Académie royale de Médecine de Belgique

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In Memoriam Pr Fernand Schoenaers, membre titulaire

(Séance du 28 février 1981)  

In Memoriam Professeur Fernand SCHOENAERS, membre titulaire,

par le Professeur Albert D. LOUSSE, membre titulaire.

Fernand Schoenaers s’est éteint, à son domicile, dans la matinée du 7 février dernier. La nouvelle de son décès a ébranlé la Faculté, comme l’aurait ébranlée un violent coup de tonnerre éclatant dans le ciel tout bleu, que la veille encore, notre Collègue, infiniment regretté, illuminait de son sourire radieux.

Plus tard, dans une autre occasion, quand l’émotion sera un peu apaisée, la carrière de notre savant ami sera retracée. Il vous sera dit tout ce que M. Schoenaers a fait et comment il l’a fait. Aujourd’hui je voudrais simplement rappeler ce qu’a été le Collègue que nous avons côtoyé presque jusqu’à son dernier jour, comment était celui qui fut mon collaborateur, peut-être le plus intime, pendant près de quatre décennies.

M. Schoenaers était un homme au raisonnement juste, rigoureux et limpide, par conséquent au jugement sûr et aux décisions fermes. Proscrivant toute compromission, incapable de la moindre faiblesse, il a mené une existence toute droite et sans doute très dure. Mais dur, il l’était d’abord pour lui-même, il ne devenait exigeant pour les autres, qu’après.

Il était habité par la plus belle des qualités qui soit, celle dont dépendent toutes les autres : son désintéressement était proverbial. Il avait merveilleusement réussi dans l’art pourtant difficile d’allier la rigueur et la franchise à une urbanité exquise et attirante.

A une distinction innée, M. Schoenaers ajoutait une discrétion exemplaire qui l’avait incité, il y a très peu de temps, à renoncer à toutes les manifestations qui auraient dû être organisées à l’occasion de son admission à l’éméritat. A force d’ingéniosité et de patience, j’ai réussi à lui imposer d’entendre nos remerciements. En quelques mots très brefs, j’ai pu souligner tout ce à quoi sa retraite mettait fin. Mais ai-je eu le bonheur de lui dire : « Maintenant que tout cela a pris fin, il nous reste l’essentiel, l’essentiel qui ne finira qu’avec nous, c’est-à-dire, une très longue, une très solide et très fidèle amitié ». Aujourd’hui, même l’essentiel n’est plus. Il nous reste plus que le souvenir d’un Collègue d’élite, d’un homme et d’un Académicien particulièrement distingué.