Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire déposé en vue de répondre à la question de concours posée par la IIe section, à savoir : "On demande de nouvelles recherches sur les médications anti-inflammatoires"

La Commission était composée de MM. R. Bruynoghe, P. Govaerts, C. Heymans, J. Roskam et J. La Barre, rapporteur.

            M. J. La Barre, rapporteur, donne lecture de ce rapport, qui est reproduit ci-après.

            Le présent travail a eu pour but d’établir par une étude comparative l’action antiphlogistique de la cortisone, des hormones cortico-surrénales, de l’ACTH et du salicylate sodique. Elle s’est principalement orientée vers l’examen de phénomènes de perméabilité survenant au niveau des tissus normaux ou inflammatoires.

            La première partie du mémoire est consacrée à l’étude de la rapidité de diffusion d’un colorant injecté par voie intraveineuse à des lapins sous l’influence d’une irritation localisée de la peau par application d’un tampon imprégné de CHCl3. Cet essai est réalisé à l’état normal, puis à la suite d’une administration préalable de cortisone, d’ACTH, de salicylates et d’antihistaminiques.

            L’auteur a constaté que chez le lapin, le salicylate sodique et le phénergan retardent régulièrement l’apparition du bleu. Chez le rat, le délai d’apparition du colorant est également retardé alors qu’il se trouve, au contraire, accru après administration d’hormones hypophysaires ou corticosurrénales.

            L’apparition du colorant au niveau d’une papule d’histamine est différée chez les animaux traités par le salicylate sodique, l’ACTH et le Phénergan.

            Dans une deuxième partie de son travail, l’auteur examine l’influence de l’Hyaluronidase sur la rapidité de diffusion intradermique de divers colorants, à raison de 0,1 cc. Administré dans la région scapulaire ou sacrée. Il peut ainsi démontrer que la surrénalectomie inhibe l’exagération de la diffusion intradermique du bleu d’Evans, observée sous l’influence de l’Hyaluronidase.

            L’hormone hypophysaire corticotrope, le phénergan et le salicylate sodique ne modifient pas le pouvoir de dispersion de l’Hyaluronidase. Toutefois le salicylate sodique accuse cependant une inhibition de la dispersion due à la présence d’Hyaluronidase, lorsque l’organisme a été soumis 48 heures auparavant à l’action de ce ferment.

            Dans une troisième partie, il est signalé que la cortisone, l’ACTH et les salicylés diminuent l’importance de l’œdème consécutif à l’injection intrapéritonéale d’ovalbumine. Chez les animaux surrénalectomisés, les salicylates perdent ce pouvoir inhibiteur. Alors que d’autre part le salicylate sodique inhibe, chez le lapin, la perméabilité articulaire à la fluorescéine, l’ACTH est dépourvue d’action. Enfin, faisons remarquer que d’après l’auteur l’inhibition apportée par le salicylate de soude et la surrénalectomie aux effets perméabilisants du CHCl3 et de l’histamine, ne peut être mise en relation avec le retard de transit du colorant du péritoine vers le vaisseau. Les propriétés antianaphylactiques du salicylate sodique envisagées lors du déclenchement du phénomène d’Arthus ne dépendent pas de son activité antihistaminique.

            Des considérations émises dans la discussion des résultats observés, on peut conclure que le salicylate de soude possède une action anti-inflammatoire spécifique directe, indépendante de toute stimulation cortico-surrénale directe.

            A cette activité directe s’ajoute une activité indirecte due à la libération secondaire des hormones corticosurrénales.

            L’importance relative de ces deux mécanismes en médecine humaine ne peut encore être considérée avant étude approfondie chez l’homme des différents tests pareils à ceux que l’auteur a décrits.

            Le présent travail intitulé : Introduction à l’étude, chez l’animal, du déterminisme, des propriétés anti-inflammatoires du salicylate de soude, répond bien à la question posée pour ce concours. Il a été effectué avec soin et application et amène l’auteur à des conclusions intéressantes tant du point de vue expérimental que clinique.

            Aussi, la Commission propose-t-elle à l’Académie d’attribuer le prix à l’auteur du mémoire déposé. Elle souhaite que sa publication se fasse in extenso dans le Recueil des Mémoires couronnés.

-     Après un bref échanges de vues, l’Académie adopte à l’unanimité les propositions de la Commission et donne mission au Bureau de prendre les dispositions voulues en vue de l’impression du mémoire.

                 En conséquence, M. le Président procède à l’ouverture du pli cacheté joint au mémoire et portant comme épigraphe : The best part of our knowledge is that which teaches us where knowledge leaves off and ignorance begins (Oliver Wendell Holmes).

                 Le feuillet retiré de l’enveloppe indique que le mémoire couronné est le résultat de la collaboration de deux auteurs : MM. Henry Van Cauwenberge et Jean Lecomte, de Liège.

                 M. le Président proclame ceux-ci lauréats du concours (Applaudissements.)

                 Constatant que le mémoire couronné a été fait dans le Laboratoire de l’Institut de Pathologie et Clinique Médicales de l’Université de Liège, que dirige notre Collègue M. Roskam, il félicite ce dernier et le charge de transmettre dès aujourd’hui aux lauréats les congratulations de l’Académie. (Nouveaux applaudissements.)

                 Séance du 27 novembre 1954.