Académie royale de Médecine de Belgique

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Echange de vues relatif à la préparation d'une réforme des études médicales, pharmaceutiques et vétérinaires

             L’examen de cette question a été introduit par une note qu’a préparée le Bureau de l’Académie et dont voici le texte :

            On entend dire fréquemment que l’organisation des études médicales ne répond plus aux nécessités. Les critiques les plus habituelles concernent la durée trop longue de ces études, la disproportion entre le titre décerné et les capacités acquises, la carence d’un cycle complet de spécialisation, la conciliation difficile entre la charge de scolarité et l’initiation à la recherche.

            Un effort de rénovation s’est déjà dessiné. Dès 1947, un vœu émanant, à l’initiative du Professeur J.J. Bouckaert, de la Faculté de Médecine de Gand, préconisait de confier l’étude d’une réforme éventuelle à une Commission formée de délégués des deux Académies, des quatre Facultés et du Gouvernement.

            L’an dernier, la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde » a organisé un Symposium qui a dégagé les tentatives réformatrices existant dans divers pays d’Europe occidentale. Les rapports et leur résumé bilingue constituent une précieuse source d’information.

            En 1955, en réponse à une initiative prise par la Classe des Sciences de l’Académie royale, une Commission de l’Académie a réexaminé les programmes de la candidature et proposé pour ceux-ci divers amendements qui ont été adoptés par l’Académie. Ce travail judicieux est resté sans suite parce que le projet plus étendu de la Classe des Sciences a rencontré des obstacles qui n’ont pu être aplanis.

            En 1959 également, le Groupement de Saint-Luc Médical a, sous la présidence du Professeur Van Gehuchten qui siège en notre Bureau, procédé à une confrontation des points de vue exprimés par des étudiants, des praticiens, des professeurs de Sciences fondamentales et de Sciences cliniques. Cet échange d’idées a abouti à des conclusions qui mériteraient un examen attentif. D’autre part, le Bulletin de l’Association des Médecins issus de la Faculté de Bruxelles a, au cours de la présente année académique, entamé la publication d’une série d’études destinées à préparer une réforme. Par ailleurs encore, le problème de l’initiation à la recherche scientifique médicale a été examiné d’assez près au cours d’une Journée d’Etude d’Universitas belgica. Il est probable que ce ne sont pas là les seuls signes d’intérêt pour une question qui préoccupe certainement beaucoup d’esprits.

            Notre Compagnie n’a pas été sans marquer son intention de prendre une part active à ce mouvement de réforme. A la suite du Symposium, organisé par la « Koninklijlke Vlaamse Academie voor Geneeskunde », elle a constitué une Commission chargée d’examiner ce problème en liaison avec les délégués de l’Académie d’expression flamande : MM. J.J. Bouckaert, Lacquet, J.P. Bouckaert, Regniers, Hooft et Vandenbroucke.

            Notre propre Commission est composée de MM. P. Govaerts, C. Heymans, F. Albert, G. Leplat, P. Bordet et E. Van Campenhout. Il a été souhaité que ce groupe agisse en accord avec la Commission chargée précédemment d’étudier la formation des spécialistes et où siègent MM. P. Govaerts, J. Roskam, J.P. Hoet, E. Derom, J. François, S. Lapière et M. Millet.

            Signalons encore qu’une Commission interfacultaire constituée sous l’égide du Ministère de l’Instruction Publique examine actuellement les problèmes que pose la formation des médecins spécialistes. Elle paraît en mesure de déposer prochainement son rapport sur cette question. Lorsque le Ministre de la Santé publique et de la Famille nous a consultés à ce propos au début de cette année, il lui a été répondu (p. 449 du vol. 24 du Bulletin) que l’Académie estimait préférable d’attendre le dépôt du rapport interfacultaire concernant l’enseignement des spécialités.

            Il apparaît donc que ce document verra bientôt le jour, ce qui contribuera grandement à faciliter l’étude d’une réforme des études médicales, en tenant compte de l’existence prochaine de ces études complémentaires. Il n’en est, semble-t-il, que plus urgent d’organiser dès à présent l’examen préparatoire qui s’impose quant aux réformes éventuelles de l’enseignement en Candidature et en Doctorat.

            En raison du mouvement récent des idées dans ces domaines, le Bureau a cru opportun d’inscrire à l’ordre du jour de cette séance un échange de vues préliminaire sur cet objet. Peut-être les Membres de notre Commission pourront-ils s’inspirer utilement des idées qui se feraient jour ou contribuer à ce que les opinions de nos Collègues se manifestent.

            L’essentiel serait actuellement d’examiner de quelle manière l’Académie souhaiterait intervenir dans ce débat. Serait-ce simplement par des échanges de vues intermittents. Chaque fois que l’ordre du jour des séances le permettrait ? Croirait-elle devoir recueillir les informations et projets formulés par les seuls Membres de ces Compagnies, ou voudrait-elle entendre d’autres voix autorisées ? Envisagerait-elle avec sympathie l’idée d’un symposium belge consacré à la réforme des études médicales ? Ce procédé serait-il considéré avec faveur afin d’éclairer nos Commissions sur les courants d’opinion qui tendent à se faire jour, tant parmi nous qu’en dehors de nous et de permettre ainsi l’élaboration par nos Commissions de propositions ayant le maximum de chances d’aboutir à des résultats concrets ?

            Telles sont les questions que le Bureau croit utile de poser à la Compagnie afin d’inspirer des opinions exprimées pour fixer sa ligne de conduite à ce sujet.

            Par la même occasion, il demande à nos Collègues pharmaciens et vétérinaires si, de leur côté, ils estimeraient qu’un travail analogue mériterait d’être fait, en temps et lieu, à propos des études de pharmacie et de médecine vétérinaire.

            Un échange de vues prolongé, dont la sténographie est conservée, s’engage sur ce problème.

            Y prennent successivement part : MM. C. Heymans, E. Bigwood, P. Govaerts, P. Van Gehuchten, F. Liégeois, N. Wattiez, G. Leplat et A. Dalcq. Il en est résulté l’orientation suivante dans la conduite des opérations.

            Disons d’abord, qu’en ce qui concerne la Pharmacie, il ne paraît pas indiqué d’entamer une étude spéciale. Le travail a été déjà effectué par une Commission interfacultaire qui a proposé de judicieuses réformes. Celles-ci ont fait l’objet d’un rapport adressé à M. le Ministre de l’Instruction publique et actuellement en voie d’application. Pour l’instant, il n’y a donc pas lieu que l’Académie intervienne.

            Pour la Médecine vétérinaire, il n’en va pas de même. Le régime actuel des études gagnerait à être amendé. La création d’une Commission mixte pourrait avantageusement être suggérée à la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België ». Cette démarche sera réalisée et le Bureau proposera à la séance d’avril les noms de Collègues auxquels il voudrait demander de se consacrer à cette mission.

            En ce qui concerne la Médecine humaine, l’avis général est que le moment est opportun pour s’atteler à cette tâche. Des diverses méthodes envisagées dans la note, la préférence va à l’entrée en activité de la Commission mixte déjà désignée à cet effet. Il est suggéré que, de notre côté, son travail soit organisé par un de nos Membres que désignent ses antécédents d’ancien Président de l’Académie et qui d’autre part est à compter parmi les promoteurs du Fonds de la Recherche scientifique médicale, à savoir M. J. Roskam.

            Il est permis d’ajouter ici, qu’après la séance, M. P. Govaerts, en raison du fait qu’il n’est plus en activité d’enseignement,  exprimé le vœu de se retirer de la Commission primitivement constituée. Par ailleurs, les circonstances ont permis une prise de contact immédiate avec la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België ». Dans sa Commission, M. J.-J. Bouckaert jouera le rôle parallèle à celui de M. Roskam.

            La Commission mixte, chargée d’élaborer un projet de réforme des Etudes médicales, sera donc composée :

            Pour la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België » : MM. J.J. Bouckaert, Lacquet, J.P. Bouckaert, Regniers, Hooft et Vandenbroucke.

            Pour l’Académie royale de Médecine de Belgique : MM. J. Roskam, C. Heymans, F. Albert, G. Leplat, P. Bordet et E. Van Campenhout.

            MM. J.J. Bouckaert et J. Roskam se consulteront pour fixer la date des séances. En principe, il y aurait avantage à placer celle-ci le samedi où les bureaux se réunissent dans l’intervalle entre deux séances publiques. Cependant, en raison des vacances de Pâques, la première réunion ne pourra avoir lieu avant le samedi 30 avril à 14h.30.

            Il a été spécifié que la Commission serait, tout au moins en ce qui nous concerne, habilitée pour procéder à des consultations dans toute la mesure qui lui paraîtra nécessaire. Il y a lieu d’espérer que ce point de vue sera partagé par les délégués de la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België ».

            Séance du 26 mars 1960.