Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport médical coordonné d'une population exposée à une pollution environnementale

Avis de l’Académie royale de Médecine de Belgique concernant le dossier :

« Suivi médical coordonné d’une population exposée à une pollution environnementale »,

 Sollicité par Madame Laurette ONKELINX, Ministre-Présidente du Gouvernement de la Communauté Française en date du 23 mars 1999 (références 99/LO/C4/CL/ip/2489).

Faisant suite à la demande de Madame la Ministre-Présidente, l’Académie royale de Médecine de Belgique a décidé en sa séance ordinaire du samedi 27 mars 1999 de soumettre le problème à l’expertise d’une Commission constituée en son sein et composée des professeurs J. Boniver (ULg), T. Boon (UCL), R. Lauverys (UCL), J. Néve (ULB, faisant fonction de secrétaire) et G. Vassart (ULB). Après réception d’un premier document de travail intitulé « Brochure d’information quant au suivi médical coordonné et aux analyses d’échanges de chromatides sœurs réalisés au sein de la population exposée à la pollution de la décharge de Mellery », les experts ont souhaité disposer du rapport définitif de l’étude intitulé « Suivi médical de la population exposée à la pollution de la décharge de Mellery ».

Ces deux documents ont été réalisés par l’équipe médicale en charge de l’étude, à savoir D. de Valeriola, P. Hennebert et J. Klastersky (Institut J. Bordet, ULB) ainsi que C. Laurent (Laboratoire ORME, Ulg). Après examen attentif de ces dossiers, récolte de divers avis autorisés et informations complémentaires, les Membres de la Commission se sont réunis le samedi 24 avril 1999, en l’absence de Monsieur J. Boniver, retenu par d’autres obligations, mais qui avait transmis un avis écrit circonstancié. Madame E. Vamos (ULB) a également participé à cette réunion à titre d’expert invité. A la suite d’un large échange de vues, les Membres de la Commission émettent unanimement les considérations suivantes :

 -        En ce qui concerne l’état de santé global de la population concernée, évalué par l’examen physique et le suivi biologique, ils constatent tout d’abord que celui-ci est dans l’ensemble satisfaisant et qu’il ne reflète actuellement aucune influence néfaste éventuelle liée à l’exposition passée à la pollution de la décharge ;

 -        Sur le fond d’une des questions posées, à savoir la validité de la détermination des échanges de chromatides sœurs comme test d’exposition à des agents génotoxiques, ils soulignent  que l’étude réalisée pose plusieurs problèmes à la fois méthodologique et interprétatif, déjà partiellement signalés par les auteurs de l’étude eux-mêmes. Sans remettre fondamentalement en cause le choix de l’indicateur dans la mise en évidence d’une exposition récente à des génotoxiques, les Membres de la Commission estiment que les données obtenues ne permettent en aucune manière d’en déduire un risque quantifiable de cancer, ni pour un individu, ni pour une population. Il est vrai que les valeurs moyennes des échanges de chromatides sœurs données dans ce rapport semblent supérieures aux normes généralement admises dans la littérature, et d’ailleurs retrouvées dans la population témoin testée en 1990. Cependant, en l’absence de tests effectués simultanément sur une population de référence selon un protocole randomisé, de telles données n’autorisent aucune conclusion quant à l’existence d’une exposition génotoxique à Mellery ;

 -        Quant à l’amélioration de la qualité et la fiabilité du suivi médical des populations, ils suggèrent de revoir et compléter certains aspects du protocole tout en poursuivant à intervalles réguliers les examens physiques et biologiques des populations. Le suivi proposé devrait veiller à une meilleure adéquation entre les risques réellement encourus par les populations et les moyens mis en œuvre pour les détecter. Ceux-ci devraient notamment s’appuyer sur des protocoles rigoureux d’études randomisées. En particulier, la constitution d’un groupe témoin apparié pour les facteurs confondants est indispensable. Si nécessaire, il pourrait aussi être fait appel à des marqueurs de niveau de sensibilité différents tels que la détermination des aberrations chromosomiques.

-        D’une manière générale, ils tiennent finalement à souligner qu’en des matières de santé publique portant sur des aspects délicats et dont les implications sont incertaines, un maximum de précautions doivent être prises dans l’élaboration des protocoles, mais également dans leur suivi et au cours de l’analyse et la diffusion des résultats. Ils exhortent dès lors les Autorités compétentes à s’entourer à l’avenir d’un Comité scientifique constitué de personnalités indépendantes qui examinerait et validerait chaque stade de l’évolution des dossiers et permettrait ainsi d’éviter d’inquiéter inutilement des populations par le truchement d’informations alarmistes peu justifiées ou par le jeu de déroutantes querelles d’experts.

 

Ce rapport a été approuvé par l’ensemble des Membres de la Commission en date du 28 avril 1999.