Académie royale de Médecine de Belgique

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Professeur Théophile Godfraind

Animals containing human material (ACHMs).

Report of the Academy of Medical Sciences, London, UK. July 2011, 143 pages.

 

Ce Rapport rassemble et résume les connaissances relatives au transfert d'ADN humain et à la greffe de cellules souches humaines en vue de la création d’animaux contenant du matériel humain (ACHMs). Il est l’œuvre d’un comité de l’Académie des Sciences Médicales du Royaume-Uni qui a été  présidé par le Professeur Martin Bobrow de l’Université de Cambridge. Selon les Rapporteurs, la modification génétique des animaux peut poser des problèmes aux points de vue sociétal, éthique et juridique ; ce qui est amplement discuté dans le Rapport.

Parmi les ACHMs, les Rapporteurs de l’Académie distinguent les animaux altérés génétiquement (transgéniques), les chimères et les hybrides. Evitant les recherches expérimentales chez l’humain, les ACHMs permettent la caractérisation de propriétés physiologiques humaines et de leur altération par la maladie, ce qui n’est possible ni par l’usage de cellules en culture ni par des simulations par ordinateur. Les ACHMs ne servent pas seulement aux études fonctionnelles mais aussi à l’essai pharmacologique et à l’étude du métabolisme des médicaments ainsi qu’à la production de protéines humaines. C’est ainsi que l’introduction de cellules souches hématopoïétiques humaines chez les souris permet au système immunitaire des souris chimériques de produire des anticorps humanisés qui peuvent servir en thérapeutique.

Une consultation portant sur 1.100 personnes a été organisée afin de mettre en évidence la réaction du public à l’usage d’ACHMs. A ce jour les ACHMs présentent des changements phénotypiques uniquement décelables par des méthodes biomédicales. Ceux-ci semblent généralement être admis par la population qui ne peut les détecter. Toutefois, il en serait autrement quand on considère des modifications phénotypiques immédiatement perçues comme l’apparence externe ou les transformations comportementales qui rappellent des caractéristiques humaines. Ainsi, dans le cas de l’humanisation des primates non humains, une fraction importante des sujets sondés rejette le projet éventuel d’obtenir des primates avec une peau humaine.

Le souhait des Rapporteurs est que leur travail suscite une extension de leurs réflexions éthiques au niveau international afin de définir des standards internationaux appropriés. Dans notre pays, cette réflexion devrait prendre en compte les dispositions légales et la sensibilité de la population. La loi belge du 11 mai 2003 relative à la recherche sur les embryons in vitro interdit dans son article 5 la création de chimères et d’êtres hybrides mais n’en donne aucune définition. Peut-on considérer que cet article 5 s’étend à la création d’animaux contenant du matériel humain ? D’autres questions se posent à propos de la législation belge. A titre d’exemple, au Royaume-Uni des recherches sont en cours sur la préservation de cellules testiculaires humaines par leur implantation chez l’animal avant les traitements pour cancer. Cela implique la réimplantation de ce tissu après traitement car le produit spermatique obtenu à partir des greffons chez l’animal, ne peut être utilisé pour l’insémination ou la fécondation in vitro ainsi que spécifié dans la législation britannique. Qu’en serait-il en Belgique ? Ces questions méritent d’être débattues.

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