Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et éloge académique de feu le Pr Jean-Jacques Vanderhaeghen, membre honoraire

L'éloge académique du regretté Confrère, le Professeur Jean-Jacques Vanderhaeghen, membre honoraire, est prononcé par le Professeur Jean Rossier (Université Pierre et Marie Curie Paris VI), membre étranger.

Cher Pierre,

Chère Marion, Chère Julie,

Chère Marie,

Chers Pierre, Elisa et Romain,

Chère Françoise,

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel

Chers Collègues, Chers Amis de Jean-Jacques,

Mesdames et Messieurs,

Jean-Jacques Vanderhaeghen est né le 14 juin 1934 et est mort le 6 mai 2015. Après des humanités à l’Athénée Robert Catteau, il avait rejoint la Faculté de Médecine de l’Université libre de Bruxelles,  située rue aux Laines. C’est rue aux Laines que je l’ai rencontré pour la première fois. C’était en juin 1968, la faculté était en ébullition et je me suis approché de lui pour avoir des conseils sur la suite de ma carrière. Jean-Jacques avait une dizaine d’année de plus que moi. Comme un grand frère qu’il est toujours resté pour moi il m’a conseillé avec des mots forts. Si tu veux faire une carrière scientifique me disait-il il faut partir. Lui-même quittait Bruxelles pour Stanford avec son jeune fils Pierre qui est maintenant devenu un membre de notre Académie.

Parti comme neuropathologiste à Stanford, il en revint avec une formation de neuroscientiste. Il découvre cette science toute nouvelle, les neurosciences qui rassemblent toutes les méthodes existantes pour étudier les mécanismes cérébraux et ceci sans compartimentation entre les sciences anatomiques, physiologiques ou biochimiques. Lors de ce séjour de deux années, il va faire une découverte très importante avec son grand ami Amico Bignami, la caractérisation d’une protéine exprimée spécifiquement dans les cellules gliales la GFAP. Amico Bignami sera le grand frère de Jean-Jacques et va le guider tout au long de sa carrière scientifique. Jean-Jacques a été mon grand frère et n’a pas arrêté de me guider et je lui en suis très reconnaissant.

De retour à Bruxelles, il travaille au service de Pathologie du Professeur Willy Gepts de l’Hôpital Brugmann. Ce dernier étudiait la gastrine. Jean-Jacques qui avait appris à Stanford qu’il fallait oser faire des expériences audacieuses prépare des extraits de cerveau humain et demande à Françoise Lotstra, responsable des dosages radio-immunologiques de la gastrine, de regarder si quelque chose d’apparenté à la gastrine n’était pas présente dans le cerveau. Et oui, c’était le CCK8 un fragment de la Cholécystokinine, cette hormone digestive qui contracte la vésicule biliaire. Commence alors une longue collaboration avec Françoise Lotstra qui deviendra médecin et Professeur de psychiatrie. Jean-Jacques a toujours reconnu la qualité de ses collaborateurs et par son exemple et son mentorship il va leur montrer qu’ils peuvent faire des choses hors du commun.

En 1975, la découverte de la présence d’une hormone digestive dans le cerveau était complètement inattendue. A l’époque les neuroscientistes étaient persuadés que le cerveau, l’organe le plus complexe et le plus noble était formé et contrôlé par des centaines de milliers de gènes qui étaient spécifiques à la fonction cérébrale. Les comportements innés réclamaient l’intervention de gènes tout à fait unique. La découverte d’une hormone digestive dans le cerveau semblait faire perdre sa dignité au cerveau !

À l’époque Roger Guillemin, Prix Nobel de Médecine 1977, et membre de notre Académie avait découvert des peptides cérébraux qui contrôlaient les sécrétions des hormones hypophysaires. Ces neuropeptides avaient été isolés d’une toute petite partie du cerveau, l’hypothalamus. Mais voilà que ces neuropeptides se retrouvaient ailleurs dans le cerveau, plus inattendu dans le tube digestif et même sur la peau. La singularité des messagers cérébraux qui devaient se retrouver uniquement dans la matière cérébrale était une fausse idée. Le cerveau est un organe qui utilise tous les messagers caractérisés dans les autres systèmes. La découverte du CCK dans le cerveau a été fondamentale pour faire accepter l’idée que le cerveau n’utilisait pas uniquement des messagers purement cérébraux.

Les travaux de Jean-Jacques sur le CCK ont eu un retentissement énorme et il a pu organiser un congrès sur ce sujet qui a donné lieu en mars 1994 à un volume dans la collection des Annales de l’Académie des Sciences de New York. Ce congrès avait été organisé avec l’aide de la Fondation Médicale Reine Elisabeth (FMRE). La  Reine Fabiola, présidente de la FMRE avait tenu à assister à ce congrès et Jean-Jacques toujours très passionné avait convaincu la Reine de l’importance des neuropeptides cérébraux.

La FMRE est depuis devenue une fondation soutenant la recherche en neuroscience dans toutes les universités  belges et Jean-Jacques a été un artisan important de cette transformation. On retrouve la une des caractéristiques de Jean-Jacques, il était généreux ne comptant pas son temps pour exécuter des taches d’intérêt général.

Les travaux de Jean-Jacques ne se sont pas arrêtés aux peptides cérébraux, il a aussi travaillé sur la caractérisation et l’importance des récepteurs à l’adénosine avec le groupe des Professeurs Jacques Dumont et Gibert Vassart, et les docteurs Marc Parmentier et Catherine Ledent qui sont des biologistes moléculaires et des généticiens. Ici encore on voit que Jean-Jacques était un vrai neuroscientiste en utilisant des méthodes nouvelles pour étudier le cerveau. Son charisme et sa passion pour la recherche lui permettaient d’attirer facilement d’excellents chercheurs et son dernier élève Serge Schiffmann, également membre de notre Académie a repris son service et continue les recherches sur les récepteurs à l’adénosine.

Jean-Jacques était non seulement un excellent chercheur passionné, mais aussi un Professeur et mentor qui a amené la recherche belge en neuroscience au niveau international. Il a formé une myriade de chercheurs en neuroscience. C’était un scientifique qui appliquait et enseignait la rigueur du raisonnement scientifique tout en favorisant un esprit créatif qui était sans frontière. C’était également un père et un beau-père très généreux. Dès son enfance son fils Pierre a vu ce qu’était un cerveau. Il prend avec panache la succession de son père et cela me rend heureux.

Oui avec Jean-Jacques, j’ai connu un scientifique que la science rendait heureux. Oui, la science est source de bonheur, avec ce qu'il faut d'interrogation et de frustration pour entretenir le désir. Avec Jean-Jacques, la science a toujours été un espace infini de liberté.