Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport de la Commission mixte chargée d'examiner les problèmes relatifs aux dangers des radiations ionisantes

M. le Président, en ouvrant la discussion, indique que l’un des paragraphes de la motion soumise précédemment à l’Académie ne répondait pas exactement, par suite d’une erreur de copie au texte effectivement adopté par la Commission mixte. M. Millet a signalé cette situation et la rectification nécessaire a maintenant été faite. Voici le texte actuellement mis en discussion :

            « La Commission mixte chargée de l’étude du danger des rayons ionisants, composée de MM. E. Derom, P. Lambin, P. Desaive et M. Millet, de l’Académie de Médecine, et de MM. J.P. Bouckaert, P. Hooft, G. Vanderschueren et A. Gyselen, de la « Vlaamse Academie voor Geneeskunde », après avoir pris connaissance du manifeste du 12 novembre 1958, signé par les Professeurs F. De Witte, A. Heyndickx, Vandendriessche et Van Vaerenbergh, de l’Université de Gand, ainsi que de la lettre du 3 mars 1959 de M. le Ministre de la Santé publique et de la Famille et après en avoir délibéré au cours des réunions du 28 février, 21 mars et 25 avril 1959, soumet les propositions suivantes à l’approbation des deux Académies :

            »1) Au moment où les rayons ionisants sont en augmentation constante, aussi bien par le développement du « background radiation » que par l’utilisation croissante dans le domaine médical des rayons X et des isotopes, le danger physique et génétique qui en résulte doit être réduit par tous les moyens adéquats, sans nuire cependant à l’exercice d’une médecine bien comprise.

            »2) Etant donné que la radioscopie du thorax expose davantage au danger des rayons que la photographie de l’écran et cette dernière plus que la radiographie standard, il y a lieu de limiter l’emploi de la radioscopie et de remplacer celle-ci dans la mesure du possible dans la médecine curative par la radiographie, et dans la médecine préventive individuelle ou collective, par la radiophotographie, surtout à l’aide de la caméra au miroir.

            »3) La répétition inutile d’examens radiologiques doit être évitée par toutes les mesures adéquates aussi bien de la part des cliniques que de la part des organismes d’Assurance-Maladie.

            »4) L’examen radiologique préventif annuel auquel sont soumis les enfants et adolescents des écoles primaires et moyennes, doit être réservé à ceux présentant une réaction positive à la tuberculine. Les enfants à réaction négative ne subiront qu’un seul examen radiologique et seront soumis une ou deux fois par an, à un test à la tuberculine. Le fait d’axer la prophylaxie antituberculeuse à l’âge scolaire sur la tuberculino-réaction, suppose que des mesures soient prises pour annoter le résultat des vaccinations au BCG dans le carnet sanitaire.

            »5) Lors de tout examen radiologique, aussi bien dans la médecine préventive que curative, les mesures nécessaires devront être prises afin de protéger les organes génitaux. Ce point s’applique spécialement aux jeunes enfants et au fœtus in utero.

            »6) Il est souhaitable d’imposer aux médecins, désireux d’utiliser un appareil radiologique, une épreuve de capacité préalable, dans le sens de celle prévue par l’Arrêté ministériel du 22 juin 1948 concernant l’agréation de médecins-radiologues pouvant être chargés de l’examen radiologique des employés et ouvriers des établissements industriels et commerciaux ainsi que des services publics.

            »7) Il est souhaitable de soumettre toutes les installations radiologiques du pays à une inspection technique périodique des conditions de travail et de la protection contre les rayons. »

            M. Dubois estimerait opportun d’introduire dans le texte la recommandation que, chez la femme, les radiographies de la région pelvienne soient, autant que possible, effectuées pendant les dix jours qui suivent les dernières règles, période durant laquelle il est pratiquement exclu que l’utérus contienne un œuf au début de son développement. On éviterait ainsi que les accidents dus à l’irradiation des plus jeunes stades embryonnaires, particulièrement sensibles. Cette ligne de conduite est suivie en divers pays.

            M. Glorieux procède à un examen critique du rapport déposé et propose certains amendements.

            Il rappelle ensuite que des organismes internationaux compétents ont étudié la question et fait rapport à ce sujet, notamment le Comité international de Radiologie et sa commission internationale de mesures et de protection et le I.C.R.P. – Comité international de protection contre les radiations. Il signale que ces rapports établis par des cliniciens, des physiciens, des radiologistes et des radiobiologistes sont clairs et concentrés, qu’ils touchent non seulement aux principes mais aussi au domaine pratique. Il semble bien que le rapport  proposé à l’Académie ait ignoré leur existence.

            Il croit que l’utilité de pareils rapports réside essentiellement dans les données pratiques, tout le monde étant déjà d’accord sur les principes généraux.

            Il suggère que le rapport soit renvoyé à la Commission pour étude complémentaire.

            L’échange de vues se poursuit par des interventions de MM. Heymans, Brull (qui suggère de s’en tenir à la proposition de ne radiographier dans les écoles que les élèves à cuti-réaction positive), P. Govaerts, Millet et du Secrétaire perpétuel.

            M. le Président préconise de demander à la Commission mixte de reprendre son travail à la lumière des notions introduites au cours de cette discussion. Le compte rendu détaillé en sera communiqué aux Membres de la Commission mixte.

            Séance du 27 juin 1959.