Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'étudier le mémoire présenté par M. A. Dereymaeker sous le titre :" L'aspect clinique et le traiement chirurgical de la discopathie cervicale"

La Commission était composée de MM. P. Van Gehuchten, F. Albert, E. Derom et P. Martin, Rapporteur.

            M. Dereymaeker a adressé à l’Académie un mémoire intitulé : L’aspect clinique et le traitement chirurgical de la discopathie cervicale.

            Si le traitement chirurgical de la hernie discale lombaire a généralement donné des résultats satisfaisants, voire même excellents, puisque dans les meilleurs statistiques on peut compter 75% de guérisons, il n’en est pas de même pour le traitement chirurgical des discopathies cervicales.

            Les interventions chirurgicales pratiquées pour les discopathies cervicales, par voie postérieure (laminectomie étendue ou partielle) ont souvent donné des résultats médiocres ou même, parfois, ont entraîné une aggravation du syndrome ou des complications neurologiques sévères. Ces dernières surviennent surtout dans les cas où la hernie est médiane, ce qui nécessite une rétraction de la moelle cervicale, manœuvre qui n’est pas sans danger.

            C’est ce qui a amené M. Dereymaeker à rechercher un autre moyen de traiter les discopathies cervicales. Il aborde la lésion par voie antérieure et il nous relate son expérience en s’appuyant sur 30 cas traités par lui de cette manière.

            Le procédé opératoire mis en œuvre consiste à aborder par la voie antérieure, la face ventrale de la colonne vertébrale cervicale. Après ménisectomie radicale du disque ou des disques dégénérés, les corps vertébraux sont fusionnés entre eux au moyen d’un solide greffon osseux prélevé à la crête iliaque et enfoncé en coin entre les deux plateaux vertébraux.

            L’auteur décrit sa technique en détail en soulignant la bénignité de l’opération qu’il préconise.

            Il a obtenu de bons résultats dans la moitié des cas. Sa statistique est assombrie par la présence de cinq cas présentant un syndrome de sclérose latérale amyotrophique et qui n’ont pas, comme on pouvait s’y attendre, bénéficié le moins du monde de l’opération.

            Les résultats les meilleurs ont été obtenus dans le groupe des radiculalgies, mais on peut dire que ces cas auraient pu bénéficier de la voie postérieure.

            M. Dereymaeker discute en terminant son travail, le mécanisme physiopathologique qui préside aux troubles d’ordre neurologique présentés par les malades qu’il envisage.

            Ce problème est particulièrement difficile à résoudre. Les titres que différents auteurs qui se sont intéressés à la question ont cru devoir attribuer à leurs mémoires sont significatifs à cet égard : « Les manifestations neurologiques de la spondylose cervicale » (Brain, Northfield, Wilkinson), « Protrusion des disques intervertébraux cervicaux avec lésions de la moelle » (Muller et d’autres), « Les myélopathies chroniques par cervicarthrose » (Bonduelle). Ces différents titres impliquent une pathogénie différente, cependant les désordres étudiés sont les mêmes.

            En réalité, comme le dit M. Dereymaeker, la compression n’exerce généralement par un rôle dans la production des signes nerveux, sauf peut-être dans les cas de hernie discale traumatique.

            Par contre, les microtraumatismes répétés au niveau des racines ou de la moelle, microtraumatismes causés par les mouvements du rachis et s’exerçant par l’intermédiaire des ostéophytes vertébraux peuvent être pris en considération, l’heureux résultat de ses interventions qui immobilisent les segments vertébraux pathologiques peut être retenu comme un argument en faveur de cette thèse.

            Il fait intervenir aussi une explication vasculaire : les vaisseaux médullaires pourraient être irrités et spasmés et conduire ainsi par défaut d’irrigation à des troubles fonctionnels des éléments nerveux médullaires ou radiculaires.

            Comme le dit très bien l’auteur, il faut bien admettre que la preuve formelle de ces explications pathogéniques n’est pas apportée.

            Il n’en reste pas moins que M. Dereymaeker a abordé le problème des discopathies cervicales par une méthode originale et que la mise au point qu’il a réalisé apporte une contribution de valeur à la thérapeutique et à la compréhension de cette question.

            Votre Commission, après avoir examiné ce travail dont vous venez d’entendre l’analyse, vous propose de publier le mémoire de M. Dereymaeker et d’inscrire son nom de la liste des aspirants au titre de Membre correspondant de notre Compagnie.

            Ce rapport est adopté sans discussion ; M. le Président remercie M. Martin ainsi que MM. Albert, Van Gehuchten et Derom, Membre de la Commission, de la manière ont-ils ont accompli leur mission.

            Séance du 28 février 1959.