Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et résumé de Philippe De Wals

PRÉVENTION DES MALFORMATIONS CONGÉNITALES PAR LA PRISE DE SUPPLÉMENTS OU L’ENRICHISSEMENT DES ALIMENTS EN ACIDE FOLIQUE : L’EXPÉRIENCE NORD-AMÉRICAINE

par le Pr Ph. DE WALS (Université de Laval – Québec), Correspondant étranger.         

L’efficacité de suppléments d’acide folique (AF) pris durant la période qui entoure la conception pour diminuer le risque de survenue d’une anomalie du tube neural chez le fœtus, a été démontrée dans des essais cliniques randomisés et des interventions communautaires.  Des règlements imposant l’enrichissement en AF de nombreux produits céréaliers sont entrés en vigueur aux États-Unis le 1er janvier 1998 et au Canada le 11 novembre 1998.  L’enrichissement des aliments en AF  a été suivi par une augmentation des concentrations moyennes en folate dans les globules rouges au niveau de la population.  En moyenne, l’accroissement de l’apport alimentaire en AF chez les femmes en âge de procréer est de l’ordre de 150 µg par jour.  Aux États-Unis, la prévalence à la naissance du spina bifida a diminué de 31% entre la période précédant l’enrichissement et celle le suivant.  Au Canada, l’enrichissement a été suivi d’une diminution de 53% de la fréquence de spina bifida, de 38% de la fréquence d’anencéphalie et de 31% de celle d’encéphalocèle parmi les naissances et les interruptions de grossesse pour anomalie fœtale.  La diminution était d’autant plus importante que le taux de base était élevé dans une région.  Une analyse économique a montré que l’enrichissement des aliments était une mesure qui générait des bénéfices financiers de l’ordre de 400 millions de dollars par an aux États-Unis pour un coût de l’ordre de un centime par habitant.

Tant aux États-Unis qu’au Canada, on a observé une diminution de la mortalité par accident vasculaire cérébral suite à l’enrichissement des aliments en AF.  L’interprétation d’une telle association dans une étude de type écologique doit être prudente car de nombreux facteurs peuvent influencer la mortalité.  Des méta-analyses d’essais randomisés sur la thérapie par l’AF pour réduire le risque d’accident vasculaire cérébral ou d’autres maladies cardiovasculaires, ont donné des résultats ambigus.  Par ailleurs, une courte recrudescence de l’incidence du cancer colorectal a été observée suite à l’enrichissement aux États-Unis et au Canada.  De façon générale, les résultats d’études épidémiologiques sur les effets des suppléments vitaminiques contenant de l’acide folique indiquent une protection contre le cancer colorectal.  Au contraire, les résultats d’essais cliniques randomisés suggèrent que la consommation de suppléments d’AF à dose élevée pourrait augmenter le risque de cancer chez des personnes ayant des adénomes colorectaux.  Une théorie de la « double modulation » a été proposée.  Selon celle-ci, un apport alimentaire à faible dose d’AF aurait un effet protecteur avant l’installation de lésions précancéreuses, tandis qu’un apport alimentaire à forte dose accélérerait la transformation de ces lésions précancéreuses et la progression de la maladie.

Aujourd’hui, il existe un débat portant sur une série de questions : la dose d’AF supplémentaire à recommander aux femmes dans un contexte d’enrichissement, la pertinence d’une augmentation des doses d’AF  pour l’enrichissement des aliments,  l’efficacité et la faisabilité d’un enrichissement avec de la vitamine B12.  La seule question qui n’est pas discutée est celle de l’utilité de l’enrichissement des aliments en AF tel que pratiqué aujourd’hui. Les principales raisons qui expliquent l’inertie de l'Europe dans ce dossier seront analysées. 

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