Académie royale de Médecine de Belgique

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Décès du Pr Zénon Bacq, membre titulaire et ancien Président

(Séance du 16 juillet 1983)   

Décès du Professeur Zénon BACQ, membre titulaire et ancien Président  

(Annonce faite par le Président Paul-Pierre LAMBERT)

Une fois encore nos rangs se sont éclaircis, mardi matin, nous frappait la nouvelle du décès de notre Collègue le Professeur Zénon Bacq.  Nous aurions eu le plaisir de fêter son quatre-vingtième anniversaire à la fin de cette année.

J’ai connu Zénon Bacq alors que, jeune assistant, il guidait nos gestes malhabiles aux exercices pratiques de Physiologie.  Au détour de ces séances, il évoquait volontiers son récent séjour à Boston, dans le laboratoire du Professeur W.B. Cannon, ses travaux personnels.  Fréquemment, ce monologue plein de vivacité se terminait par une évocation non moins enthousiaste de ses études musicales.  C’était en 1931.

Nommé à Liège en 1932, il y déploya d’emblée une activité éblouissante, nouant d’abord une étroite collaboration avec Lucien Brouha.  Son nom est fréquemment aussi associé à cette époque à Ceux d’Henri Fredericq et de Corneille Heymans.

De 1931 à 1939, il consacra tous ses efforts à démontrer la nature humorale de la transmission de l’excitation du système nerveux sympathique.  C’est dans le laboratoire de W.B. Cannon qu’il obtint ses premiers résultats.  Dès 1931, ils proposèrent le nom sympathine pour désigner la substance libérée lors de la stimulation du système ortho-sympathique.  Dans sa thèse d’agrégation, défendue en 1933, Zénon Bacq montrait combien les propriétés biologiques et physico-chimiques de la sympathine étaient proches de celles de l’adrénaline. Les résultats obtenus les conduisirent alors à explorer le vaste champ de la Physiologie comparée et à rechercher la présence d’agents chimiques neurotransmetteurs chez les invertébrés ; de là naquit une étroite collaboration avec Marcel Florkin. Son séjour à Londres, en 1936, dans le laboratoire de Sir Henry Dale, fut le point de départ de fructueuses études comparatives sur le rôle respectif des nerfs cholinergiques et adrénergiques.  Nous ne sommes qu’en 1939, huit ans après ses débuts.  Déjà 215 publications sont inscrites à son curriculum.

L’approche du second conflit mondial donne alors une nouvelle orientation à ses efforts.  Il va s’intéresser au mode d’action des toxiques de guerre, en particulier des agents vésicants.  Ses travaux le désignèrent pour diriger le laboratoire du service de protection de l’armée contre les toxiques de guerre.  Il découvre ainsi les propriétés protectrices du glutathion et de la cystéine.

Immédiatement après la guerre, il se voit confier le cours de Pathologie et Thérapeutique générales puis, en 1949, celui de Pharmacologie.  Au cours de la décennie suivante, Zénon Bacq se consacre presque entièrement à la recherche d’agents chimiques de protection contre les effets des rayons X.  Ses efforts aboutissent à la découverte des propriétés de diverses amines soufrées, en particulier,  la cystinamine.  L’expérience acquise se concrétise en 1954 dans la publication, en collaboration avec P. Alexander, d’un volume de quelque 500 pages intitulé : « Principes de Radiobiologie ».  Il est publié simultanément en français et en anglais et sera traduit plus tard en plusieurs autres langues.  Son effort se poursuit sur ce thème jusqu’en 1966, époque à laquelle il totalise 627 publications.

Sa carrière prend alors un nouveau tournant.  Zénon Bacq participe à de nombreux comités nationaux et internationaux concernant la Radiobiologie ou la Biophysique.

Il est devenu le représentant de la Belgique auprès de l’ONU pour l’étude des effets des radiations atomiques.  Il participe à de nombreuses réunions internationales, conférences en Chine, en Amérique latine et aux Etats-Unis.

Je ne puis citer ici tous ses titres, mais je puis imaginer qu’il fut particulièrement sensible à celui d’ « Honorary Member of the Physiological Society » qui fut accordé en 1977.

Sur le plan académique, son dévouement s’employait à accroître le prestige de nos institutions par une série d’initiatives couronnées de succès.

Il était Correspondant de l’Académie royale de Médecine depuis 1946, élu Membre titulaire en 1965 et Président de notre Compagnie en 1980.  Il fut aussi Correspondant de la Classe des Sciences de l’Académie thérésienne en 1962 et en était Membre titulaire depuis 1971.  Il avait assumé la direction de la Classe en 1976.

Voici quelques mots extraits de l’allocution qu’il prononça à l’occasion de son accession à la présidence de notre Compagnie.  Ils caractérisent son incessant besoin de mieux faire : « On dit que les Académies sont les gardiennes de la tradition.  Malheureusement, on confond trop souvent tradition et routine.  En cette époque où nous constatons une vertigineuse accélération de l’avancement des Sciences fondamentales, c’est un crime de s’accrocher à la routine.  Il n’y a de tradition valable que dans le progrès, dans l’adaptation continue ».

Sous sa présidence, se tint en octobre 1980, en vue de célébrer le 150ème anniversaire e la Belgique, un symposium international consacré à divers sujets : le premier avait pour intitulé : « Europe, Santé – Sciences ».  Zénon Bacq y fit, avec franchise et netteté, le bilan des occasions manquées et souligna la nécessité d’une collaboration accrue sur le plan européen en matière de Santé publique par-delà, disait-il, des arguments juridiques et administratifs qu’on pourrait objecter.  Plus récemment, chacun s’en souvient, il plaida avec succès pour l’organisation d’un symposium commémorant le 50ème anniversaire des expériences du Professeur Feldberg lequel, disait Zénon Bacq dans son exposé introductif, avait définitivement établi la validité de la notion de transmission chimique de l’influx nerveux.  Ce fut pour Zénon Bacq et ses amis londoniens, l’occasion d’émouvantes retrouvailles.  Nous revécûmes, quant à nous, une passionnante aventure scientifique dont les objectifs se sont considérablement élargis depuis la découverte des neurotransmetteurs du système nerveux central.

Je m’arrête ici, ayant le sentiment d’avoir été à la fois long et incomplet.

Nous avons assisté hier à ses funérailles avec MM. De Vuyst et de Scoville.  Elles furent d’une émouvante simplicité.  M. Bruylants, au nom de l’Académie royale de Belgique ; M. le Secrétaire perpétuel, au nom de l’Académie royale de Médecine ; M. Lecomte, au nom de la Faculté de Médecine de Liège, lui ont rendu hommage, retraçant ses insignes mérites, louant sa ténacité, sa combativité, évoquant aussi l’homme et l’artiste qu’il avait été – une vie bien remplie, à la fois laborieuse et inspirée.