Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire de M. M. Adant, intitulé: "Quelques effets de l'injection intraveineuse de dextran et de polyvinylpyrrolidone au chien normal ou hépatectomisé"

La Commission était composée de MM. R. Bruynoghe et C. Heymans, rapporteur.

            Poursuivant les recherches expérimentales effectuées en collaboration avec le professeur P. Nolf, M. Adant a étudié chez le chien normal ou hépatectomisé les effets de l’injection intraveineuse de dextran ou de polyvinylpyrolidone sur la coagulation du sang et de la lymphe, sur le débit lymphatique du canal thoracique, sur la teneur du plasma et de la lymphe en fibrinogène, en substances-mères de la thrombine et en thromboplastine, et sur l’héparine du sang ; il examine l’influence des antihistaminiques sur le choc observé. Il fit également quelques expériences au sujet de l’action du dextran et du polyvinylpyrolidone sur la coagulation du sang in vitro.

            M. Adant résume comme suit les observations et conclusions de ses recherches :

            « Chez le chien, l’injection intraveineuse de la solution commerciale de dextran (7 ml/kg), provoque une augmentation de la consommation de fibrinogène. Chez le chien normal, cette consommation accrue est masquée par une réaction du foie qui déverse du fibrinogène dans le sang et la lymphe.

            Chez le chien normal, les injections de dextran n’influencent pratiquement pas la teneur du plasma et de la lymphe en thromboplastine et en substances-mères de la thrombine (thrombozyme et thrombogène de P. Nolf).

            Chez le chien hépatectomisé, il y a en général une baisse de la thrombozyme et surtout du thrombogène après injection de dextran.

            Chez le chien normal ou hépatectomisé, l’injection de dextran n’influence pratiquement pas le temps de coagulation du sang ou de la lymphe ; les caillots ne deviennent pas autolytique.

            L’injection intraveineuse de dextran provoque aussi, chez le chien normal ou hépatectomisé, une diminution en général marquée, mais temporaire, du nombre des plaquettes et des leucocytes du sang circulant.

            In vitro, l’activité fibrinoplastique du dextran sur la coagulation du fibrinogène par la thrombine a pu être confirmée. De plus, le dextran accélère la coagulation du plasma oxalaté recalcifié de chien ; par contre, les fortes concentrations de dextran ralentissent la coagulation du sang de chien pur et ont un effet irrégulier et peu prononcé sur celle du sang oxalaté recalcifié.

            L’effet du dextran sur la consommation du fibrinogène in vivo peut être attribué à son action thromboplastique ou fibrinoplastique.

            L’injection intraveineuse de polyvinylpyrrolidone au chien provoque un choc qui a tous les caractères du choc anaphylactique. Chez le chien normal, ce choc se manifeste non seulement par une chute de la pression artérielle mais aussi par un accroissement du débit du canal thoracique, et par l’apparition d’héparine dans la lymphe, dont la teneur en fibrinogène augmente.

            Chez le chien hépatectomisé comeme chez le chien normal, l’injection de PVP provoque une diminution importante mais temporaire des plaquettes et des leucocytes du sang circulant.

            Une dose très faible de PVP suffit pour provoquer un choc ; la tachyphylaxie n’est pas aisée à obtenir par l’injection de faibles doses ; par contre, chez un animal qui vient de présenter un choc, une seconde injection n’exerce plus aucun effet.

            L’injection d’antihistaminiques supprime entièrement certaines manifestations du choc produit par la PVP (l’effet lymphagogue et l’apparition d’héparine dans la lymphe chez le chien normal) ; elle prévient à peu près complètement la chute de pression sanguine ; elle atténue, chez le chien hépatectomisé, la diminution du fibrinogène dans le plasma et la lymphe.

            L’injection préalable d’héparine n’exerce par contre aucun effet sur les conséquences de l’injection de PVP au chien.

            Aux concentrations de l’ordre de celles qui sont atteintes dans le sang lors des expériences sur l’animal, la PVP n’exerce in vitro aucun effet notable sur la coagulation du sang pur, du sang oxalaté recalcifié ou du plasma oxalaté recalcifié du chien.

            Que ce soit après injection de dextran ou de PVP, la diminution de la concentration du plasma en fibrinogène ne s’accompagne pas de la formation de caillots visibles dans le cœur ou les vaisseaux.

            Du point de vue plus général, les expériences relatées montrent l’intérêt de l’observation comparative du sang et de la lymphe chez le chien normal et hépatectomisé, pour l’étude de la consommation du fibrinogène ou d’autres substances d’origine hépatique ».

            Les recherches expérimentales de M. Adant ont été exécutées suivant une méthode rigoureuse. Les observations recueillies sont très intéressantes et apportent une contribution importante aux problèmes posés. Nous proposons de publier le travail de M. Adant dans le Bulletin de l’Académie, de remercier l’auteur pour l’envoi de son intéressant mémoire et de placer son nom sur la liste des aspirants au titre de Correspondant de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 26 juin 1954.