Académie royale de Médecine de Belgique

|

Feu le Professeur Jean Mélon. - Vidéo

 

(Séance du 29 septembre 2012)

Eloge académique du Professeur Jean Mélon, membre honoraire

par le Pr Jean Fissette, membre titulaire. 

Le Professeur Jean Mélon est né le 30 septembre 1929 et décédé le 1er janvier 2012.C’est un privilège pour moi d’évoquer devant cette noble assemblée le souvenir de ce Collègue dont le parcours est exemplaire, tant sur le plan médical et scientifique que sur le plan humain.

Jean Mélon est né dans le Condroz. Son père était instituteur.  Après des humanités gréco-latines, il entame ses études médicales à l’Université de Liège où il obtient le diplôme de docteur en médecine en 1954.  Il s’est d’emblée orienté vers la spécialité ORL. Il est en effet interne de clinique O.R.L. pendant les troisième et quatrième doctorats avant de poursuivre le cycle complet de formation dans la spécialité à l’Université de Liège.

Ses qualités de clinicien, de chercheur et d’enseignant l’ont tout naturellement conduit à embrasser  la carrière universitaire dont il a gravi tous les échelons.

La thèse d’agrégation qu’il a défendue en 1967 portait sur « L’étude de l’activité sécrétoire de la muqueuse nasale ». Il a été reçu à l’unanimité.

Jean Mélon a abordé tous les sujets de la spécialité avec une prédilection pour l’allergologie, la pathologie trachéo-bronchique, la perméabilité nasale, l’otologie notamment pédiatrique et l’oto-neurologie. Tout au long de sa carrière il a accompli parfaitement et dans la plus grande conscience professionnelle ses tâches de clinicien, de chercheur et d’enseignant, aidé en cela par son sens et son souci de la précision, du respect des autres, de sa disponibilité, de ses qualités didactiques. Il était invariablement au service du patient, de l’étudiant, de l’Institution.

Il est l’auteur de plus de 160 publications dans des revues nationales et internationales.

On note dans sa bibliographie une trentaine de publications effectuées en collaboration avec les services de Physiologie (Pr. J. Lecomte) et de Biochimie (Pr. E. Schoffeniels) de l’Université de Liège. Elles concernaient essentiellement l’allergologie des voies respiratoires, l’influence sur la fonction et l’effet de diverses thérapeutiques.

De nombreuses autres publications concernent la pathologie ORL chez l’enfant. D’autres encore concernent plus particulièrement l’otoneurologie, ou encore l’audiophonologie, la bronchologie et l’oesophagologie.

Pendant toute son activité universitaire, Jean Mélon a contribué largement à la formation des spécialistes ORL et veillé au développement de la spécialité dans les techniques nouvelles d’exploration et les traitements chirurgicaux ou médicaux.

Il entretenait des liens à la fois courtois et efficaces avec ses assistants et ses collaborateurs. Ses relations avec les collègues d’autres spécialités n’étaient jamais conflictuelles.

Jean Mélon était un grand travailleur. Son activité était loin de s’arrêter  à la partie clinique, à l’enseignement aux étudiants, à la gestion de son service et à la formation des assistants.

A la lecture de son curriculum vitae, outre les publications qui viennent d’être évoquées, on remarque le nombre important de sociétés scientifiques nationales et internationales dont il était membre depuis la Société Belge d’ORL et de Chirurgie cervico-faciale dont a été le Président en 1983 jusqu’à l’Académie Européenne d’Allergologie en passant par la Société Française d’ORL et de Pathologie Cervico-faciale, la Société Européenne de Rhinologie et bien d’autres encore.

Last but not least, il a été nommé membre Correspondant de notre Académie royale de Médecine en 1983 puis membre titulaire en 1999.

Il convient de souligner qu’il faisait activement partie d’autres commissions, par exemple le Fonds des Maladies Professionnelles, le Centre Anticancéreux près de l’Université de Liège, la Commission d’Ethique de l’Université de Liège, la Ligue Belge pour la Surdité et la Santé Mentale, le Comité d’Accompagnement destiné à coordonner les travaux et les recherches sur l’enseignement aux enfants aphasiques et dysphasiques.  Il apportait toute sa compétence dans ces diverses instances.  Il entretenait de nombreux contacts avec ses collègues étrangers… Principalement en France, au Royaume-Uni et aux USA.

Pour mieux cerner la personnalité de Jean Mélon, je me suis permis de m’adresser à son beau-frère, le Dr. Hadelin Hainaut. Ce médecin, actuellement retraité, est une des sommités  en pédiatrie de notre région où il dirigeait une clinique pédiatrique dont la renommée dépassait, et de loin, les frontières régionales. Il connaît très bien le Professeur Mélon pour des raisons professionnelles et familiales. Il a fait appel à ses services dès la fin des années 50, époque où les pathologies infantiles étaient différentes en nombre et en gravité : la tuberculose et la poliomyélite pour ne citer que celles-là et dont on mesure mal maintenant les ravages qu’elles ont causés. Parmi les nombreuses qualités qu’il trouvait chez Jean Melon, les principales qu’il épingle étaient le caractère systématique et extrêmement précis de l’examen et, par conséquent, du diagnostic.

Les moyens d’investigations n’étaient guère aussi développés qu’actuellement.

A titre d’exemple, on ne disposait que d’endoscopes rigides et Jean Melon les utilisait avec un soin et une habileté exceptionnelle.

Pour l’assistance respiratoire des enfants poliomyélitiques, l’intubation ou le poumon d’acier ne convenait pas. Au cours de l’importante épidémie qui avait ravagé le Danemark vers les années 1955, la technique de trachéotomie avait été mise au point et Jean Mélon l’appliquait avec beaucoup de compétence chez les enfants. Elle était également utilisée dans les cas d’épiglottite aiguë, diphtérie (cordes vocales), laryngites aiguës, etc.

Outre ses qualités techniques, il était très disponible et très attentif aux patients dont il avait la charge.

Sur un plan plus personnel une des ses qualités était la discrétion, la réserve. Il était très attaché à sa famille, son épouse (la sœur du Dr. Hainaut) et ses quatre enfants. Il aimait lire et plus particulièrement la littérature française classique, mais aimait également le jardinage et était colombophile à ses heures.

Mme Mélon l’a toujours épaulé et comprenait les nombreuses charges professionnelles qui étaient celles de son époux.

J'aimerais citer quelques phrases dites par son successeur Jean-Pierre Demanez au moment de sa retraite :

« Nous retiendrons de Jean Mélon le contraste entre, d’une part sa puissance de travail et l’étendue de sa connaissance de la spécialité, et, d’autre part, la discrétion de son comportement. A son départ du service, ses collaborateurs et assistants se sont inquiétés du départ d’une de leur principale source de référence scientifique. Dès le lendemain, à l’occasion d’un verre de l’amitié, nous le découvrions lui et son épouse, discrètement assis dans un recoin du service. »

Jean-Pierre Demanez conclut par ces mots : « J’ignore s’il existe des paradis et où ils se trouvent. J’en connais au moins un : celui qui est dans le cœur de ceux qui restent. Celui-là, Monsieur, vous en êtes assuré ».

__________________________