeur Molle,  Michel Hanocq prit la direction du laboratoire ainsi que des enseignements de toxicologie en plus de ses enseignements de chimie analytique qualitative et de chimie physique. Le laboratoire fut rebaptisé « Laboratoire de Chimie Bioanalytique, de Toxicologie et de Chimie physique appliquée aux Sciences pharmaceutiques ».  La thématique toxicologie permit à Michel Hanocq d’exprimer avec justesse toutes ses compétences acquises  en bioanalyse et en physico-chimie. Sa très bonne maîtrise des techniques chromatographiques  lui permit de mener à bien des études pharmacocinétiques originales chez le rat et la souris. Il consacra une partie importante de la suite de sa carrière de chercheur à la chimie cancérologique en apportant sa rigueur analytique aux résultats nuancés des travaux biologiques. Une collaboration avec des chercheurs des Facultés des Sciences et de Polytechnique de l’ULB a abouti à une série de publications montrant l’apport de l’analyse mathématique rigoureuse des profils pharmacocinétiques dans l’interprétation des résultats. Grâce à une collaboration avec le Dr Atassi, à l’époque chercheur au sein de l’Institut Bordet, Michel Hanocq, alors Président de l’Institut de Pharmacie, comprit très tôt l’importance de la mise en oeuvre des cultures cellulaires in vitro pour l’étude de la biotransformation des médicaments et pour l’étude de l’activité antitumorale et de la cytotocité de certaines substances d’intérêt pharmacologique. Dès 1986, il parvint à doter l’Institut de Pharmacie de trois salles de culture cellulaire. De nombreux jeunes chercheurs bénéficièrent et bénéficient encore à l’heure actuelle de ces installations.  Sous la direction de Michel Hanocq plusieurs études originales se soldèrent avec succès par des thèses en sciences pharmaceutiques.  Les travaux ont porté sur des lignées de cellules cancéreuses mais également sur des modèles de cellules hépatiques. Ces travaux ont contribué à améliorer la méthodologie des études pharmacocinétique. Plusieurs thèses furent consacrées à l’étude de l’importance des polyamines (putrescine, spermine et spermidine) dans les phénomènes de croissance in vitro des cellules sensibles et multirésistantes. Michel Hanocq aura été d’une aide précieuse en recherche pour plusieurs de nos collègues dont Marc Van Damme et Jean Nève. Il aura patronné les travaux de recherche de plusieurs jeunes qui occupent actuellement des fonctions importantes dans des firmes pharmaceutiques en Belgique (dont UCB et Pfizer) et à l’étranger (chez Lundbeck au Danemark). Trois de ses chercheurs ont suivi les pas du Maître à savoir à l’ULB le Professeur Jacques Dubois qui succéda à Michel Hanocq en 2000 et  le Professeur Pierre Duez qui succéda au Professeur Van Haelen et fut nommé titulaire de la chaire de pharmacognosie et au Burkina Faso  à la Faculté des Sciences de la Santé à Ouagadougou, le Professeur Issa Somé pour le cours de chimie analytique. Ouagadougou occupe un volet particulièrement important dans la carrière de Michel Hanocq pour son énorme contribution à la coopération au développement du Burkina. Celle-ci fut initiée en 1976 par notre cher Maître le Professeur Léopold Molle. Michel Hanocq fut impliqué dès le début dans cette extraordinaire aventure scientifique et humaine. Il a effectué plus d’une quinzaine de missions sur place dans le but notamment d’installer des unités pilotes d’extraction de plantes médicinales et de construire une unité de fabrication de médicaments destinés à une commercialisation locale. En plus de ses lourdes tâches pédagogiques et logistiques au sein de notre Institution, Michel Hanocq  mit à profit toutes ses compétences pour mener à bien la création du Département de Pharmacie au sein de la Faculté des Sciences de la Santé à Ouagadougou. En 1996, à Ougadougou, en présence d’une délégation de l’Institut de Pharmacie de l’ULB, il assista à la proclamation de la première promotion de pharmaciens issue d’un cycle d’étude complet. Il ressentit ce jour-là un sentiment de fierté et de grande satisfaction pour le travail accompli. A l’annonce du décès de Michel Hanocq, le Burkina Faso, par la voie de son Ambassadeur en Belgique et de celle du Doyen de la Faculté des Sciences de la Santé, a tenu à nous exprimer en cette douloureuse circonstance toute la sympathie et les profonds remerciements du peuple burkinabé envers Michel Hanocq pour je cite « son immense œuvre accomplie pour le développement du pays ».

Constamment au fait des percées scientifiques et soucieux de la mise en œuvre d’instrumentations performantes, Michel Hanocq modernisa l’enseignement et la recherche en bioanalyse et en toxicologie au sein de notre Institut. Ces travaux se sont concrétisés par plus de 140 publications scientifiques et par de nombreuses invitations à des congrès et séminaires. La présence de Michel Hanocq en tant qu’expert à la Commission belge d’enregistrement des médicaments humains et vétérinaires, à la Commission belge de la pharmacopée sont autant de reconnaissances de ses  hautes qualités scientifiques. De nombreuses distinctions honorifiques ont récompensé tant de mérites : Michel Hanocq fut nommé Grand Officier de l’Ordre de Léopold  et Commandeur de l’Ordre National du Burkina Faso. Son autorité dans le domaine des sciences pharmaceutiques lui valut d’être appelé dans les rangs de votre Compagnie en tant que Correspondant le 23 mai 1992 puis d’être promu Membre titulaire le 28 novembre 1998.

Le nouveau Millénaire vit Michel Hanocq, dans la foulée de son épouse, prendre sa retraite de manière un peu prématurée  mais avec la satisfaction d’une carrière universitaire bien remplie. Retraite ne signifia cependant pas arrêt brutal d’activité intellectuelle. Michel Hanocq continua à exercer certaines prestations d’expertise dans le secteur pharmaceutique tout en se consacrant  à diverses actions humanitaires. Il était un fervent défenseur du libre examen et de l’action laïque en Belgique et à l’étranger. Son implication active au sein de « l’Association pour un Liban Laïque » aura été un exemple d’engagement pour l’amour du bien et du juste.   

Je n’ai pas eu l’opportunité d’effectuer mes recherches sous la  direction éclairée de Michel Hanocq mais j’ai eu l’immense privilège de faire partie du cercle de ses amis. Nous avions en commun l’amour de la nature, l’attrait de la gastronomie et des plaisirs de la table. Quelle  merveille cette recette de foie gras « façon Michel Hanocq », quel plaisir les balades dans la forêt ardennaise errant sous les sapins à la recherche de monticules de cèpes de Bordeaux. Ici comme dans sa vie professionnelle, Michel ne ménageait pas ses efforts pour apprendre et se perfectionner : la recherche de la qualité et du travail bien fait furent en toutes circonstances son « leitmotiv ».  Ses conseils avisés resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Sous des dehors parfois un peu sévères, ceux qui avaient le privilège de bien le connaître savaient que Michel Hanocq cachait une grande sensibilité, un profond désir de comprendre autrui et de lui venir en aide.

Michel Hanocq, après plusieurs mois de pénibles souffrances, entouré des siens, a quitté notre monde  le 24 juillet 2012, à l’âge de 72 ans. Au-delà de l’éloge, son souvenir ne nous quittera pas. Nous partageons douloureusement la peine de Jacqueline, et de celle de Marianne et d’Olivier, de son beau-fils et de sa belle-fille ainsi que de son petit-fils Jonathan.

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