Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et résumé de Patrick Chauvel

 

DÉJÀ VU ET RÉMINISCENCES : CE QUE NOUS APPREND L’ÉPILEPSIE

par le Pr P. CHAUVEL (Université d’Aix-Marseille – France), membre étranger.        

Le déjà vu est l’impression, subite et déconcertante, d’avoir déjà vécu, dans un passé indéfinissable, une situation identique à la situation présente, tout en ayant conscience que c’est impossible. Cette sensation est éprouvée par 60 à 80% des sujets jeunes, elle est aussi observée en pathologie neurologique, où elle s’associe à des phénomènes de réminiscence paroxystique ou de fausse reconnaissance avec confabulation. Dans certaines épilepsies, elle s’intègre à un tableau d’illusions ou hallucinations « expérientielles » ou état de rêve (« dreamy state », Jackson 1888). La mise en évidence de lésions ou les résultats des stimulations lors des interventions pour chirurgie de l’épilepsie ont conduit à localiser les structures responsables dans le lobe temporal. Puis les enregistrements intra-cérébraux au cours de crises comportant un déjà vu et/ou des remémorations paroxystiques ont mené à l’hypothèse d’une co-activation des régions limbiques (amygdale, hippocampe) et du néocortex temporal. Nos travaux récents ont permis de comprendre ces phénomènes comme résultant de couplages fonctionnels transitoires entre les aires temporo-basales (cortex entorhinal et périrhinal) et l’hippocampe. Déjà vu et état de rêve étant des désordres des processus de familiarité et de récollection, leur physiopathologie se discute soit comme l’altération de deux systèmes, l’un implémenté dans le cortex périrhinal et l’autre dans l’hippocampe (et leurs connexions), soit comme celle d’un seul réseau impliquant les deux systèmes activés à des niveaux de seuil différents.

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