Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge du Pr Frédéric Bremer, membre titulaire

(Séance du  26 juin 1982) 

Éloge académique du Professeur Frédéric BREMER, membre titulaire   

par Jean-Edouard DESMEDT, membre titulaire.   

Le Professeur Frédéric Bremer s’est éteint paisiblement durant son sommeil, le 7 avril 1982, au cours de sa nonantième année. Il avait été douloureusement ébranlé quelques mois plus tôt par la disparition d’une épouse tendrement aimée, avec qui il avait partagé une vie marquée par une curiosité insatiable de tout ce qui est humain et par l’exercice d’une intelligence brillante, sans cesse en éveil pour explorer les domaines les plus variés.

Nous savons tous que Monsieur Bremer était une personnalité de tout premier plan dont la réputation exceptionnelle a marqué les sciences neurologiques. Notre Maître a joué un rôle éminent dans la grande aventure de l’exploration électrophysiologique du système nerveux. Ses travaux originaux ont ouvert des voies nouvelles. En Belgique, il a été l’initiateur du développement de la physiologie clinique. Il a marqué de son empreinte un nombre considérable d’élèves et de collègues. Son influence s’est développée largement dans les pays de langue française, mais elle s’est également répandue dans le monde entier où son nom est connu et respecté à l’égal des plus grands pionniers de ce que l’on appelle maintenant les neurosciences.

Récemment, alors que j’évoquais sa disparition avec des collègues dans plusieurs centres de recherche aux Etats-Unis, j’ai constaté partout une réaction spontanée de tristesse et de sympathie. Il n’était pas nécessaire de rappeler aux jeunes chercheurs qui il était ni quelles avaient été ses contributions scientifiques : l’œuvre de Monsieur Bremer fait partie de l’enseignement fondamental de la Neurophysiologie.

Le secrétaire de l’ « American Physiological Society » vient de m’écrire : « Dr Bremer was not only an honorary member of our society, but also one of the leading neuroscientists of this century. He produced some of the fundamental researches and concepts of the neurophysiology of the central nervous system as it was developing in the middle decades of the century ».

De même, le comité exécutif de la Fédération international de Neurophysiologie Clinique, réuni au début de ce mois à Londres, a réagi vivement à la nouvelle de la disparition de ce Maître considéré comme l’un des « pères fondateurs » de la discipline. Le comité a demandé à un autre grand pionnier, Herbert Jasper, de Montréal, de préparer une biographie qui paraîtra dans « Electroencephalography and Clinical Neurophysiology ». De fait, pour tous ceux qui se consacrent à l’étude des signaux électriques de l’activité cérébrale, le nom de Frédéric Bremer évoque des résonances comparables au nom de Lord Adrian, membre honoraire de notre Académie, disparu en 1978. Les deux hommes avaient d’ailleurs poursuivi au fil des années une correspondance suivie, témoignage de leur longue amitié et de l’estime qu’ils portaient chacun à leurs contributions scientifiques respectives. Tout au long de sa carrière, Monsieur Bremer a entretenu des relations scientifiques étroites et une correspondance régulière avec bien d’autres pionniers de la discipline : Ralph Gerard (Chicago), Hallowell Davis (Harvard), Alfred Fessard (Paris), Wade Marschall (Bethesda), Clinton Woolsey (Madison), Sir John Eccles (Canberra), Ragnar Granit (Stockhlolm), Rafael Lorente de No (New York), et bien d’autres noms seraient à citer.

Frédéric Bremer est né à Arlon dans les Ardennes en 1892. Il a fait à l’Université libre de Bruxelles de brillantes études de Médecine, interrompues par la guerre 1914-18 à laquelle il participa comme Médecin-auxiliaire à la célèbre ambulance Océan.

En 1919, il acquiert sa formation de neurologue en qualité d’assistant du professeur Pierre Marie à l’Hôpital de la Salpêtrière à Paris. Puis, en 1921, il s’embarque pour les Etats-Unis avec la première promotion des « Fellows » de la « Belgian American Educational Foundation ». Il y séjourne un an à l’Université Harvard où il complète sa formation clinique dans le service de Neurochirurgie du professeur Harvey Cushing, tout en fréquentant les laboratoires de Physiologie des professeurs Walter B. Cannon et Alexander Forbes.

Ensuite Monsieur Bremer travaille dans le laboratoire également célèbre de Sir Charles Sherrington à Oxford. En 1924, il est nommé agrégé de l’Université de Bruxelles. Il y remplit les fonctions d’assistant, puis de chef de travaux dans les laboratoires des professeurs Jean Demoor et Jean De Meyer.  Il succède à ce dernier dans la chaire de Pathologie générale (1er doctorat en médecine) en 1932 et devient professeur ordinaire en 1934.

L’enseignement conçu par le Professeur Bremer aborde dans leurs détails les mécanismes physiopathologiques des grands syndromes cliniques. Il envisage de façon logique les aspects les plus variés de la Physiopathologie médicale, et fournit ainsi un cadre de référence pour les enseignements ultérieurs. Cet enseignant de grande classe a influencé près de trente générations d’étudiants, jusqu’en 1962.

Parallèlement, Frédéric Bremer a mené une activité intense de chercheur, mettant la main à la pâte et dirigeant l’expérience. Il aimait cet engagement personnel direct dans la conduite de l’expérience. Quelle leçon pour les jeunes chercheurs que de voir ainsi le Maître démontrer les manipulations délicates qu’il avait mises au point, mais aussi exécuter les gestes plus modestes qui lui faisaient contrôler par le détail l’obtention des résultats. Cette surveillance étroite lui suggérait souvent, en cours de route, des modifications originales du plan expérimental.

Comme Adrian, comme Eccles et, de fait beaucoup des meilleurs physiologistes, il entendait participer à l’événement expérimental.  Il n’appréciait guère le travail par personne interposée, où l’on se contenterait de regarder des données abstraites émanant d’un programme préconçu d’expériences dans lesquelles des péripéties méconnues auraient pu intervenir.

Ce besoin de contact avec le vécu de l’expérience ne l’a pas quitté lors de son élévation à l’éméritat, et il a continué jusque tout récemment à expérimenter, comme par le passé, dans le laboratoire de Neurophysiologie qu’il avait créé (et dont l’importance acquise avait justifié la désignation, en 1965, de « Unité de recherche sur le Cerveau »). De fait, l’impulsion donnée d’emblée par le Professeur Bremer aux recherches électrophysiologiques sur le cerveau et la moisson abondante des résultats importants impressionnent d’autant plus qu’il a continué de mener de front une carrière universitaire à temps partiel et une pratique médicale de neurologue consultant, selon une tradition naguère en vigueur dans les Facultés de Médecine de notre pays.      

Ses premières recherches concernent l’origine neurogène ou hypophysaire du diabète insipide, en collaboration avec Percival Bailey (Membre honoraire étranger de notre Académie, décédé en 1973), dans le laboratoire du Professeur H. Cushing à Harvard. Bremer et Bailey montrent qu’un diabète insipide expérimental est provoqué chez le chien par une lésion minime de l’hypothalamus, sans aucune lésion de l’hypophyse. Ces recherches mettent également en évidence un centre de la soif dans l’hypothalamus, et démontrent que cette lésion hypothalamique entraîne la somnolence et l’adiposité. Ces découvertes fondamentales allaient être le point de départ de nombreux travaux sur les régulations exercées par l’hypothalamus.

Une deuxième série de travaux importants est consacrée à la fonction inhibitrice du paléocervelet sur la motricité spinale et aux régulations centrales du tonus musculaire. Les aspects physiologiques, mais aussi physipathologiques, sont analysés pour réaliser une synthèse qui a fait notamment l’objet du chapitre « Cervelet » dans le traité de Physiologie normale et pathologiques paru chez Masson en 1935.

L’instinct de pionnier et la curiosité de Monsieur Bremer lui font faire en cours de routes amples moissons de données nouvelles.  C’est ainsi qu’il entreprend en 1923 une analyse du contrôle cérébral de la mastication et du rôle des afférences gustatives, travaux dont les recherches récentes ont montré la valeur toujours actuelle. D’autre part, l’analyse des effets gradués du curare met en évidence une action élective sur le tonus postural et les hypertonies. Après ce travail sur l’atonie curarique, on en retrouve un autre concernant le rôle de la novocaïne sur le tonus musculaire.    

La physiologie générale des mécanismes synaptiques est analysée d’abord au niveau de la jonction neuromusculaire, puis sur les transmissions spinales. C’est toute une série d’études, notamment avec Valentine Bonnet et Joseph Moldaver, qui élucident les mécanismes de sommation, d’inhibition et de post-décharge centrales, ainsi que les phénomènes de sensibilisation résultant de déafférentations partielles. L’analyse des potentiels de racine dorsale apporte une première description du phénomène d’inhibition présynaptique identifié en 1960 par Eccles.

Les travaux classiques de 1935-40 décrivent les préparations expérimentales du « cerveau isolé » (avec transection sous-bulbaire décrivent et ventilation artificielle). Dans le premier cas, le cerveau est dans un état de sommeil profond, alors que dans le second, il passe par des alternances de vigilance et d’assoupissement.

Ces préparations permettaient l’analyse expérimentale des activités sensorielles et motrices de l’encéphale en évitant les complications liées à la narcose pharmacologique.  Largement utilisées actuellement, elles sont appelées parfois « bremerized cats » dans certains laboratoires étrangers, la rançon normale de la célébrité étant l’utilisation du patronyme comme nom commun.

Le flux des publications s’accélère alors, solides quant au fond, impeccables quant à la forme. Ces études sont consacrées aux activités spontanées du cerveau, à l’électroencéphalographie clinique, aux effets de l’anoxie et de l’hypercapnie sur les potentiels cérébraux, à l’action de divers narcotiques et aux réponses évoquées par des stimulations sensorielles spécifiques. Monsieur Bremer présente en 1937 devant l’Académie de Médecine une lecture intitulée : « L’activité cérébrale au cours du sommeil et de la narcose : contribution à l’étude des mécanismes du sommeil ».

Une des hypothèses originales proposées considère que le sommeil ne résulte pas d’une inhibition globale du cerveau, mais plutôt d’un phénomène de désactivation cérébrale par chute de ce qu’il appelle le « tonus cortical ».  Ceci place au centre de l’intérêt des expérimentateurs et des cliniciens, non pas la notion d’une inhibition généralisée qui déclencherait le sommeil dans le cerveau sinon éveillé en permanence, mais au contraire l’étude des mécanismes qui déterminent et ajustent les niveaux de vigilance, qui conditionnent à leur tour l’activité consciente et attentive.   

De nombreux médecins travaillent au laboratoire et y préparent une thèse d’agrégation. Citons notamment le Professeur Jean Titeca qui participera étroitement au développement des applications cliniques en électroencéphalographie, et aussi les noms du Professeur M. A. Gerebtzoff et du regretté Professeur Jean Govaerts, tous membres titulaires de notre Compagnie.

Des chercheurs étrangers viennent également s’initier aux idées et aux méthodes nouvelles : Earl Walker qui dirigera le service de Neurochirurgie de John Hopkins, Robert Dow, responsable des services de Neurologie de Portland, Oregon et Giuseppe Moruzzi, directeur de l’Institut de Physiologie de Pise et membre honoraire étranger de notre Académie.

Je voudrais lire ce que le Professeur Moruzzi m’a écrit récemment à propos de ses premiers contacts avec notre Maître. « Ma première rencontre avec Monsieur Bremer eut lieu à l’Université de Bologne en octobre 1937 lors des célébrations Galvani. Son rapport sur la « Physiologie du sommeil » avait laissé une impression profonde sur tous les auditeurs, car il présentait en une synthèse admirable la riche moisson de résultats obtenus sur les préparations nouvelles du « cerveau isolé » et de l’ « encéphale isolé ».  Quelques semaines plus tard, j’arrivais à Bruxelles pour un séjour d’une année qui devait exercer une influence profonde sur ma formation scientifique. Ce que j’ai appris en travaillant dans le laboratoire de Monsieur Bremer n’est pas seulement l’utilisation de ses méthodes nouvelles, malgré toute leur importance pour mon travail. Ce qui me frappa tout de suite, c’est l’association d’une imagination visuelle puissante et d’une pensée lucide et rigoureuse. Granit avait dit de son Maître Sherrington qu’il était « visual in the extreme ».

Monsieur Bremer avait aussi été l’élève de Sherrington et son imagination scientifique était également liée à une capacité de « voir » les phénomènes physiologiques avec une exceptionnelle puissance intellectuelle. Sa manière de conduire le raisonnement expérimental avec des images concrètes nous a appris à bien penser et à articuler la démarche physiologique avec rigueur. C’est là une des raisons fondamentales de ma reconnaissance à son égard ».

Moruzzi devait en 1949 mettre en évidence avec Magoun le rôle des formations réticulées du tronc cérébral dans le maintien de la vigilance cérébrale. Ces formations sont déconnectées du cerveau dans la préparation du « cerveau isolé », mais restent connectées avec lui dans l’ « encéphale isolé ». Les idées développées en 1935-38 faisaient ainsi leur chemin, tout en rebondissant à plusieurs reprises dans le camp de Monsieur Bremer, qui bientôt apportait un autre élément important, à savoir la démonstration que l’écorce cérébrale influence directement cet appareil réticulé ponto-mésencéphalique par des voies corticifuges : c’est là une notion essentielle expliquant comment le cerveau garde un contrôle décisif sur l’appareil de vigilance.  De plus, il montre que les activations réticulaires influencent de façon importante les potentiels évoqués cérébraux.                     

Un grand nombre de travaux sont consacrés aux mécanismes de régulation de la veille et du sommeil, dont Monsieur Bremer traitera dans plusieurs revues critiques comme « Brain mechanisms and consciousness » (1954) ou « Le cerveau et la Conscience » (Symposium de l’Académie pontificale à Rome, 1964), ou dans un livre reprenant ses conférences à l’Université de Londres en 1953 (« Some problems of Neurophysilogy »).

Monsieur Bremer a continué jusque tout récemment à participer activement à ces développements. En 1977, il publiait dans les « Annals of Neurology » un mémoire important, largement cité, sur des expériences montrant que la formation réticulée d’éveil reçoit un contrôle inhibiteur tonique de la région préoptique de l’hypothalamus. Entre-temps il avait également apporté une série de travaux sur les mécanismes de la synergie inter-hémisphérique réalisée par le corps calleux et sur les intégrations cérébelleuses.

Je vous donne ainsi un aperçu bien incomplet d’une œuvre considérable qui s’est prolongée par l’influence exercée sur de nombreux élèves, collaborateurs ou collègues. Dans d’innombrables réunions ou congrès scientifiques, on savait que Monsieur Bremer prendrait une part active aux discussions et y apporterait des éléments nouveaux, fruits de ses réflexions et de son expérience étendue. Cet aspect assez unique de son rôle de Maître s’est manifesté par exemple au cours des trois années de sa présidence mémorable de la Société d’Electroencéphalographie de langue française, ou encore lors des séjours effectués dans divers pays, et notamment aux Etats-Unis et au Canada, où il présidait en 1967 un « Symposium Bremer » organisé en son honneur. Les Membres de l’Académie royale de Médecine et de la Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique se souviennent aussi de ses interventions qui étaient précises, élégantes et pertinentes.

Monsieur Bremer a reçu de nombreuses marques d’estime qui venaient confirmer son audience internationale.  Il était Docteur « honoris causa » des Universités d’Aix-Marseille, de Montpellier, de Strasbourg et d’Utrecht.

Il était Membre d’Honneur de l’ « International Brain Research Organization » (I.B.R.O.), de la Société de Biologie de Paris, des Sociétés d’Electroencéphalographie de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne et des Etats-Unis ; de la Société française de Neurochirurgie ; des Sociétés de Neurologie de France, d’Espagne, de Suisse et d’Uruguay.

Il était Membre étranger de l’ « American Academy of Arts and Sciences » et de l’Académie Nationale dei Lincei à Rome, Correspondant de l’Institut de France et Associé étranger de l’Académie nationale de Médecine de Paris.  Il était Membre de la « Physiologie Society » de Grande-Bretagne, Membre d’Honneur de l’ « American Neurological Association ».  Il a présidé le IVe congrès international d’Electroencéphalographie et de Neurophysiologie clinique à Bruxelles en 1957.        

Il avait reçu le prix décennal de Give de Muache (1931-41) et le prix quinquennal du Gouvernement, ainsi que les prix de Physiologie Lallemand (1940) et Montyon (1942) de l’Institut de France.  

Cette brève évocation d’une carrière prestigieuse serait incomplète si l’on ne considérait également les qualités personnelles et le rayonnement de Monsieur Bremer. Un trait majeur de sa personnalité était l’intelligence aiguë et l’irrésistible curiosité dans la recherche de vérités regardées en face. C’était aussi la distinction aristocratique, la fidélité en amitié, et la sollicitude discrète, mais agissante, pour tous ceux qu’il honorait de son estime.

J’ai été liée à notre Maître depuis 1947, lorsque, jeune étudiant de candidature, je venais lui demander de m’accueillir dans son célèbre laboratoire.  Pendant les 35 années qui ont suivi, il y a toujours eu entre nous une confiance totale au cours de circonstances variées que nous avons traversées. Je garde un souvenir ému de cette rare solidarité, sans la moindre faille, et aussi de sa générosité. Bien d’autres doivent éprouver à son égard des sentiments similaires.

Et cependant, nos rapports laissaient assez peu de place à l’expression d’états d’âme. Notre Maître montrait une certaine réserve dans ses relations humaines. Ceci n’était pas de la froideur, bien au contraire, car il était un homme passionné et tout à fait engagé dans l’aventure humaine, mais beaucoup de choses restaient implicites ou elles étaient exprimées de manière feutrée, d’une manière non verbale.  Il n’était pas nécessaire de s’appesantir sur ce qu’il considérait souvent comme allant de soi. Monsieur Bremer plaçait ses rapports sur le plan de l’objectivité scientifique.

Son esprit était remarquablement ouvert, à tout et à tous. Il a toujours impressionné ses interlocuteurs par sa grande indépendance de jugement, de langage, et d’écriture. Il intimidait certains, sans doute, par sa silhouette élégante et souple, empreinte d’un certain ascétisme, ainsi que par la vivacité de ses réparties. Sa vie révélait un désintéressement profond pour les choses matérielles. Il trouvait le luxe vulgaire. Les honneurs n’ont jamais eu raison de sa modestie qui s’intégrait naturellement avec le juste sens de sa valeur.  Comme Pindare, il avait pour désir « d’être ce qu’il était », ni plus, ni moins.

Son attachement pour la nature était passionné. Souvent, il passait l’été dans sa petite ferme sur les hauteurs de la Lesse, à la lisière des Ardennes. Il décrivait ainsi dans une lettre à des amis le « charme rustique et vieillot » qu’il aimait dans « ce vieux village de Celles, avec son église romaine du 12ème siècle, un château fortifié du 15ème et un tumulus préhistorique ». Ces plaisirs simples et les joies de la famille lui apportaient la sérénité nécessaire pour approfondir sa réflexion.

Je me fais l’interprète de notre Compagnie en exprimant nos sentiments de sympathie et de reconnaissance à sa famille, et tout particulièrement à notre Collègue Antoine Bremer et à Madame Thérèse Bremer-Wilson. Georges Simenon a écrit qu’à la mort du Père « on change en quelque sorte de génération et on devient un aîné à son tour ». Quoique déjà bien engagés dans leur carrière, les élèves de ce grand Patron doivent éprouver un sentiment similaire et je pense surtout à ceux qui furent ses plus proches, comme Titeca, Bonnet ou Moruzzi. Le terme de « patron » évoque l’autorité scientifique du Maître, mais il signifie également un contact humain et affectif, étiré sur de nombreuses années, comportant quasi une acception familiale (dérivation de pater).

Monsieur Bremer avait toujours une suggestion inattendue ou un conseil judicieux à nous donner, même au terme de sa vie, car il avait conservé une extraordinaire jeunesse intellectuelle. Nous nous sentons seuls désormais. Et nous ne pourrons jamais oublier.

A la demande de M. le Président, l’Assemblée debout autour de la famille du disparu, observe une minute de silence en hommage à sa mémoire.