Académie royale de Médecine de Belgique

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Violaine Havelange et Basile Stamatopoulos. Prix et Crédits de recherche de la Fondation Bekales 2015 - Vidéo +Présentation + Résumé

PRIX ET CRÉDITS DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2015  

 PRÉSENTATION DE Mme le Dr V. HAVELANGE,  

LAURÉATE DU PRIX 2015

par

 Mme D. BRON, membre titulaire 

 IMPLICATION DES MICRO-arns DANS LA RÉSISTANCE A LA CHIMIOTHÉRAPIE DANS LA LEUCÉMIE MYÉLOÏDE AIGUË   

par

                                             Mme le Dr Violaine HAVELANGE (UCL)

 

La leucémie myéloïde aiguë (LMA) est la plus fréquente des leucémies aiguës de l’adulte (80%). Les traitements par chimiothérapie intensive permettent d’obtenir des rémissions à 5 ans chez 10 à 50% de ces patients. Les chimiothérapies utilisées – à savoir les anthracyclines et l’aracytine - sont identiques depuis les années 60 et entraînent beaucoup d’effets secondaires. La résistance à la chimiothérapie reste le principal problème. L’identification de nouveaux mécanismes et de nouveaux marqueurs de prédiction de la chimiorésistance amélioreraient la prise en charge de nos patients et le développement de nouveaux traitements. Les microARN (miARN) sont des ARN non-codants, de petite taille (~18-25 nucléotides), conservés durant l’évolution, qui régulent négativement l’expression de gènes-cibles. Les miARN sont dérégulés dans les cellules leucémiques. Leur implication dans la chimiorésistance est décrite dans d’autres cancers mais peu connue dans la LMA. Leur expression peut facilement être mesurée dans le sang ou dans la moelle osseuse.

Nous avons démontré que miR-29b est le plus souvent sous-exprimé dans les blastes de LMA. La surexpression de miR-29b dans des lignées cellulaires de LMA inhibe la croissance cellulaire, induit l’apoptose et augmente la chimiosensibilité des cellules leucémiques à l’aracytine. De plus, l’injection de miR-29b dans des tumeurs leucémiques chez la souris réduit significativement la taille des tumeurs. MiR-29b synthétique pourrait devenir un traitement néoadjuvant  pro-apoptotique dans la LMA.

Nous avons également mesuré l’expression de miR-29b par PCR quantitative en temps réel dans des échantillons de moelle osseuse de patients âgés, non candidats à un traitement intensif, avant un traitement par un agent hypométhylant (Decitabine®). Des hauts taux d’expression de miR-29b ont été associés significativement à une réponse clinique (p=0.02). Le niveau d’expression de miR-29b pourrait influencer ultérieurement le choix thérapeutique en faveur de la Decitabine chez ces patients.

Nous avons rapporté que l’expression élevée de miR-10a chez des patients avec une LMA, non traités, était associée à une rémission complète. Cependant, la présence d’une mutation du gène NPM1 semble interférer avec l’effet de miR-10a. In vitro, nous n’avons pas pu mettre en évidence d’effet significatif de miR-10a sur la prolifération, l’apoptose ou la chimiosensibilité.

Enfin, nous avons comparé  l’expression des miARN dans un groupe de patients ‘réfractaires’ après la chimiothérapie d’induction avec un groupe de patients chimiosensibles, au diagnostic, par séquençage à haute débit ciblé sur les ARN de petite taille. Cinq miARN sont significativement surexprimés dans le groupe de patients chimiorésistants. Nous validerons ces résultats par PCR en temps réel ainsi que dans une autre cohorte de patients. Des études fonctionnelles (prolifération, apoptose et différenciation) seront réalisées pour tester l’effet de ces miARN sur la chimiosensibilité. Des gène-cibles impliqués dans la chimiorésistance seront recherchés. Enfin, nous regarderons si l’expression de certains miARN –dans le sang au diagnostic- permettrait de prédire la chimiorésistance.

Les miARN, même s’ils sont de petite taille, ont un rôle important dans la LMA. Ils pourraient, dans le futur, contribuer au diagnostic mais également au pronostic et au traitement des patients souffrant LMA. D’une part, certains miARN pourraient prédire la réponse au traitement et permettre d’orienter le choix thérapeutique. D’autre part, des traitements basés sur des miARN synthétiques offrent des espoirs thérapeutiques importants. Plusieurs miARN synthétiques sont actuellement en développement préclinique dans d’autres cancers. Ils pourraient servir de traitement néoadjuvant dans la LMA. 

 

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PRÉSENTATION DE M. le Dr B. STAMATOPOULOS,  

LAURÉAT DU CRÉDIT 2015

 par

Mme D. BRON, membre titulaire

 

 

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DÉCOUVERTE DE BIOMARQUEURS PRÉDICTIFS DE LA RÉPONSE AU TRAITEMENT CHEZ LES PATIENTS ATTEINTS DE LEUCÉMIE LYMPHOÏDE CHRONIQUE PAR SÉQUENÇAGE DU GÉNOME   

par

M. le Dr Basile STAMATOPOULOS (ULB)

La Leucémie Lymphoïde Chronique (CLL) est la leucémie la plus fréquente dans le monde occidental et se caractérise par une grande hétérogénéité clinique. Malgré l’introduction constante de nouvelles stratégies thérapeutiques, cette maladie reste toujours incurable et la rechute constitue la cause majeure de décès. De plus, l’utilisation de thérapies coûteuses, agressives et/ou toxiques nous indique la nécessité urgente d’améliorer la réponse au traitement.

Le séquençage du génome entier ou « whole genome sequencing » (WGS) est une méthode de séquençage à haut débit qui permet de déterminer la séquence complète d’un génome en une seule manipulation. Depuis les années ’80, les techniques de séquençage ont bien évolué : le séquençage du premier génome humain a duré près de 15 ans. Aujourd’hui, avec les techniques actuelles, ce même séquençage est réalisé en 30 heures. Le WGS permettrait la découverte de nouvelles mutations, de nouveaux gènes de fusion et la détection de changement du nombre de copie génique. Par rapport au séquençage de l'exome (seulement les exons, environ 2% du génome), le WGS permet également de mettre en évidence de nouvelles mutations situées dans les introns et autres régions non codantes étant donné que 100% du génome est séquencé. Le séquençage à haut débit a déjà permis de découvrir différentes mutations récurrentes dans les cellules de LLC au niveau des régions codantes, mutations qui ont été reliées au pronostic de la maladie (Notch1 ou SF3B1). Ces techniques ont également permis d’étudier l’évolution et le nombre de sous-clones de LLC au sein d’un même patient. Cependant, les données génomiques n’ont, jusqu’à présent, pas encore été mises en relation avec la réponse au traitement.

Dans ce projet, nous nous proposons d’étudier les mutations somatiques du génome des patients atteints de LLC car elles pourraient être des marqueurs prédictifs de la réponse. Nous tenterons d’identifier de nouveaux biomarqueurs prédictifs de la réponse au traitement par séquençage du génome (WGS), du transcriptome (RNAseq) et séquençage à haut débit ciblé (NGS).

En nous basant sur 50 génomes de LLC déjà séquencés au laboratoire du centre de diagnostic moléculaire de l’Université d’Oxford avec qui nous collaborons, nous souhaiterions (1) identifier de nouvelles mutations en nous focalisant sur les régions introniques. (2) ces mutations seront corrélées à la réponse au traitement et à la maladie résiduelle minimale (MRD). Dans ce but, un panel de gènes incluant les mutations exoniques et introniques sera généré et analysé par NGS. Finalement, (3) un séquençage du transcriptome sera réalisé afin de mettre en évidence le rôle fonctionnel des mutations trouvées.

Le but de ce projet serait de générer un outil permettant de prédire la réponse au traitement dans la LLC afin de pouvoir prédire d’une manière moléculaire et individuellement la réponse au traitement de chaque patient atteint de LLC et ainsi leur éviter des traitement inutiles.