Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge de feu le Pr Fernand Orban, membre titulaire

(Séance du  23 avril 1984)  

Éloge académique du Professeur Fernand ORBAN, membre titulaire    

par le Secrétaire perpétuel Professeur Albert de SCOVILLE.

Madame,

Prononcer l’éloge d’un de ses aînés est à la fois un devoir et un privilège.

C’est tout autant un témoignage de respect qu’une marque de reconnaissance.

Car l’histoire de la Médecine, a-t-on dit, se confond intimement avec celle de ses meilleurs praticiens.  Faire d’eux une biographie exacte et précise est donc une contribution efficace à l’étude de l’évolution et des progrès de la Science médicale.

Mais aujourd’hui, ayant ainsi préparé l’analyse de l’œuvre et de la vie chirurgicales du Professeur Fernand Orban – fresque dont je vais avoir l’honneur de retracer les principaux aspects devant vous – permettez-moi de vous confier que j’ai encore beaucoup appris, non tant sur les plans chirurgical et scientifique sans doute, mais bien très certainement sur le plan humain, alors que croyais fort bien connaître un de mes anciens patrons.

Monsieur le Procureur général,

Votre présence à cette séance témoigne de la vieille amitié que vous portiez à Fernand Orban, votre ancien camarade de guerre, depuis le moment où vous l’aviez accueilli à Londres, le 28 août 1942.

Vous êtes donc ici autant en raison d’une amitié fidèle qu’en qualité de témoin du volet de sa vie, à la fois militaire et chirurgicale, pendant les années qu’il passa au sein de l’Armée britannique.

Croyez, Monsieur, que le Bureau de l’Académie royale de Médecine et tous les membres de notre Compagnie sont sensibles à votre démarche.

Monsieur le Président, mes chers Confrères, Mesdames et Messieurs,

De bonne souche liégeoise, Fernand Orban naquit le 9 mai 1902.  C’est en 1927 qu’il fut promu Docteur en Médecine, avec grande distinction, par l’Université de l’Etat à Liège.

Au cours de ses études, Fernand Orban marque déjà un intérêt réel pour la recherche.  En effet, dès 1921, il travaille comme jeune étudiant au laboratoire de Zoologie.  En 1922, il passe un séjour au laboratoire de Roscoff.  De 1924 à 1927, il est nommé élève-assistant dans le service d’Histologie du Professeur Han de Winiwarter, après avoir d’ailleurs séjourné, en 1924, dans le laboratoire d’Histologie de l’Université de Strasbourg, dirigé alors par le renommé Professeur Bouin.

Dès ses premières années d’Université, Fernand Orban fut donc ainsi accueilli par deux Maîtres renommés, de Winiwarter à Liège et Bouin à Strasbourg.

Tout en continuant ses recherches en Histologie, Fernand Orban est externe du service de Chirurgie infantile chez le Professeur Louis Delrez, dont il deviendra d’ailleurs l’interne, puis l’année 1927 le verra proclamé Docteur en Médecine.

En même temps, le Docteur Orban est lauréat du concours des bourses de voyage, et c’est alors, dans le service de Clinique chirurgicale de Strasbourg, sous la direction du Professeur René Leriche, qu’il passera un séjour extrêmement fructueux, jusqu’en octobre 1930.

Puis il sera nommé assistant plein-temps de Clinique chirurgicale à l’Université de Liège et deviendra, en 1935, chef de travaux dans le même service.

Des qualités qui s’extériorisaient déjà chez le jeune médecin – comme chez le jeune chercheur d’ailleurs – c’est incontestablement ce que d’aucuns n’ont pas hésité à appeler son « objectivité cartésienne » qui en sera la caractéristique majeure.  Ce sens de l’objectivité, il l’avait certes cultivé par la fréquentation des titulaires des sciences de base, mais c’est sans aucun doute le long séjour de près de trois années à Strasbourg, dans le sillage de René Leriche, qui sera déterminant et imprimera, de manière indélébile peut-on dire, toute sa vie chirurgicale.

« Mon Maître René Leriche » ainsi qu’il nous le disait volontiers, quand il ne soulignait pas, d’une voix à la fois ferme et émue, « Mon Maître, tout court ».  Comme d’autres chirurgiens, il fut véritablement impressionné et subjugué par son premier séjour alsacien, chez un tel chef d’école, pour lequel il conservera, sa vie durant, une profonde vénération.   

Dès le début de l’année 1939, Fernand Orban entreprend un voyage d’études qui le conduira en France à nouveau, en Italie où il fréquente le service de Chirurgie osseuse de Putti à Bologne, celui de Paolucci à Rome, ainsi que le Département des urgences de Böhler, à Vienne.

Mais bientôt c’est la mobilisation et il se voit affecter à l’Hôpital militaire de Liège, et après la campagne de mai 40, c’est à l’Hôpital militaire de Berck-plage que nous le retrouverons, ainsi que, par après, à nouveau à l’Hôpital universitaire de Bavière.

En 1942, nous apprenions par un message plus ou moins sybillin de la radio clandestine que le Docteur Orban était bien arrivé à Londres.  Durant près de trois années, il va avoir l’honneur de servir en qualité de Chirurgien-consultant, avec le grade de Major, dans les cadres du service médical de l’Armée britannique.

C’est le 1er mai 1945 que le Docteur Orban sera nommé chargé de cours de Clinique et de Policlinique chirurgicale à l’Université de l’Etat à Liège.  Il sera professeur extraordinaire le 1er janvier 1953 puis, le 9 mai 1959, promu en qualité de professeur ordinaire, jusqu’à l’éméritat, soit le 9 mai 1972.

L’analyse de l’œuvre et des activités chirurgicales du Professeur Orban peut, à mon sens, être considérée sous trois aspects majeurs :

- la chirurgie osseuse, dont les éléments lui avaient été rendus familiers dans le service du Professeur Delrez, quand il était interne puis assistant de Clinique chirurgicale infantile ;

- la chirurgie digestive également, grâce aussi à la remarquable collaboration et à la symbiose vraiment très étroite qu’il avait mises sur pied avec le service de Gastro-entérologie de la Clinique médicale universitaire ;

- enfin, le domaine de la Pathologie chirurgicale des maladies vasculaires, qui, peut-on dire, le passionna durant près de 45 années, imprégné des idées de l’Ecole strasbourgeoise, dont il fut, en Belgique tout d’abord, puis Outre-Manche et Outre-Atlantique par après, le porte-parole convaincu et l’infatigable messager.

Les aspects particuliers de la Chirurgie infantile intéressèrent toujours notre Patron et ce, dès son assistanat.  Le Professeur Orban ne manquait jamais de rappeler qu’un secteur de son service était réservé à la Chirurgie infantile et à celle du nourrisson – domaines qu’il se réservait d’habitude préférentiellement tant pour les cas digestifs que pour les thérapeutiques chirurgicales tumorales diverses et tout autant pour les importantes composantes orthopédiques qui s’y développaient.

Personne le lui déniait une compétence réelle en pathologie du système ostéo-articulaire, qualification qui lui fut reconnue, tant au plan national qu’au niveau des instances internationales.  En ce domaine, il s’était particulièrement intéressé aux fractures du col du fémur et ses idées rejoignaient les théories de Pauwels d’Aix-la-Chapelle, le spécialiste mondialement reconnu de cette lésion si courant de la hanche et de ses séquelles invalidantes.

Le docteur Orban, pendant très longtemps, s’était fait le défenseur de l’ostéotomie sous-trochantérienne, type Putti ou Mc Murray.  L’orthopédiste en outre s’était enthousiasmé pour ce qu’il appelait « le triomphe de l’orthopédie » : je cite les opérations de pause d’une « cup en vitallium » ou de « prothèse acrylique ».

Le Professeur Orban ne manquait pas, dans ses leçons cliniques – qu’il s’agisse des étudiants des doctorats en Médecine, autant d’ailleurs que des médecins praticiens – lors des sessions des journées post-universitaires ou au cours d’exposés à la tribune de la Société médico-chirurgicale, d’analyser avec méthode et minutie ces cas de lésions de la hanche, d’en discuter les indications et le choix de la technique opératoire.

Et la conclusion de l’auditeur – étudiant ou médecin – débouchait sur le sentiment de la réelle honnêteté professionnelle qui a toujours caractérisé la vie chirurgicale de Monsieur Orban.

En 1961, il fut amené à présenter son expérience en ce domaine particulier de la pathologie de la hanche aux « entretiens de Bichat » et ce bien avant d’être invité à exposer ses idées à Rochester, en qualité d’invité de la Mayo Clinic, le 10 juin 1969.

Le second volet de prédilection des activités chirurgicales de Fernand Orban fut certainement la chirurgie gastro-entérologique.  Il s’intéressa notamment à la vagotomie transthoracique dans le traitement de l’ulcère peptique post-opératoire.  Et c’est au congrès français de Chirurgie de 1958, qu’il pouvait présenter quelque 30 observations de vagotomie transthoracique pour ulcère peptique, dont il retenait particulièrement quatorze cas.

Les résultats clinique de la vagotomie sont au moins aussi bons que les autres modalités opératoires, enseignait-il, et avec un risque bien moindre, même chez des sujets âgés, en mauvais état général.

Par cette présentation de qualité, s’inscrivant dans le cadre du 60ème congrès français, le Professeur Orban confirmait les excellents résultats de Perrotin et Hollender, qui en tant que rapporteurs audit congrès, faisant état d’une série de 39 observations d’ulcéreux peptiques, traités par vagotomie thoracique, enregistraient aussi 92 % de guérisons, les délais s’échelonnant de un à dix ans.

Fernand Orban s’était non seulement attaché, dans un tel domaine, à un problème de technique chirurgicale assez neuf à l’époque – rappelons qu’il y a de cela plus de 30 ou 35 ans – mais il soulignait tout autant, selon les règles impératives de l’objectivité scientifique, l’intérêt de la vérification des aspects biologiques rencontrés chez de tels malades, soit donc tous les tests devenus classiques, et qu’il publia avec Mme Liliane Ruyters.

Rappelons encore que la vagotomie avait déjà été expérimentée chez l’animal, antérieurement, depuis plus de trente années, mais que les résultats expérimentaux n’avaient apporté que des « conclusions touffues, souvent contradictoires ».  N’avait-on même pas déclaré, à un certain moment, que le vague était uniquement composé de fibres sympathiques tandis que d’autres soutenaient que le nerf vague n’en renfermait absolument aucune !...

Mentionnons par exemple, en un tel domaine si diversement apprécié par d’importantes Ecoles physiologiques ou chirurgicales, les contributions majeures de Latarjet et Pauchet, en France, et celles de l’Ecole américaine avec Dragstedt à Chicago, Walters à la Mayo Clinici et Moore à Boston.  Sujet délicat s’il en fut, déjà débattu en 1947 au congrès annuel de l’ « American Surgical Association ».

Les choses avaient donc continué ainsi et l’Europe, finissant par combler son retard dû aux années de guerre, s’était aussi préoccupée de la question.  C’est donc à l’occasion dudit congrès de l’Association française de Chirurgie, en 1958, que le Professeur Orban avait décidé de faire part de son expérience personnelle.

On peut dire, pour caractériser son action dans ce secteur chirurgical qu’il affectionnait, que la pathologie gastro-entérologique fut un des domaines que maîtrisait Monsieur orban.

Outre l’intérêt fondamental qu’il réserva à la vagotomie et à ses indications, il ne négligeait nullement, pour autant, aucun autre aspect de la pathologie digestive, ainsi qu’en témoigne toute une série de travaux et de rapports qu’il publia seul ou en collaboration avec plusieurs d’entre nous (qu’il s’agisse des sténoses cicatricielles de l’œsophage, du traitement chirurgical des tumeurs du cardia, des anomalies congénitales de l’œsophage et des duplications du grêle chez le nourrisson, ou encore de la cure chirurgicale de la maladie de Hirschsprung du jeune enfant) ?

Un troisième aspect des activités chirurgicales universitaires du Professeur orban est celui auquel il se consacra corps et âme, peut-on dire.  Il y réserva le maximum de son temps, le meilleur de lui-même, c’est le domaine dans lequel il excellait, tant au point de vue du diagnostic clinique qu’en ce qui concerne l’indication opératoire et la sanction chirurgicale.

C’est dire ainsi tout l’intérêt et rappeler les travaux de Fernand Orban en pathologie chirurgicale vasculaire.

C’est, nous l’avons souligné, incontestablement à René Leriche qu’il dut son initiation dans ce secteur particulier de la Physiopathologie humaine.

N’est-ce pas ici le moment de rappeler que, dès 1917, en pleine période de guerre, et grâce à l’observation des blessés qui lui étaient confiés, Leriche commençait à évoquer « le syndrome sympathique consécutif à certaines oblitérations artérielles traumatiques » ?  L’idée était lancée, les observations cliniques d’accumulaient, Leriche les analysait et bâtissait des hypothèses.  Des élèves enthousiastes le rejoignaient qui, dans une telle ambiance stimulante et enrichissante, allaient avoir la charge de vérifier expérimentalement les hypothèses formulées.

C’est ainsi que le jeune Docteur Orban, diplômé en 1927, mais déjà familier de la prestigieuse faculté alsacienne, réintégrée depuis dix ans à peine dans le sein de la patrie française, allait se former à la discipline rigoureuse de la chirurgie expérimentale sur le chien, avec l’aide d’un brillant élève de Leriche, le Docteur Pau Stricker.

Leriche préconisait l’artériectomie dans le traitement des accidents consécutifs aux oblitérations artérielles.  Comme l’écrivaient Stricker et Orban dans une publication princeps, rapportant cette idée si simple et si vraie : « Leriche estimait … qu’une artère oblitérée n’est plus une artère, un conduit vecteur de sang, mais un groupement de nerfs sympathiques en conditions anormales et irrités chroniquement ».

Il avait donc suggéré à ses élèves un programme expérimental afin de comparer l’effet des ligatures artérielles à celui des artériectomies.  Les résultats de ces diverses étapes expérimentales – qu’il serait trop long d’analyser ici – sont remarquablement exposés sous la signature des deux jeunes expérimentateurs dans le numéro de novembre 1930 du « Journal français de Chirurgie ».  Ils y font la démonstration de la survie normale des « chiens sans artères », sans manifestation aucune de phénomènes de gangrène.

Nous ne pouvons résister à en rappeler ici quelques conclusions :

- la suppression successive des artères principales d’un membre par une technique d’exclusion entre ligatures, dans le but de réaliser des oblitérations artérielles étendues, ne donne pas davantage de troubles trophiques, les animaux observés durant de nombreux mois paraissant tout à fait normaux ;    

- la résection complète successive des artères principales d’un membre jusqu’à la terminaison de l’aorte est parfaitement tolérée, à la condition de procéder en plusieurs temps.  La réalisation de : « chiens sans artères principales des membres » montre que l’apparition de troubles trophiques dépend d’autres causes que de l’oblitération pure et simple des gros troncs artériels ;

- la suppression massive du carrefour aortique comportant donc l’ablation de la terminaison de l’aorte, les iliaques, les hypogastriques et les sacrées moyennes, ne permet pas au chien d’établir une suppléance par circulation collatérale.  La suppression du système péri-artériel ainsi concerné est insuffisante pour empêcher une gangrène massive.  Mais si l’on pratique en même temps la double résection de le la chaîne sympathique lombaire, il est parfaitement possible de conserver les chiens en vie, c’est-à-dire que l’action vasodilatatrice considérable de la ramisection bilatérale entraîne un phénomène de suppléance particulièrement rapide et « aide les tissus à franchir le stade critique », tandis que les animaux non ramisectionnés meurent.

Durant les années qui suivent, Fernand Orban continuera sa formation de chirurgien général dans le service du Professeur Delrez.  Mais il faut reconnaître qu’il s’est véritablement concentré, avec prédilection, sur le domaine de la Pathologie vasculaire.  L’empreinte de Leriche en effet l’avait marqué pour toujours.

En 1945, dans la paix retrouvée, et sa nomination acquise en qualité de chargé de cours de Clinique et de Policlinique chirurgicales, comment Fernand Orban nous a dit que s’il était le premier « à suivre et à admirer les directives résultant de l’expérimentation en laboratoire… », il lui paraissait nécessaire toutefois de rappeler que … « la chirurgie est une chose d’application humaine, et que les faits cliniques en sont les fondements essentiels ».  Cette phrase – j’allais dire cette vérité première, exprimée quasi en boutade – résume bien le cheminement de sa pensée et le mode de conduite de Fernand Orban dans toute sa vie chirurgicale et dans ses activités d’enseignant.  C’est une des notions fondamentales dont il nous a tous imprégnés.  Aussi n’hésitait-il pas à s’élever, devant nous ses assistants, et à stigmatiser le comportement de certaines écoles chirurgicales qui se refusaient « au passage à l’acte thérapeutique sur l’homme, malade, parce que la Physiologie expérimentale n’avait pu en démontrer l’efficacité sur l’animal, sain, en laboratoire ».  Un tel comportement, particulièrement saisissant dans le « traitement des artérites… » lui était évidemment insupportable, lui qui durant quelque 25 années déjà, avait contribué efficacement à l’expérimentation de laboratoire, tout d’abord à Strasbourg, mais qui en outre avait amoncelé des faits cliniques nombreux et démonstratifs.     

Rien d’étonnant alors de votre notre jeune Chef de service véritablement partir en croisade en faveur de la chirurgie du sympathique, tentant de vaincre la défiance des praticiens et de créer un « courant d’idées en faveur de cette nouvelle formule thérapeutique chirurgicale : la chirurgie du sympathique, associée à l’excision des segments artériels thrombosés ».

Fernand Orban, depuis la fin de la guerre, jusqu’à son éméritat en 1972, ne cessa donc de se dépenser pour défendre et propager la bonne parole en faveur de la chirurgie des artériopathies.  C’est ainsi qu’il présenta à Turin (1951), à la réunion internationale de Chirurgie cardiovasculaire, une importante communication sur les « anévrysmes et artérites septiques ».

Peu après, il s’intéressera avec Jean Lecomte au rôle joué par l’histamine dans les manifestations de l’hypersensibilité au froid au niveau des membres.

Ou encore, en 1958, à Düsseldorf, il analysera le tableau des « pseudo-syndromes de Raynaud chez l’homme ».  Il tente d’un délimiter l’endartérite et la thrombo-angeiose, soulignant la possibilité d’association des acrospasmes digitaux non seulement avec des lésions des collatérales des doigts mais avec des blocages solitaires des gros troncs de l’avant-bras.  Il précise le rôle déclenchant de crise type Raynaud par un névrome et compare le tableau de l’affection chez l’homme et chez la femme.

C’est en 1960 seulement – dans le cadre du 62ème congrès français de Chirurgie – que se donnant encore une fois le recul nécessaire, Fernand Orban va publier, en collaboration avec H. Van Cauwenberge, son essai de traitement de la thrombo-angeioise de Buerger par surrénalectomie bilatérale subtotale et sympathectomie.

En effet, suite au décès accidentel d’un homme de 37 ans, ouvrier très vigoureux, Orban put étudier la plupart des vaisseaux chez cette personne qui, malgré un état général florissant – ce travailleur était « l’image de la santé » - présentait néanmoins une « minuscule plaque de prégangrène, en voie de cicatrisation, sur l’annuaire ».  Il découvre dans la plupart des artérioles de cet homme, tant au niveau des membres que des viscères – du cerveau par exemple, ou encore des bronches – le même type de lésions, disséminées, à savoir une prolifération cellulaire sous l’intima, soulevant cette couche.

Sur la collatérale du doigt malade, les cellules de néoformation pénètrent dans un thrombus récent.  Mais partout le média du vaisseau reste intacte et ainsi qu’Orban le décrit : « toute la maladie semble partir de l’intima pour progresser vers la lumière vasculaire ».  Ces altérations sont parsemées, sur des vaisseaux par ailleurs sains, laissant entre elles des segments absolument normaux.  Fernand Orban rapporte encore n’avoir « trouvé nulle part une description anatomique aussi précoce de cette étrange maladie, affectant déjà la plupart des artérioles d’un individu apparemment en excellent état ».  Selon lui, ces proliférations endothéliales doivent évoluer par poussées » entrecoupées de silencieuses et longues rémissions », les signes cliniques ne se manifestant seulement qu’avec la formation du thrombus, problème qui, à l’époque, restait entier, car on connaissait mal les phénomènes de fixation des plaquettes en fonction de la qualité de l’endothélium vasculaire, voire de l’état de l’intima.

Il continuera à se passionner pour ce problème curieux et difficile de pathologie chirurgicale vasculaire survenant essentiellement chez l’homme, et l’homme jeune, atteint parfois dès l’âge de 20 à 25 ans.  Il confrontera ses résultats et en discutera souvent, non seulement avec Leriche, Fontaine ou Wertheimer, mais encore avec Aimes, Delannoy, Künlin, Patel, Tingaud et Ferrand d’Alger, pour ne citer que quelques collègues français, mais aussi avec Pettinari de Padoue, Jean Govaerts à Bruxelles, et tout autant avec les plus éminents des chirurgiens américains et britanniques qui le tenaient en très grand estime, depuis les années de guerre.

C’est le 9 mars 1960 d’ailleurs que le Professeur Orban se voit confier l’honneur, et a le rare privilège, de donner devant le « Royal College of Surgeons » à Londres, la « Moynihan Lecture » et ce, vingt ans après que son Maître René Leriche, invité par la même prestigieuse et vénérable Institution, y eut développé le même type de sujet, les maladies vasculaires.  Fernand Orban avait intitulé sa lecture « New trends in the treatment of thromboangeosis (Buerger’s disease) », faisant à cette occasion une revue d’une expérience plus récente, acquise au cours des dix dernières années, avec notamment 580 sympathectomies lombaires, 57 sympathectomies thoraciques hautes, 30 surrénalectomies bilatérales subtotales, et plus de 1800 artériographies, pratiquées à la Clinique chirurgicale universitaire de Liège.     

 Fort à propos également, il ne manqua pas de rappeler que la toute première description anatomique de l’étrange maladie, affection thrombosante des artères et des veines, avait été publiée à Vienne en 1878 par un assistant du Professeur Billroth, le Docteur Alexandre von Winiwarter, qui devait d’ailleurs devenir, par après, de 1890 à 1917, le titulaire de la Clinique chirurgicale de Liège.

Alexandre de Winiwarter pourrait donc fièrement contempler, avec une réelle satisfaction, son œuvre de pionnier puisqu’un de ses successeurs, dans la même Université et dans la même Chaire, devait magistralement reprendre la question et l’étudier à fond, s’imposant lui-même comme un Maître en ce domaine et, par après, sa compétence devant être internationalement appréciée.

Signalons aussi que Fernand Orban tenait à rendre hommage à son prédécesseur, en précisant que c’est seulement trente années après celui-ci – en 1908 exactement – que Leo Buerger publiait la première fois sur la maladie qui devait porter son nom.  Et il nous répétait volontiers que par respect pour la vérité historique, il convenait de dire la « maladie de von Winiwarter-Buerger », de préférence à la « maladie de Buerger ».

Ce devait encore être dans le sillage de Leriche et de ses élèves, semble-t-il bien, que l’attention des chirurgiens avait été attirée initialement sur le rôle des surrénales en pathologie vasculaire, car on avait constaté, sans doute quelque peu empiriquement, au début en tout cas, que la surrénalectomie unilatérale semblait renforcer, et même prolonger, les effets bénéfiques des gangliectomies sympathiques.

On pourrait encore rappeler le mécanisme de la pensée et l’enchaînement d’idées qui amenèrent Fernand Orban, dès 1955, à suivre dans la thérapeutique chirurgicale de la thromboangeiose, un schéma type de traitement, devenu classique depuis, à savoir :

- la sympathectomie lombaire bilatérale, avec ménagement du premier ganglion lombaire, d’un côté, pour éviter les troubles de l’éjaculation ;

- la sympathectomie thoracique supérieure bilatérale, jusqu’à DIII, quand le malade, comme souvent, développe une symptomatologie d’un ou des membres supérieurs ;

- la surrénalectomie totale à gauche et subtotale à droite.

En outre, les résultats devaient toujours être vérifiés avec un soin  minutieux et si les phénomènes douloureux subjectifs, les épisodes d’acrospasmes et les ulcérations s’améliorent ou disparaissent définitivement chez la plupart des opérés après la seconde surrénaletomie, ce sont également les tests objectifs qui seront scrupuleusement et itérativement contrôlés tant par les assistants que par le Patron lui-même : notamment la température locale des membres et la suppression de la réaction sudorale par le test à la ninhydrine.

Les dosages des stéroïdes plasmatiques et urinaires, que Fernand Orban avaient confiés à nos Collègues Heusghem et Van Cauwenberge et à leur équipe, devaient démontrer que la surrénalectomie bilatérale subtotale ainsi pratiquée réduit l’activité surrénalienne à un niveau extrêmement bas, et que le petit fragment résiduel de surrénale droite est vraiment juste suffisant pour maintenir l’équilibre de l’opéré, sans, pour autant, rendre celui-ci addisonien.

De tels résultats plus que satisfaisants – que l’on peut, à posteriori qualifier d’excellents – acquis dans une affection aussi grave, et basés sur une thérapeutique chirurgicale réalisée en plusieurs temps, furent contrôlés longtemps après, et publiés par Fernand Orban, seul ou en collaboration, notamment avec L. van de Berg (Paris 1958, Münich 1959, Amsterdam 1966, etc…).

Voilà certes un bilan d’activités assez remarquable, dont j’ai tenté – trop brièvement peut-être – d’ébaucher la synthèse, tant dans le domaine chirurgical qu’en ce qui concerne l’enseignement, les deux aspects étant d’ailleurs complémentaires !

Mais ces activités ne se déroulèrent pas de manière homogène, tant s’en faut.  Elles furent entrecoupées en effet, au moment de la guerre, dès après la campagne de 1940, mais surtout, en 1942.

Les tout jeunes étudiants en Médecine et les internes que nous étions alors, se rappellent avoir entrevu, au gré des circonstances, le Dr Orban partager son temps entre la Clinique chirurgicale de l’Hôpital de Bavière, puis, pour les soins aux militaires et aux blessés, l’Hôpital militaire St-Laurent, mais aussi sous l’égide de la Croix-Rouge, dans les services de la Clinique Ste-Rosalie.  Certains peut-être ont peu connu cette période ou ne s’en souviennent guère, mais nos aînés et nous-même en avons conservé des images véritablement frappantes, qui ne peuvent nous laisser indifférents, car nous avons tous, de près ou de loi, été mêlés à cet enchaînement de circonstances que nous ne pouvions d’ailleurs guère contrôler.

C’est ainsi que dès septembre 1940, Fernand Orban fait effectivement partie d’un service de Renseignement et d’Action et ce jusqu’au moment où, suite à une dénonciation, il doit fuir l’hôpital puis, peu après, quitter la Belgique occupée, le 30 juin 1942.

Quand il arrive à Londres pour être repris dans les cadres des Forces belges en Grande-Bretagne, le 28 août 1942, il y est accueilli par deux officiers, Messieurs Dumon et Kusters, qui le décrivent comme étant « gonflé à bloc »…

Il voulait servir sans tarder et efficacement.  Il est tout d’abord affecté à des activités de renseignements dans les cadres de la Sûreté de l’Etat.

Il sera rapidement commissionné au rang de « Médecin-Lieutenant » le 15 novembre 1942, avait d’être mis à la disposition de l’Armée britannique – ce qu’il souhaitait ardemment – dans le « Royal Army Medical Corps », le 13 décembre de la même année.  Il y servira, avec le grade de Major-Chirurgien consultant, dans des unités médicales en campagne, le plus souvent en première ligne, et ce jusqu’en mai 1945.

Nous savons en effet depuis peu de temps qu’il rejoignit tout d’abord le « Royal Herbert Hospital » à Woolwich, en guise de première étape d’entraînement militaire, puis qu’il fut affecté à une unité chirurgicale de réparation plastique et osseuse, rattachée à un champ d’aviation de la RAF, tandis qu’il subissait un entraînement spécial dans le Yorkshire en vue du débarquement.

La responsabilité d’une unité chirurgicale de campagne, à Plymouth, fut alors confiée au Major Orban qui y opéra les premiers blessés de Normandie, le lendemain du 6 juin 1944.  Le 5 décembre 1944 enfin, son unité est transférée dans la région d’Anvers, peu avant l’offensive von Rundstedt.

Cependant il est extrêmement difficile – hormis ce bref rappel des états de service que nous venons d’évoquer – d’obtenir des informations précises concernant le travail et concernant les activités du Major-Méecine Orban, durant la guere.  Une sorte de retenue semblait lui interdire d’en évoquer le souvenir, hormis peut-être celui de la première interview médico-militaire qu’il dut subir peu de temps après son arrivée en Grande-Bretagne, quand, son mauvais accent aidant, il fut pris pour un « sergeant » au lieu d’un « surgeon… », ainsi qu’il le rappelait parfois, avec humour.

Mais de ces trois années passées dans le cadre de l’Armée britannique, nous pouvons seulement en inférer, étant donné l’importance et la valeur des plus hautes distinctions honorifiques que le Major Orban reçut au titre militaire et, par ailleurs, étant donné la haute estime que ses collègues anglais lui ont toujours manifestée dès ce moment, et l’amicale fidélité qu’ils lui ont témoignée jusqu’à ses derniers jours, nous pouvons en inférer que ses activités médico-chirurgicales et militaires ne furent certes pas banales.

Nous avons conservé, lorsque nous étions internes de Chirurgie – ainsi que les assistants nos aînés – le souvenir du retour du Professeur Orban, peu après la libération, auréolé d’un prestige qui nous impressionnait, portant avec élégance l’uniforme des officiers britanniques.  Il ne manquait pas chaque fois qu’il pouvait s’échapper quelques heures de son unité, toujours en opération dans le nord du pays, de venir se replonger dans ce vieil Hôpital de Bavière, témoin du déroulement de tout le cycle de ses activités passées.

C’est donc en mai 1945 que le Major Orban sera démobilisé et rendu définitivement à la vie civile.  C’est sans transition – et sans repos – qu’à peine nommé dans le corps académique de l’Université de Liège, il prendra possession de la nouvelle charge.  Le devoir civil – à commencer – ou à commencer, devait-on plutôt dire – s’enchaînait donc au devoir et aux tâches militaires, mission si parfaitement et brillamment remplie !

Dès ce moment, on peut dire que le Professeur Orban est partout dans son ancien service, mais cette fois en tant que Patron.  La formule consacrée « il y donnera toute sa mesure » est particulièrement pertinente et s’appliquera très vite à notre Chef de service.  Son action sera d’emblée intense et diversifiée.  Il se révèle un thérapeute efficace et compétent, réservant à ses opérés une aide maximale et une humanité des plus directes, tout autant qu’il va se vouer à l’enseignement.

Il modifie, il organise et réorganise le service, car il avait pu apprécier l’excellence de la discipline des hôpitaux anglo-saxons et avait entrevu notamment l’importance et la nécessité de la création d’entités séparées, comme par exemple une unité de brûlés, avec son isolement et son organisation propres.

Mais il va surtout, car il en réalisait l’impérieuse nécessité, aider à l’individualisation d’un secteur nouveau, jusque-là considéré comme partie intégrante des activités cliniques chirurgicales, je veux dire le secteur d’Anesthésiologie et réanimation.

Ces deux disciplines connexes, peu à peu, vu l’ampleur de la tâche et les progrès considérables réalisés pendant les années de guerre, notamment dans le domaine des soins intensifs, tendront à se démarquer de l’ensemble du Département, et l’Anesthésiologie devait s’affirmer, tant sur le plan pratique, professionnel, que sous l’angle de l’enseignement, comme une véritable entité complète.

C’est ainsi que notre ami de toujours, ancien camarade d’études et fidèle compagnon d’internat, le regretté Marcel Hanquet, se verra confier ce nouveau secteur, le premier en Belgique à être ainsi rendu autonome.

C’est à l’impulsion déterminante, notamment et essentiellement du Professeur Orban, qu’une Chaire d’Anesthésiologie-réanimation fut créée dans le sein de la Faculté de Médecine de Liège.                     

La chose peut paraître assez banale aujourd’hui et, peut-être cette évocation fera-t-elle sourire certains de nos jeunes collègues qui n’ont pas connu cette période de transformation des structures hospitalières.  Il faut toutefois se remémorer cette époque – et les nombreuses démarches entreprises – pour comprendre quelle ténacité et quelle volonté furent nécessaires à Fernand Orban pour faire aboutir un tel projet !

La consécration de Marcel Hanquet fut une grande joie et un magnifique objet de satisfaction pour le Professeur Orban, après des années d’efforts et d’escarmouches administratives.

Le sort, malheureusement, devait interrompre trop tôt une telle carrière et Monsieur Orban, alors promu à l’éméritat, a ressenti très durement la perte de Marcel Hanquet.

Je voudrais enfin évoquer quelques aspects du caractère du Professeur Orban et tenter de situer sa personnalité sur le plan humain.

Fernand Orban qui était de forte stature, de taille élancée et de belle prestance, présentait un visage quelque peu sévère.  Son abord, au premier moment, pouvait apparaître comme assez distant.  Le verbe était bref et parfois bourru, mais une fois la glace rompue et le dialogue établi, l’interlocuteur, parfois décontenancé au départ, réalisait rapidement qu’il se trouvait devant un homme de cœur et particulièrement généreux.  Cette qualité foncière, cet aspect de son caractère que connaissaient bien, après peu de temps, ceux qui furent ses assistants, étaient tout autant appréciés par les étudiants – même les plus jeunes – que par les externes et les internes du service.

Avec ses collaborateurs, le Professeur Orban était extrêmement direct, les reprenant parfois, les encourageant toujours, les aidant autant que faire se peut.  Il suivait attentivement leurs activités de chirurgie expérimentale au laboratoire, tout autant qu’il les laissait opérer en premier, leur faisant confiance mais restant le guide sûr et le conseiller sur lequel ils pouvaient se reposer.  Avec les malades et les opérés, il se révélait d’une grande bonté et d’une compassion extrême.

On peut dire que si le Professeur Orban en imposait par sa taille et sa prestance, il se caractérisait tout autant par sa discrétion, son dévouement, son efficacité et sa remarquable conscience professionnelle.

Comme bien d’autres, j’ai personnellement pu apprécier et ses qualités de cœur et son honnêteté foncière, à plusieurs reprises, au gré des circonstances de la vie universitaire, ou de la vie tout court.

Quant aux caractéristiques et aux aspects de son enseignement, ils furent soulignés à diverses reprises.  Sa devise en ce domaine aurait pu être : « Si tu enseignes, fais-le bien ».  Il était clair dans le raisonnement, précis et simple dans les termes, et ce qui nous a toujours frappés, c’est le soin minutieux avec lequel, la veille d’une leçon clinique, il préparait celle-ci, y consacrant plusieurs heures de l’après-midi et toute la soirée, revoyant la littérature et les publications les plus récentes.  Les cas de malades présentés étaient donc analysés et caractérisés avec grand soin.

Puis vient l’inexorable limite d’âge et le Professeur Orban fut fêté, en famille, je dirais, par ses collaborateurs du moment, auxquels s’étaient joints tous ses anciens assistants.

Il devait commencer à goûter tout le charme d’une paisible retraite dans un pays de rêve, où il se sentait particulièrement bien.

Petit à petit, sa santé commença à s’altérer et au cours des dernières années, il ne devait plus guère quitter sa propriété de La Garde Freinet.  Il y recevait avec joie quelques amis – notamment les chirurgiens britanniques dont il appréciait la fidélité des sentiments et l’amitié – ainsi que certains de ses anciens assistants et de ses collègues.

J’ai toujours été frappé de la retenue et de la discrétion extrêmes avec lesquelles il voulait masquer l’état de sa santé, qui empirait de manière lente et progressive, mais absolument inéluctable.  Très lucide, il s’en rendait parfaitement compte, mais pour qu’il veuille bien en parler – oh combien discrètement – l’interlocuteur devait insister, sous peine de voir immédiatement la conversation détournée vers d’autres horizons.

Il savait et il appréciait, chère Madame, l’affection vigilante dont vous l’entouriez, votre prévenance qui ne s’est jamais démentie au cours de ces dernières années qui, sans vos soins et votre dévouement, auraient été particulièrement lourdes à supporter pour un homme habitué à l’action, confiné des mois bien longs à une inactivité qui lui pesait… d’autant que sa passion de toujours, la lecture, – centrée sur son engouement pour l’étude des langues, des civilisations, de l’histoire – lui fut également progressivement refusée, étant donné l’état de sa vision.

Néanmoins un des grands plaisirs qu’il éprouvait était d’entendre les nouvelles les plus récentes de la vie universitaire, dont il se trouvait, par la force des choses, tenu éloigné.  C’était d’entendre commenter les nouvelles médicales en général et aussi d’être tenu au courant du déroulement des activités de la Faculté ou de l’Académie…

L’attachement du Professeur Orban à son Hôpital et à son Université tait, peut-on dire, viscéral.

N’est-elle pas émouvante la lettre qu’il écrivait au Président de l’ordre des Médecins de Liège, quand le 27 octobre 1977, la promotion à laquelle il appartenait était fêtée à l’occasion du cinquantenaire des diplômes, alors qu’un certain nombre de médecins sortis en 1927 se retrouvaient, pour la circonstance.

C’est avec une réelle nostalgie sans doute, mais avec beaucoup de dignité certes, qu’il écrivait, en voulant excuser son absence à cette cérémonie, « … C’eût été pour moi la chance – peut-être la dernière – de rencontrer mes camarades d’étude … Pendant les années que j’ai vouées à l’hôpital, c’était toujours une joie de les revoir, eux ou mes élèves… ». Plus loin il continuait : « Dites-leur, je vous prie, que je leur souhaite une retraite sereine et heureuse, en leur conseillant de ne pas rompre totalement avec la profession… car, pour moi, le départ du service de Chirurgie demeure un manque extrêmement pénible qui m’a infligé la solitude… ».  Ce message d’amitié, de fidélité à son Université et aux activités hospitalières et d’enseignement auxquelles il avait voué sa vie, explicite toute la personnalité du Professeur Orban.

Une telle activité et de telles qualités scientifiques et humaines se devaient d’être reconnues par les plus hautes instances académiques, médicales et chirurgicales.

Le Professeur Orban était membre de toute une série de sociétés nationales et étrangères.

Retenons-en parmi elles, les principales :

Il était : Membre titulaire de la Société internationale de Chirurgie, de la Société européenne de Chirurgie vasculaire, de l’Association française de Chirurgie, de l’Association des Anatomistes de langue française…

Il était aussi Fellow de l’Association des Chirurgiens de Grande-Bretagne et d’Irlande, Fellow de l’Académie royale de Médecine d’Irlande, Fellow du « Royal College of Surgeons » de Grande-Bretagne, ainsi que de l’ « American College of Surgeons ».

Il était encore Membre de la « Hunterian Society » de Londres, et des « Surgical Travellers », de Londres.

L’Académie royale de Médecine de Belgique l’avait élu Correspondant national en décembre 1963 et il avait été élevé au titulariat lors des élections de décembre 1969.

Par ailleurs, les plus hautes distinctions honorifiques, civiles et militaires, lui avaient été décernées : il avait été fait « Officer of the Most Excellent Order of the British Empire » (O.B.E.) ; il reçut la « Defense Medal 39-45 », l’Etoile France-Allemagne, la Croix de guerre 40-45, la Croix des Evadés, la Croix de la Résistance armée, la Croix des Volontaires de guerre et la Croix de la Commémoration de la Victoire.

En outre, S.M. le Roi lui avait conféré le rang de Grand Officier dans l’Ordre de Léopold.

En guise de conclusion, qu’il me soit permis d’emprunter cette pensée à un esprit véritablement universel et encyclopédique, Emile Littré, Membre de l’Institut, et qui fut encore « Associé libre » de l’Académie nationale de Médecine.

« On peut dire, a écrit Littré, que la Médecine – la Chirurgie en particulier – est normalement et intellectuellement une bonne école, sévère et rude, mais fortifiante, un perpétuel témoin des souffrances et de la mort, et qu’elle inspire une profonde pitié pour la condition humaine.  Elle doit servir l’homme avec enthousiasme et avec ferveur, dans la loyauté et le désintéressement ».

N’est-ce pas là une formule vraiment complète, qui en ses termes lapidaires, caractérise idéalement la vie et l’œuvre de notre regretté Maître et Collègue Fernand Orban, qui s’est éteint le 21 juillet 1981, dans la 79ème année, à la Garde  Freinet, dans la sérénité et le calme d’un admirable paysage des collines varoises.  C’est là que selon sa volonté ses centres furent dispersées.

Le Professeur Orban qui a si bien servi la Chirurgie, son Université et son pays, gardera sa place en notre mémoire et dans nos cœurs.

C’est à vous, Madame, dont nous connaissons la fermeté d’âme et le courage, et qui au cours de ces longues dernières années avez si efficacement aidé votre mari, jusqu’au bout, qu’au nom du Bureau de l’Académie et au nom de tous ses Membres, j’ai voulu réserver ce témoignage du souvenir et de respectueuse reconnaissance.