Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et résumé d'Albert Beckers


Le Secret des Géants

Au cours des années 90,  nous avons mis en évidence une nouvelle forme d’adénomes hypophysaires familiaux que nous avons désignée par l’acronyme FIPA pour Familial Isolated Pituitary Adenomas.

Dans ces familles, on peut trouver plusieurs patients atteints d’adénomes hypophysaires éventuellement de types variés. Mais il n’y a pas d’autres organes affectés, à l’inverse de ce qui se passe dans le syndrome NEM1 ou le Complexe de Carney.

En 2006, une équipe finlandaise publiait l’association de mutation du gène AIP avec des adénomes hypophysaires familiaux. Une étude de nos familles FIPA a montré que 20% des patients présentent une mutation du gène AIP.
Les patients avec mutations AIP présentent souvent des adénomes sécrétant l’hormone de croissance (responsable de l’acromégalie) et plus surprenant, ces adénomes surviennent beaucoup plus tôt dans la vie (vers 15-20 ans) que les adénomes à GH AIP négatif qui surviennent plutôt vers l’âge de 40 ans. C’est pour cette raison que les mutations du gène AIP sont souvent responsables de gigantisme (la tumeur sécrétant un excès d’hormone avant la fusion des cartilages de conjugaison).
C’est ainsi que nous avons été confrontés à un grand nombre de géants, ce qui nous a décidé à entreprendre des études ciblées sur le gigantisme.

Le gigantisme hypophysaire est une maladie extrêmement rare et il était dès lors impossible d’aborder le sujet sans une étude internationale. Nous avons ainsi rapporté les données de 208 géants. Dans 5% des cas le gigantisme est causé par un syndrome de McCune-Albright (mutation de GS alpha distribuée en mosaïque) et dans 30% par une mutation du gène AIP. Dans 10%, nous avons mis au jour une nouvelle cause génétique qui consiste en une duplication du gène GPR101. La duplication de ce gène entraîne la formation d’un adénome hypophysaire à un âge précoce (toujours avant l’âge de 3 ans) accompagné d’une hypersécrétion extrême d’hormone de croissance, ce qui conduit ces patients vers les plus grandes tailles jamais observées chez les humains (jusqu’à 2m72).
Les mécanismes impliqués sont partiellement élucidés.

En conclusion, le gigantisme est une condition qui a depuis toujours intéressé les artistes en tous genres, mais aucune étude scientifique n’avait été réalisée jusqu’à très récemment. Nos travaux ont permis de connaître la cause génétique responsable dans environ 50% des cas et de mettre au jour la cause des plus grands gigantismes.