Académie royale de Médecine de Belgique

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In Memoriam Pr Jean Nordmann, membre honoraire étranger

(Séance du 28 février 1981) 

In Memoriam Professeur Jean NORDMANN, membre honoraire étranger,

par le Professeur Maurice APPELMANS, membre titulaire.

En 1936, quinze ans avant la découverte de l’ophtalmoscope, Victor Stoeber créa à Strabourg la première chaire française d’Oculistique. En 1837, il publia un « Manuel pratique d’Ophtalmologie », édité à Bruxelles, par la Société encyclographique des Sciences. La guerre franco-allemande de 1870 fut mortelle pour l’Université strasbourgeoise. Elle ressuscita en 1918 à la libération de l’Alsace.

Jean Nordmann, né à Colmar le 25 août 1896, étudia la Médecine à Strasbourg. En 1932, il fut reçu à l’écrit, agrégé d’Ophtalmologie. Il est l’auteur ou le coauteur de 250 publications dont la moitié ont rapport à la biologie et à la pathologie du cristallin.

Avec son maître Weill, il étudia la cataracte tétanique et endocrinienne. Observateur minutieux, il a décrit les prodromes bio-microscopiques des caractères séniles. Expérimentateur prudent, il explora l’opacification du cristallin chez le rat et le lapin, après ingestion de naphtaline et après parathyroïdectomie. Ses recherches au laboratoire de Vles, sur les potentiels d’oxydoréduction de l’humeur aqueuse, en collaboration avec Riess, aboutirent à la conclusion que le glucose et la vitamine C participent à la nutrition du cristallin.

En 1939, l’Université fut évacuée à Clermont-Ferrand. C’est en cette ville d’Auvergne qu’Emile Duclaux entreprit ses mémorables recherches sur les diastases et la dégradation du glucose. La lumière et spécialement les radiations de faible longueur d’onde détruisent les diastases.

Après le conflit de 1939-1945, Nordmann, en collaboration avec Mandel, reprend l’étude du métabolisme des glucides et des acides aminés. Ces travaux ont démontré que la protéosynthèse pathologique précède les prodromes bio-microscopiques de la cataracte sénile. Le temps de latence varie suivant des dispositions génétiques.

Le mystère de la sénescence et de la mort du cristallin n’est pas élucidé depuis le monologue d’Avicenne sur « l’humeur cristalline ».

En 1966, au congrès de la Société française d’Ophtalmologie, Nordmann et Gerhard ont accrédité l’opinion que l’association cataracte et dermatose allergique « n’est pas coïncidentielle mais réelle.

L’école de Strasbourg publia des travaux sur l’adaptométrie aux différentes intensités lumineuses, sur les tumeurs malignes de l’uvée, sur la tonométrie en cas de glaucome.

Correspondant de l’Académie royale de Médecine depuis 1961, M. Nordmann fut promu Membre honoraire en 1978. Il occupa la tribune en 1962, pour une excellente lecture sur la cataracte galactosémique.

Admis à l’éméritat, notre Collègue continua à fréquenter le service de M. Bronner, son successeur à la chaire de Clinique ophtalmologique. Passionné d’art et de sciences, Jean Nordmann laisse le souvenir d’un homme probe, à la recherche de la vérité.

Excellent orateur, il n’hésitait pas à prononcer des critiques constructives, appuyées sur des documents inédits et sur sa vaste érudition clinique et scientifique. Son humour souriant, primesautier, rendait ses interventions savoureuses et instructives.

Avec notre ami Charles Thomas, de Nancy, Nordmann contribua à garder des liens privilégiés entre la Société de l’Est et la Société belge d’Ophtalmologie.

Ses mérites personnels lui valurent la médaille d’or Ciricione de la Société italienne et la médaille Cavara de la Société romaine d’Ophtalmologie. La Fondation française de la recherche médicale lui décerna le Prix Colle. Il était Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier d’Académie et membre d’innombrables sociétés scientifiques.

Le nom de Nordmann restera attaché à la pathologie du cristallin. En 1832, A. von Nordmann, d’Odessa, a décrit la Filaria oculi humani et la Monostoma lentis. Au siècle suivant, Jean Nordmann consacra sa vie à l’étude de l’opacification de la lentille cristallinienne.