Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé Charles Mertens de Wilmars, membre titulaire

(Séance du 29 septembre 1984)

LE RÔLE DE L’AGRESSIVITÉ PARMI LES RISQUES PSYCHOGÈNES EN CARDIOLOGIE

par Charles A. MERTENS de WILMARS (Department of behavioral sciences, Harvard University, et Unité de Psychologie médicale – UCL), membre titulaire.

Si la clinique reconnaît le rôle des émotions dans l’étiologie des affections cardiovasculaires, l’identification de ces risques psychogènes reste difficile et l’explication de cette causalité demeure imprécise.

Cinq observations nous ont toutefois conduits à élaborer des méthodes capables d’identifier ces risques psychogènes. (1) La relation psycho-biologique qui constitue un risque cardiologique, est rarement celle qui précipite la formation d’un symptôme ou qui suscite une plainte. (2) L’évaluation du risque psychogène exige la mesure de son impact sur l’évolution temporelle d’une réaction cardio-vasculaire à un stress très spécifique. (3) Les relations entre des paramètres psychologiques et cardio-vasculaires sont souvent curvilinéaires. (4) Les variables intermédiaires qui influencent les relations psychobiologiques sont si nombreuses que l’étude de ces relations exige des échantillons très homogènes. (5) Pour être utile à la clinique psychosomatique, l’analyse factorielle doit être suivie d’une analyse obverse.

En mettant ces observations en application, nous avons pu identifier en cardiologie quatre risques psychogènes.  Les trois premiers regroupent chacun trois traits : SAD (stress, anxiété, dépression), HHD (hystérie, hypocondrie, dépression) et IRA (impulsivité, répression, agressivité) ; le quatrième risque, D, n’est lié qu’à la dépression.

Nous avons pu montrer que ces risques psychogènes sont spécifiques.  Ils ne sont vraisemblablement ni exclusifs, ni pathognomoniques.  Rien ne prouve, à l’heure actuelle, qu’ils sont prédictifs d’affections cardio-vasculaires, mais tout permet de le supposer.  Leur découverte ouvre des perspectives diagnostiques et surtout thérapeutiques nouvelles.   

SUMMARY  

Notwithstanding the role of emotions in the etiology of cardiovascular disorders, it is most difficult to identify these psychogenic risk-factors and to explain their pathogeny.  However, five experimental findings enabled us to refine our methodology and to isolate four psychogenic risks in cardiology.

1) The first of these findings tells us that biological risk-factors, cardiovascular symptoms and cardiovascular complaints are induced by different psychological factors. 2) The second considers the measurement of the temporal evolution of a physiological reaction to a well defined stress, as the only way to identify the existence of a psychological risk-factor. 3) The third finding sets forth the curvilinearity of the relationships between psychological and cardiovascular risk-factors, 4) The fourth shows that a large array of factors modify the links between psychological and biological risk-factors; therefore, psychogenic risks should be studied in most homogeneous samples. 5) The last finding brings about the uselessness of factor-analysis in psychosomatic research, unless the disclosed factor scores are clustered in typologies.

Through these methodological improvements, we were able to identify four psychogenic risk-factors in cardiology : (a) SAD being the association of stress, anxiety and depression, (b) HHD grouping hysteria, hypochondria and depression, (c) IRA standing for a pattern linking impulsiveness and repression with aggressiveness, (d) D being depression. These psychogenic risk-factors are specific albeit not exclusive neither pathognomonic; however, they are most probably predictive of cardiovascular diseases.  Their discovery opens the way to new diagnostic and mainly therapeutic possibilities.