Académie royale de Médecine de Belgique

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Alexandra Gatin. Prix Jeanne et Marie François 2016 - Vidéo + Présentation + Résumé

FONDATIONS ACADÉMIQUES

PRIX JEANNE ET MARIE FRANÇOIS 2016

 PRÉSENTATION DE Mme le Dr A. GATIN  

LAURÉATE DU PRIX JEANNE ET MARIE FRANÇOIS 2016

 par

 D. GIET, membre titulaire

Selon son règlement, le Prix Jeanne et Marie François récompense les meilleurs travaux, en langue française ou anglaise, sur "l'étude approfondie de la guérison du cancer, la guérison de la tuberculose et la stomatologie ou la médecine générale ».

Le Jury pour le Prix 2016 était composé des Professeurs Dominique Lamy, Marco Schetgen et Didier Giet.

Le choix unanime du Jury s’est porté sur le travail de Madame Alexandra Gatin, intitulé  « Comment le médecin généraliste réagit-il face à une demande d’euthanasie ? Étude qualitative en province du Luxembourg, Belgique ».

Madame Alexandra Gatin est médecin généraliste diplômée de l’UCL en 2014, elle exerce en pratique associative à Barvaux, au cœur de la vallée de l’Ourthe.

Le travail de Madame Gatin a été mené avec le soutien du Docteur Jean Laperche, son Maître de stage et du Docteur Dagneaux. Il porte sur un domaine qui concerne grandement la Médecine générale mais également tous les médecins sans distinction.

Comme vous le savez tous, en 2002, la Belgique s’est dotée d’une législation en matière d’euthanasie qui interpelle la pratique de chaque médecin. Cette Loi a bien évidemment induit de profondes modifications dans les relations qui s’établissent entre le patient et son médecin. Les médecins de famille sont particulièrement concernés puisqu’un peu plus de la moitié des euthanasies sont pratiquées dans le lieu de vie du patient, à l’intervention du médecin de famille.

Madame Gatin apporte une contribution intéressante et originale en ce domaine. Elle explore la manière dont les médecins généralistes gèrent la demande d’euthanasie d’un point de vue émotionnel et analyse les difficultés et les obstacles qu’ils rencontrent.

Pour terminer cette brève introduction, il me plaît de souligner qu’il s’agit d’une recherche qualitative, secteur de la recherche scientifique peu connu dans les milieux médicaux : elle vise donc à comprendre plutôt qu’à démontrer. Je laisse bien sûr le soin à la lauréate de vous en dire plus.

Madame Gatin, je me fais l’interprète des membres du Jury pour vous adresser toutes nos félicitations et vous souhaiter une fructueuse carrière.­­­­­­­­­­­­­­­­­­­

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 Dépénalisation de l’acte d’euthanasie depuis 2002: Comment le médecin généraliste réagit-il face à une demande d’euthanasie ?

Étude qualitative en province du Luxembourg - Belgique

 par

Mme le Dr Alexandra GATIN (UCL)  

Depuis la dépénalisation de l’euthanasie en Belgique en 2002, les demandes d’euthanasie ne cessent d’augmenter. Dans la majorité des cas, la première personne à être consultée est un médecin généraliste. Son rôle est donc primordial dans l’abord et la gestion d’une demande d’euthanasie. Le médecin généraliste belge est-il préparé à ce type de demande et suffisamment armé pour y répondre ?  Qu’en est-il de sa subjectivité et de son vécu lorsqu’il y est confronté ?

Le but du travail réalisé est de décrire la façon dont le praticien gère la demande au niveau émotionnel et d’identifier les obstacles qu’il rencontre et les ressources sur lesquelles il s’appuie pour répondre à cette requête. Nous avons effectué une étude qualitative en province du Luxembourg : dix entretiens semi-dirigés pour interviewer des médecins généralistes de la région pratiquant de manière variée ont été réalisés sur base d’un questionnaire validé. Le contenu des entretiens a été enregistré, retranscrit puis analysé selon la méthode de la « grounted theory » pour en extraire des codes puis des catégories en réponse aux questions de recherche.

Les résultats de notre enquête montrent que la dépénalisation de l’acte d’euthanasie permet à la fois au patient et au médecin d’aborder plus facilement le sujet de la fin de vie. La relation entre le médecin généraliste et son patient parait très forte dans le cas d’une demande d’euthanasie ; elle est particulièrement centrée sur le malade. Les émotions du médecin confronté à cette demande varient au cours de sa carrière et plutôt selon les expériences vécues et les valeurs personnelles qu’en fonction de l’appartenance religieuse. Les ressources relationnelles ont une importance considérable pour le médecin. La non légitimité ressentie à l’idée de mettre un terme à la vie de quelqu’un, le risque de toute puissance et l’aspect technique de l’acte sont les principaux obstacles rencontrés par le praticien qui accompagne le patient dans sa démarche d’euthanasie.

La fin de vie et plus particulièrement l’euthanasie sont actuellement des sujets abordés aisément par le patient et son médecin de famille. L’acte d’euthanasie est appréhendé par beaucoup de médecins et pratiqué par certains par respect pour leurs patients mais il reste un acte violent et difficile à vivre émotionnellement. Le praticien pourrait être davantage accompagné et soutenu dans cette démarche d’euthanasie.