Académie royale de Médecine de Belgique

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Discours Jacques Crommen, Président élu pour 2020


Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues,

Mesdames, Messieurs en vos titres et qualités,

Au moment d’accéder à la présidence de notre Compagnie, je tiens à vous remercier chaleureusement pour la confiance que vous m’accordez. J’espère m’en montrer digne.

Croyez bien que je mesure pleinement l’honneur et l’importance de la charge que vous me confiez. C’est cependant avec optimisme et détermination que j’entame cette année de présidence car je sais que je ne suis pas seul et que je pourrai compter sur l’aide précieuse de notre Secrétaire perpétuel, ainsi que sur la collaboration efficace et bienveillante des vice-présidents, des autres membres du Bureau, et aussi, je l’espère, de vous tous.

Qu’il me soit permis ici de rendre hommage aux Professeurs Bosly et Schill qui ont joué un rôle déterminant dans l’évolution de ma carrière scientifique et académique. Jean Bosly, membre titulaire de notre Compagnie et dont j’ai eu l’honneur de prononcer l’éloge académique en 2015, a été mon Maître à l’Université de Liège. Il m’a inculqué, entre autres, le sens de la rigueur, de la précision et de la persévérance. Göran Schill, Professeur au Centre Biomédical de l’Université d’Uppsala et membre étranger de notre Académie, a été mon mentor. Il m’a fait profiter de sa vaste expérience dans le domaine des sciences séparatives et m’a communiqué sa passion pour la recherche.

Au cours de ces cinq dernières années passées au sein du Bureau, d’abord en tant qu’assesseur, puis comme vice-président, j’ai eu l’occasion de côtoyer deux Secrétaires perpétuels, Augustin Ferrant et Jean-Michel Foidart, dont j’ai pu apprécier à maintes reprises l’efficacité, le dynamisme et l’énorme capacité de travail. Leur dévouement sans relâche mérite vraiment notre reconnaissance. J’ai aussi connu cinq présidents, Jacques Brotchi, Jacques Melin, Gustave Moonen, Danièle Balériaux et Pierre Coulie, qui ont chacun à leur manière et avec leurs qualités propres, marqué de leur empreinte les activités de notre Compagnie. Mais c’est plus particulièrement à Pierre Coulie, notre président sortant que je voudrais m’adresser :

Mon Cher Pierre,

Je suis certain d’être l’interprète de tous les membres de notre Académie en te félicitant et te remerciant très chaleureusement pour la manière exceptionnelle – et le mot n’est pas trop fort – dont tu as rempli ta mission de président. Tu nous as impressionnés par ton aisance et par l’élégance et la pertinence de tes discours et de tes interventions. Tes suggestions et initiatives ont toujours été judicieuses : je tiens par exemple à rappeler que c’est grâce à toi que nous disposons enfin d’une installation audio-visuelle digne de ce nom. Mais ce que j’ai apprécié par-dessous tout, et je ne suis certainement pas le seul, c’est ta « cool (Coulie ?) attitude » et ton humour spontané qui ont largement contribué à créer une atmosphère détendue et conviviale tant lors de nos réunions du Bureau que lors de nos séances publiques. Bref, je pense que ta présidence a vraiment frisé la perfection. Ce ne sera pas facile de succéder à une personnalité aussi brillante que la tienne mais je ferai de mon mieux.

En ce début d’année, les sujets d’inquiétude et les travaux à accomplir ne manquent pas. Il convient notamment de trouver des pistes de solution concrètes concernant la pénurie de médecins-chercheurs et plus spécifiquement de cliniciens-chercheurs, qui pourrait devenir réellement préoccupante si l’on n’y prend garde. Le problème n’est pas neuf et il n’est pas propre à la Belgique comme nous l’a exposé récemment le Professeur Boulpaep, qui, comme vous le savez, vient d’être élu membre étranger de notre Compagnie. Nos Collègues Jacques Boniver et Gustave Moonen nous ont grandement facilité la tâche en rédigeant une note détaillée qui constitue un excellent document de travail pour la Commission ad hoc et je les en remercie vivement.

L’évènement phare de cette année sera sans conteste le symposium organisé conjointement le 15 mai par l’ARMB, la KAGB et l’Académie Royale de Belgique à l’occasion du centenaire de la remise du Prix Nobel à Jules Bordet le 28 octobre 1920. Alors que les immenses progrès en immunologie ont conduit à des avancées remarquables tant en médecine préventive que curative, il est vraiment regrettable de constater que la méfiance à l’égard de la vaccination, alimentée par les messages anti-vaccins qui pullulent sur les réseaux sociaux, est loin de s’estomper et devient même un réel danger pour la santé publique mondiale. L’OMS classe en effet la réticence ou le refus face à la vaccination, donc le comportement de l’Homme lui-même, parmi les dix plus grandes menaces qui pèsent sur la santé de l’Humanité. C’est là un des nombreux paradoxes de notre époque.

C’est peu dire que les progrès spectaculaires des nouvelles technologies telles que la génomique et autres « omics », la médecine personnalisée, l’intelligence artificielle, les mégadonnées numériques (ou big data), vont révolutionner la pratique médicale, la formation des différents prestataires de soin ainsi que l’ensemble de notre système de santé. Ces nouvelles technologies posent également un certain nombre de questions d’ordre éthique, sociétal et économique qu’il est souhaitable d’aborder prochainement à cette tribune.

La problématique des compléments alimentaires à base de plantes dans lesquels des principes actifs comme la sibutramine ou un des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 sont ajoutés frauduleusement, reste malheureusement encore d’actualité, en particulier lorsque ces produits sont achetés sur internet. D’autre part, des plantes médicinales peuvent également entraîner des risques graves pour la santé lorsque leur absence de toxicité n’a pas été démontrée, comme l’a encore rappelé tout récemment le Professeur Jean-Louis Vanherweghem à propos de certaines plantes chinoises. Ces thématiques mériteraient aussi, me semble-t-il, d’être discutées plus en détail au sein de cette assemblée. 

Par ailleurs, une rencontre entre notre Compagnie et l’Académie Nationale de Pharmacie de France est prévue fin novembre lors de la séance du Président. De plus, suite aux nombreux contacts initiés par notre Secrétaire perpétuel, nous espérons pouvoir également organiser cette année une séance commune avec la Classe Technologie et Société de l’Académie Royale de Belgique.

Enfin, je me réjouis de retrouver au Bureau, outre notre Secrétaire perpétuel, Georges Casimir, premier vice-président, Isabelle Salmon et André Scheen, dont j’ai pu apprécier l’amabilité, la participation active et les commentaires pertinents. Je suis également heureux de souhaiter la bienvenue aux deux nouveaux membres, Stefan Constantinescu, deuxième vice-président et vice-président de la FEAM, et Etienne Marbaix, qui, j’en suis sûr, nous feront également profiter de leurs conseils avisés.

Miguel de Cervantes disait : « Soyez bref, car les discours qui n’en finissent pas ne plaisent pas ». Aussi, je me contenterai à présent de vous remercier à nouveau et de vous souhaiter à toutes et tous, mes meilleurs vœux au seuil de cette année qu’ensemble nous tenterons de rendre stimulante et enrichissante pour notre Compagnie.