Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire de M. Jacques Beumer, intitulé : "Etude de la libération des Bactériophages par le bacille lysogène de Lisbonne"

La Commission était composée de MM. R. Bruynoghe et E. Renaux, rapporteur.

            Le travail du docteur J. Beumer cherche à élucider un curieux problème : celui du mécanisme de l’élaboration et de la libération des bactériophages par certains germes microbiens.

            L’étude a porté sur le bacille lysogène de Lisbonne, déjà étudié par J. Bordet et E. Renaux en 1928 et dont la propriété s’est conservée depuis cette époque malgré les multiples repiquages.

            L’auteur s’est attaché tout d’abord à préciser l’importance quantitative relative des trois bactériophages sécrétés par ce germe à l’égard du bacille Flexner 6 et leurs propriétés respectives. Il s’est efforcé ensuite de préciser les facteurs chimiques qui favorisent ou entravent l’apparition et l’action de ces principes lytiques.

            Il établit notamment la relation entre la croissance du germe et la libération des bactériophages et observe les variations de cette relation sous l’influence des modifications apportées à la composition du milieu de culture. Celles-ci ne s’exercent pas d’une façon égale sur les trois bactériophages. Il recherche aussi si, dans certains cas, l’absence de tel ou tel bactériophage ne serait pas due à la présence de substances toxiques pour ce principe et il apporte à cette hypothèse une confirmation expérimentale. Inversement il précise que certaines substances favorisent la conservation des principes élaborés.

            Il serait long et fastidieux d’énumérer dans ce rapport les substances complexes et les substances plus simples (acides aminés) qui ont été éprouvées et classées par l’auteur, en substances favorisantes, substances neutres, substances défavorisantes. La lecture de cet intéressant mémoire montrera le soin apporté par Beumer dans le choix des produits mis en expérience. Un des points les plus importants à retenir est que les trois bactériophages élaborés par la souche lysogène Lisbonne sont non seulement différenciables par leurs caractères généraux mais aussi par leur sensibilité variable et leur réaction nettement différente aux agents auxquels on les a soumis.

            Après avoir montré que dans un milieu déterminé, toutes les colonies du B. Lisbonne libèrent les trois bactériophages, l’auteur démontre que toutes les colonies ne sont cependant pas équivalentes au point de vue quantitatif : certaines élaborent des bactériophages en quantités beaucoup plus élevées que d’autres et ceci rejoint une observation faite par Bordet et Renaux pour un bactériophage staphylococcique.

            L’un de nous fait remarquer en outre que la pluralité des bactériophages fournis par la culture Lisbonne aurait aussi pu être établie par le comportement des cultures devenues résistantes à l’un ou l’autre de ces principes.

            Il y a plus de trente ans qu’une constatation similaire faite à propos des bactériophages antityphiques a amené R. Bruynoghe à établir la pluralité des bactériophages, leur complexité éventuelle et leur autonomie (Appelmans et Wagemans : C. R. Soc. de Biologie, LXXXVI, 1922 : Bruynoghe et Appelmans : id., LXXXVII, 1922 ; Bruynoghe et Wagemans : id., LXXXIX, 1923).

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 25 septembre 1954.