Académie royale de Médecine de Belgique

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Michelle Nisolle. (Endométriose). Concours ordinaire de la troisième Section 2018 - Présentateur + Résumé

PRIX DU CONCOURS ORDINAIRE DE LA TROISIÈME SECTION 2018  

PRÉSENTATION DE Mme le Dr M. NISOLLE,     

LAURÉATE DU CONCOURS ORDINAIRE DE LA TROISIÈME SECTION 2018      

(En réponse à la demande de nouvelles recherches sur l’identification de biomarqueurs sanguins de l’endométriose).

par

Ulysse GASPARD, membre honoraire  

L’auteure, le Professeur Nisolle, est cheffe du Département de Gynécologie Obstétrique de l’ULiege. Elle présente un important CV, dominé par ses recherches cliniques sur l’endométriose, dont elle est considérée comme un expert de niveau international.

Le diagnostic de cette maladie est souvent difficile à établir, demandant parfois un délai de cinq à dix ans, et la plupart du temps, nécessitant pour certitude la réalisation d’une laparoscopie abdomino pelvienne. Etablir un diagnostic précoce non invasif, basé sur une combinaison de marqueurs protéiques urinaires et sériques serait idéal.

L’analyse des micro-ARNs (miARNs) relargués par les cellules endométriales/endométriosiques pourrait permettre l’identification de leurs protéines cibles, tandis que la métabolomique permettra de valider l’implication de certaines protéines ; la combinaison des deux approches pourra fournir un profil protéique diagnostique non-invasif.

A partir d’une population clinique importante (187 patientes endométriosiques vs 72 patientes témoins matchées), les miARNs relargués au niveau sanguin et urinaire ont été extraits et quantifiés  notamment par RT-qPCR, en provenance de patientes avec endomètre eutopique et ectopique (endométriose).

Les profils obtenus ( alors qu’il n’existe à ce jour qu’une seule étude antérieure dans ce domaine) montrent une dérégulation spécifique des profils d’expression, et l’étude rapportée ici distingue une différence très significative de 9 miRNAs entre endométriose et témoins, une observation originale.

Par la suite, l’identification des protéines cibles permettra de valider leur implication à titre diagnostique

Le Jury a considéré que la candidate et son travail scientifique étaient recevables.

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IDENTIFICATION DE BIOMARQUEURS SANGUINS DE L’ENDOMÉTRIOSE

par

Mme  le Dr Michelle NISOLLE (UCLouvain, ULiège) 

L’endométriose est une pathologie bénigne, affectant la femme jeune en âge de reproduction. Elle est définie par la présence de tissu endométrial en dehors de la cavité utérine. Alors que les symptômes de l’endométriose sont typiquement des douleurs associées aux menstruations (dysménorrhée), aux relations sexuelles (dyspareunie profonde) et à la défécation (dyschésie), le diagnostic est généralement posé après un délai variant de cinq à dix ans en Europe.

Le but de nos travaux est d’établir une méthode de diagnostic non invasif et précoce de l’endométriose grâce à l’identification de biomarqueurs protéiques sériques.

En effet, les données récentes de la littérature montrent une dérégulation spécifique des profils d’expression de miARN dans les endomètres eutopiques par rapport aux lésions d’endométriose péritonéale et ovarienne.

Certains miARNs seraient liés à la pathogenèse de l’endométriose et représenteraient de bons marqueurs potentiels de cette pathologie. Plus récemment, au niveau sanguin, des différences pour miR 17-5p, miR-20a et miR-22 ont également été confirmées entre les patientes présentant de l’endométriose et les patientes n’en présentant pas.

Nos travaux de recherche réalisés au sein du LBTD (Laboratory of Tumor and Development Biology, GIGA) à l’Université de Liège sous la supervision du Dr C Munaut ont été subventionnés par la Région Wallonne (WB-Health). En collaboration avec le Service de Statistique de l’UCL, nous avons pu identifier certains biomarqueurs sanguins de l’endométriose qui doivent être validés ultérieurement.

Pour obtenir ces résultats préliminaires, nous avons sélectionné deux cohortes de patientes :

une population présentant des symptômes ou un diagnostic d’endométriose et pour laquelle une intervention chirurgicale était indiquée ;

une population de patientes ne présentant pas d’endométriose et opérées pour une pathologie bénigne constituant notre groupe témoin.

Les analyses statistiques des données cliniques n’ont pas permis de démontrer des différences significatives entre les groupes si ce n’est l’âge des participantes. En effet les patientes du groupe témoin étaient plus âgées en raison des critères d’inclusion dans l’étude.

En comparant les miRs pour le groupe endométriose et témoin, nous avons constaté une différence significative pour les miRs suivants : miR21-5p, miR191-5p, miR195-5p, miR17-5p, miR145-5p, miR10b-5p, let7b, miR135a-5p et miR451.

Au terme de ces travaux réalisés au sein de l’Université de Liège, nous pouvons conclure que nous avons mis en place une collecte standardisée pour recruter les fluides biologiques des patientes atteintes d’endométriose. Les analyses des miRs circulants des patientes ont laissé apparaître une plus grande hétérogénéité au sein de la population « contrôle » en comparaison avec les patientes atteintes d’endométriose. Nous validons néanmoins l’expression différentielle de certains miRs (miR21-5p, miR191-5p, miR195-5p, miR17-5p, miR145-5p, miR10b-5p, let7b, miR135a-5p et miR451). Ces biomarqueurs seront probablement de potentiels indices de la présence d’endométriose chez la femme.

La prochaine étape de notre recherche concernera la validation sur de nouveaux échantillons des marqueurs déjà identifiés au cours des travaux ci-dessus. Dans ce but, une nouvelle cohorte de patientes sera sélectionnée et la recherche des biomarqueurs identifiés sera réalisée selon la même procédure.

Ces travaux de recherche permettraient de poser un diagnostic de l’affection plus précocement et de limiter l’errance diagnostique que nous observons actuellement et dont les conséquences sont non seulement d’ordre physique mais également sexuel et psychologique.